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  • : Histoire, Mémoire et Société
  • Histoire, Mémoire et Société
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Samedi 12 janvier 2013 6 12 /01 /Jan /2013 08:44

 

Le titre du colloque ne pouvait nous laisser indifférent, sa description non plus :

"On a beaucoup parlé et écrit sur les mémoires de groupe et communautaires en limitant leur rapport et leur histoire à des conflits, des « guerres », des concurrences, des stratégies d’occultation ou de mise sous silence à tel point que ces termes sont devenus des lieux communs d’une sorte de doxa plus générale sur la mémoire collective et culturelle dont s’alimentent les discours universitaires et médiatiques, sans venir les interroger – à quelques exceptions près.

Le colloque propose de procéder à une lecture critique de ces termes en venant questionner l’émergence, la constitution (l’institution) et la mise en rapport de différentes mémoires exemplaires des grandes violences du XXe siècle. Les interventions donneront ainsi une approche comparée, d’une part, de l’émergence et de la constitution de certaines mémoires de groupe (comment s’affirment-elle et se font-elle reconnaître dans l’espace public et dans la culture ?), d’autre part, des rapports que ces mémoires peuvent entretenir avec d’autres mémoires dont elles partagent, sinon le même événement, du moins un temps, des caractéristiques ou des préoccupations communes".

 

Le programme témoigne d'un attachement aux principaux évènements du XXe siècle qui cristallisent encore aujourd'hui les manifestations mémorielles : Grande Guerre, Seconde Guerre mondiale et Guerre d'Algérie.

Les organisateurs ont cependant opéré un classement thématique et non pas chronologique des différentes interventions, identifiant des "mémoires traversant l'histoire", d'autres "en chantier" et enfin, certaines qualifiées de "périphériques" (qui aurait pu aussi s'appeler "autres" au regard du contenu très disparate). 

 

Parmi les interventions, mon attention a été particulièrement attirée par la proposition de Pierre Albertini sur les "paradoxes de la mémoire gay : l'exemple français". Ayant moi-même réalisé une communication sur ce thème en 2009 lors d'un colloque sur les mémoires victimaire dont les travaux ont été publiés chez Champ Vallon en 2011, je serais curieux d'entendre comment cette thématique a été renouvelée par un collègue.

 

Actualisation du 1er mai 2013

Merci aux lecteurs attentifs de ce blog qui m'ont signalé la publication des communications de ce colloque sur Internet. Vous pouvez donc désormais écouter les différentes interventions librement.

 

Le programme :

Vendredi 18 janvier 2013 - 14h00-19h00

MEMOIRES TRAVERSANT L’HISTOIRE

Christian BIET (Paris-Ouest Nanterre / HAR/ IUF) : Les leçons de l’Édit de Nantes
Nicolas
BEAUPRE (UBP Clermont-Ferrand 2 / CHEC / IUF) : La Grande Guerre : du témoin à l’historien, de la mémoire à l’histoire ?
Catherine
BRUN (Paris 3-Sorbonne nouvelle) : Histoire, ignorances, mémoire(s) : quel(s) savoir(s) pour quelle(s) mémoire(s) de la guerre d’Algérie ?

Nicole LAPIERRE (CNRS) : Mémoires juives et mémoires noires, une « cause commune » ?
François
AZOUVI (EHESS / CNRS) : Le mythe du grand silence

 

Samedi 19 janvier 2013 - 10h00-13h00

MEMOIRES EN CHANTIER 

Sophie ERNST (professeur agrégée de philosophie, TZR, Académie de Créteil) : De « l’indicible” au ”paradigme », la mémoire de la Shoah comme « grand récit »
Pierre
ALBERTINI (historien, prépa. Condorcet) : Les paradoxes de la mémoire gay : l’exemple français
Danielle
ROZENBERG (CNRS/ Université de Paris Ouest Nanterre) : La mémoire du franquisme dans la construction de l’Espagne démocratique : les voies incertaines d’une réconciliation nationale
Régine
ROBIN (professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal) : Identité et mémoire au Québec

 

14h00-18h00

MEMOIRES PERIPHERIQUES

 Jean-Charles SZUREK (CNRS/Université de Paris Ouest Nanterre/ENS Cachan) : La Pologne, pays témoin de la Shoah
Nadia
TAHIR (Université de Caen-Basse Normandie – ERLIS) : Mémoires en conflits : associations de proches de détenus-disparus et associations de survivants en Argentine
Meir
WAINTRATER (ancien directeur de la revue L’Arche) : De Jérusalem à Kigali, ou la toute-puissance des victimes

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Actualités et annonces - Communauté : Histoire, mémoire et société
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Samedi 5 janvier 2013 6 05 /01 /Jan /2013 11:14

 

Il y a des films qu'on aimerait avoir écrit tellement leur récit nous semble familier. 

Il y a des films qui semblent être d'une telle évidence qu'on a l'impression de les avoir vécu.

 

Les Invisibles de Sébastien Lifshitz est de ceux-là :

 

 

Soyons honnête, il m'est impossible d'être totalement objectif sur ce film.

D'une part, car son sujet est au croisement de mes thématiques de recherche : l'histoire des homosexualités et les études mémorielles.

D'autre part, car j'ai eu la chance de croiser le chemin de Sébastien Lifshitz au début de ce projet. A l'époque, j'étais encore un jeune étudiant terminant son master d'histoire contemporaine sur l'histoire et la mémoire de la déportation pour motif d'homosexualité en France. Notre échange a commencé par téléphone et s'est poursuivi à la terrasse d'un café. Les témoins n'étaient pas encore trouvés et notre discussion avait surtout été théorique : Pourquoi les jeunes homosexuels regardent-ils si peu leur passé ? Et pourquoi les homosexuels âgés deviennent-ils progressivement invisibles ?

Depuis, j'ai suivi l'avancée de ce projet en pointillés, rencontrant souvent par hasard les collaborateurs de Sébastien Lifshitz un peu partout en France au gré d'une réunion, d'une manifestation ou d'un entretien.

C'est pourquoi j'ai été étonné (et honoré) de voir apparaître mon nom à la fin du générique, n'estimant pas vraiment avoir été d'une grande utilité sur ce documentaire.

Maintenant que la promotion du film est terminée et que le travail de Sébastien a récolté  toutes les récompenses qu'il mérite, il m'est possible d'en parler plus librement.

 

Un hommage au dialogue inter-générationnel

Le fait que ce film remporte le César 2012 du meilleur documentaire aux côtés du film Amour de Michael Haneke n'est pas une coïncidence. Ces deux oeuvres cinématographiques témoignent d'un nouveau regard sur notre société et sur la part grandissante des seniors qui la composent.

Tandis que les années 1960-1970 étaient dominées par la "génération yéyé" issue du baby-boom et porteuse d'avenir dans le contexte des Trente Glorieuses, le début du XXIe siècle est indéniablement marqué par cette même génération qui a vieilli mais qui n'a jamais perdu l'étincelle de ses espoirs alors que notre société les regarde avec tendresse comme les fossiles d'une époque révolue.

 

les-invisibles-1.jpg

 

Le film repose sur le témoignage d'hommes et de femmes nés dans l'entre-deux guerres et qui ont décidé, à un moment de leur vie, d'assumer leur homosexualité sans pour autant devenir des figures du militantisme. Face à la caméra discrète de Sebastien Lifshitz, ils racontent leur vie, leurs déboires, leurs amours et leurs combats.

 

L'une des grandes qualités de ce film repose sur la diversité des témoins qui représentent une large palette de catégories sociales et culturelles, jetant ainsi une première pierre dans la mare paisible des stéréotypes souvent véhiculés sur l'homosexualité.

Cette sélection attentive permet en effet d'ébranler certains mythes, dont le principal repose sur l'image erronée d'un homosexuel majoritairement citadin et appartenant à une sorte de caste bourgeoise culturellement privilégiée.

Parmi les témoins de ce film figurent de nombreux campagnards qui n'ont soit jamais vraiment quitté leur milieu d'origine, soit fait le choix d'une vie véritablement rurale au milieu des chèvres, des poules et des moutons.

Le fait qu'une des lesbiennes du film soit Maire de sa commune montre également que les homosexuels ne vivent pas nécessairement reclus de la société quant ils quittent l'environnement urbain. Ils peuvent être assez naturellement reconnus et intégrés dans un cercle de sociabilité civique non communautarisé.

 

les-invisibles_2.jpg

 

La parité n'est certes pas totalement respectée mais la présence de lesbiennes doit être soulignée car elles sont généralement considérées comme des invisibles parmi les invisibles : en tant que femme, en tant que lesbienne et en tant que personne âgée.

Or, les témoignages recueillis dans ce film par Sébastien Lifshitz montrent que ces femmes ont souvent été à la pointe des luttes syndicales et sociétales, à leur manière et sans exclusivisme. Ainsi, l'une d'entre-elles a commencé par se battre à l'échelle de son entreprise, quand l'autre décidait de mettre en place une cellule d'avortement à une époque où cette pratique pouvait conduire à la prison.

 

Une micro-histoire contemporaine des homosexuels français

Bien que ce film n'ait pas la prétention d'être un documentaire historique, il apporte une pierre inédite à l'histoire des homosexuels français qui reste encore largement à écrire. 

Ayant assisté à une projection suivie d'un débat, j'avais été un peu troublé de voir la très grande majorité des échanges porter sur l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels. Selon les spectateurs, ce film constituerait un argument imparable en faveur du projet de loi sur le "mariage pour tous". Pour ma part, j'ai tendance à penser qu'il s'agit avant tout d'un concours de circonstances puisque lorsque l'idée d'un tel film a germé dans la tête de Sebastien Lifshitz, nous étions très loin d'imaginer qu'il puisse sortir en salles dans le contexte d'un débat sur la mariage et l'adoption à l'Assemblée nationale.

Bien au contraire, malgré le clin d'oeil à la fin du film qui montre deux homosexuels visitant une chapelle au milieu d'une forêt, j'aurais été curieux d'entendre l'ensemble des témoins réagir à la question du mariage qui n'était pas encore d'actualité au moment du tournage. Mon expérience personnelle d'entretiens avec des homosexuels âgés me conduit plutôt à nuancer l'interprétation sous-entendue par les dernières images du film. S'ils défendent globalement l'idée d'une égalité des droits, la plupart des homosexuels de cet âge ne font pas de l'accès au mariage et à l'adoption une revendication importante car elle représente souvent à leurs yeux une forme d'acculturation des homosexuels à l'hétérosexualité plutôt qu'une réelle reconnaissance d'un mode de vie gay.

Ce décalage entre générations est un élément essentiel de l'histoire contemporaine de l'homosexualité qui s'inscrit dans une temporalité que l'on pourrait qualifier d'accélérée par rapport à l'histoire sociale en générale. Ainsi, l'inverti de la fin du XIXe siècle n'est pas l'homosexuel de l'entre-deux guerre, tout comme il se différencie du "PD" et de la "Gouine" des années 1970, qui sont eux mêmes en décalage par rapport aux gays du début du XXIe siècle.

Or, si l'on accepte cette interprétation, on trouve probablement l'une des clefs de compréhension de l'invisibilité au centre de la réflexion introduite par le film. Si l'on ne voit plus ces homosexuels, c'est peut-être aussi parce qu'ils sont différents, parce qu'ils ne correspondent plus à la définition de l'homosexualité du temps présent. Dès lors, on les oublie... ou on les regarde avec l'attendrissement d'une vision nostalgique.

 

Un travail d'histoire et de mémoire à poursuivre

Ce film pose donc autant de questions qu'il n'en résout et c'est l'une de ses grandes qualités.

Le travail de réalisateur de Sébastien Lifshitz se poursuit actuellement dans des thématiques proches puisque son dernier film (déjà primé d'un Teddy Award au festival internationl du film de Berlin) raconte l'histoire de Bambi, née Jean-Pierre en 1935 à Alger avant de devenir Marie-Pierre Pruvot et une star du music-hall !

On comprend dès lors que Les Invisibles ne représentent que la partie émergée d'un immense travail de recherche mené par le réalisateur et son équipe pendant plusieurs années. S'il n'est pas possible de multiplier les documentaires, on peut espérer que l'auteur aura le temps et l'envie de transcrire son travail sous une autre forme lui permettant d'approfondir les thématiques esquissées dans son film.

Car l'histoire des homosexuels qu'il impulse ne s'adresse pas uniquement à un public averti. Elle a beaucoup à apporter aux sciences sociales. J'ai notamment été interrogé par le témoignage d'un des hommes racontant assez naturellement et sans jugement de valeur son initiation à la sexualité par un voisin beaucoup plus âgé que le voile progressivement tissé par notre société nous conduirait aujourd'hui à qualifier de pédophile. Autre époque, autres moeurs !

Parmi les sujets qui ont particulièrement attisé ma curiosité figurent aussi la dimension politique des homosexuels. Presque tous les témoins sont passés par des phases d'engagement sur lesquels ils s'expriment peu tant cela leur semble naturel. Et pourtant, l'un d'entre eux explique qu'il a été écarté des Jeunesses communistes à une époque où le FHAR, Guy Hocquenghem et Daniel Guérin battaient le pavé à l'extrême-gauche.

Ces homosexuels n'expliquent pas non plus comment ils sont sortis de cette phase militante. Est-ce une décision assumée à un âge où la raison l'emporte sur la passion, ou bien se sont-ils sentis poussés vers la sortie par une nouvelle génération ?

Quid également des années SIDA. Ne se sentaient-ils plus concernés ? Comment ont-ils vécu cette période ?

Et les autres ? Qui sont ceux qui n'ont pas accepté de témoigner publiquement ? Quels sont ceux qui ont été écartés faute de pouvoir mettre leur histoire en récit ? Ne doit-on pas considérer que ceux-là constituent la forêt des Invisibles cachés derrière les arbres magnifiquement mis en lumière par Sebastien Lifshitz ?

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et homosexualités - Communauté : Histoire, mémoire et société
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Jeudi 3 janvier 2013 4 03 /01 /Jan /2013 12:57

 

English abstract : In order to conserve information about storm Xynthia, the administration edited a document called “Elements of memory from storm Xynthia”. Such a good initiative, however the project reveals lacks of investment and finalities.


Sans parler d’effet de mode il apparait néanmoins que la question de la mémoire des catastrophes devient plus prégnante et préoccupe les autorités. Preuve s’il en est, le document « Eléments de mémoire de la tempête Xynthia » commandé par la DREAL Poitou-Charentes.

La tempête Xynthia a marqué les esprits ; c’est la dernière catastrophe naturelle meurtrière sur le territoire métropolitain révélant l’impréparation des citoyens, et un système de prévention réglementaire contourné. Le 27 février 2010, 65 départements français avaient été placés en vigilance orange par Météo France, et quatre en vigilance rouge dont la Charente-Maritime où les vents forts – de plus de 130 km/h – couplés à une marée ascendante ont entrainé l’inondation de plusieurs communes par phénomène de submersion marine. 59 riverains sont morts, pris dans leur sommeil, dont 35 en Vendée et 12 en Charente maritime. A cela s’ajoutent les coûts directs et indirects induits par la catastrophe.

Affirmant des intentions louables, les pouvoirs publics ont décidé de recenser des éléments de mémoire. Ceci dans le but de :

- « décrire le phénomène “hydrométéorologique” survenu,

- recenser des données détaillées sur l’évènement,

- établir un état des lieux précis des zones submergées sur des cartes au 1/25 000e (ou plus précises selon les enjeux touchés),

- servir de document de mémoire à la population, aux élus concernés, et à tous les acteurs gestionnaires du territoire. »

85 communes ont été identifiées, 79 d’entre elles on répondu au questionnaire qu’elles ont reçu. En plus des enquêtes auprès des mairies, un travail de terrain a permis de cartographier la zone.

 

Le travail entamé dès mai 2010 a été remis en mars 2011 par le bureau d’étude. Il est disponible depuis début septembre 2012 sur le site de la DREAL Poitou-Charentes, et mi-novembre 2012 sur le site de la préfecture de la Charente-Maritime. Nous ne l’avons pas trouvé sur le portail de la préfecture de Vendée, département qui avait pourtant connu le plus de morts, dans la commune de la Faute-sur-Mer.  

 

La disponibilité limitée n’est pas le seul problème. Nous déplorons un document difficile à lire (sur le site de la DREAL il faut télécharge 8 fichiers compressés, et sur le site de la préfecture de Charente-Maritime il faut télécharger une à une chacune des pages au format PDF).

 

Sur le fond, les auteurs reconnaissent les limites de leur document : « Il faut cependant noter que les informations y restent générales et leur précision limitée :

- le recueil d’informations et les rencontres avec les riverains ont débuté au mois de mai 2010, soit deux mois après l’évènement ; de nombreuses informations quant aux niveaux atteints sont alors effacées et certaines informations obtenues peuvent être erronées,

- l’emprise des zones inondées regroupe celles issues d’une submersion directe lors de l’évènement et celles issues des inondations indirectes (exutoires fermés générant une évacuation difficile du réseau d’eau pluviale dans les zones basses),

- la précision des informations recueillies et cartographiées est celle du 1/25 000e (voire du 1/10 000e dans les secteurs urbains denses). »

 

A cela s’ajoute le fait que le bureau d’étude s’est contenté de légender la carte de manière minimaliste ; en effet celle-ci n’explicite même pas à quoi correspond l’unique code couleur de la plage colorée bleue (le bon sens veut que ce soit la zone submergée lors de l’événement). 

 

Tempête Xynthia

Ce document se résume finalement en une compilation de cartes et de questionnaires remplis par les communes. Il n’y a aucune analyse critique de la situation ; c’est un simple document d’archive, une sorte de photographie à grande échelle.

On peut difficilement reprocher aux auteurs de ne pas avoir dépassé leurs objectifs initiaux. En revanche cette suite d’informations brutes et non traitées ne semble pas destinée à être partagée avec les autres départements côtiers qui pourraient profiter de ce retour d’expérience. Au mieux, des étudiants pourront se servir de cette base de données comme un point de départ d’une étude sur les conséquences de la submersion marine sur un territoire.

L’initiative doit dont être saluée, mais on peut néanmoins regretter que l’Etat ne se donne pas les moyens d’aller jusqu’au bout d’une démarche mémorielle. Un document d’archive a bel et bien été établi, mais son devenir et son utilité restent bien incertains. N’oublions pas qu’il a fallu Xynthia pour que la France se dote d’un plan submersion rapide, et qu'elle reste la catastrophe naturelle à cinétique rapide la plus meurtrière de la décennie en France (CRED 2013). Comment un fichier difficilement accessible et dont les informations ne sont pas vulgarisées pourrait suffire à sensibiliser une population qui choisi d’habiter sur la côte en feignant d’ignorer les vagues et les tempêtes ?

 

Arnaud Mangematin

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoire des catastrophes - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Mercredi 2 janvier 2013 3 02 /01 /Jan /2013 11:54

 

Au fil des quelques 250 articles que compte désormais ce blog, nous avons montré que le phénomène mémoriel est omniprésent : dans les rues, dans les discours, dans les musées, dans les médias, au cinéma, à l'école...

L'un de nos sujet de prédilection demeure néanmoins les manifestations mémorielles dans le domaine politique. En 2012, nous nous étions amusés avec Mémorice de France à recenser et commenter chacune de leurs apparitions durant la campagne électorale. Depuis quelques mois, nous travaillons également à mieux comprendre et actualiser  la théorie du Point Godwin.

 

Désormais, nous suivrons aussi régulièrement les manifestations de la mémoire dans un lieu aussi emblématique que l'Assemblée nationale qui a été à l'origine de nombreuses polémiques mémorielles. Nous espérons ainsi pouvoir déceler la dimension mémorielle de certaines lois en préparation, identifier les groupes de pression à l'oeuvre dans l'hémicycle, et comprendre les logiques mémorielles portées par nos députés.

 

assemblee-nationale.jpg

 

Il apparaît tout d'abord que la plupart des manifestations mémorielles à l'Assemblée nationale s'exprime sous la forme de questions posées aux ministres par les députés. La réponse est parfois très tardive...

 

Commémorer le traité de Paris

Jean-David SIOT, député des Bouches-du-Rhône, a demandé le 6 novembre 2012 au Ministre des Affaires Étrangères si  le gouvernement français a l'intention de commémorer le traité de Paris du 10 février 1763 qui a mis fin à la guerre de Sept Ans entre la France et la Grande-Bretagne en cédant au pouvoir britannique des territoires et des populations françaises de Nouvelle-France (actuels Quebec, Louisiane et Acadie).

Le gouvernement rappelle en réponse que la France entretient "des liens particulièrement étroits avec l'Amérique du Nord, et en particulier avec ses communautés francophones". Un colloque sera organisé en novembre 2013 sur les traités de 1763 et 1783 par  la commission franco-québécoise des lieux de mémoire communs en partenariat avec le ministère des affaires étrangères, le ministère de la défense et les archives nationales. Le gouvernement se dit cependant prêt à examiner d'autres initiatives qui pourraient émaner des autorités nord-américaines concernées.

La réponse est pour le moins étonnante car le gouvernement semble considérer qu'un colloque  constitue une manifestation mémorielle. Nous avons déjà évoqué cette situation à plusieurs reprises sur ce blog car il s'agit en effet d'une réalité pratique : de nombreux colloques sont organisés pour motifs mémoriels qui permettent souvent de trouver plus facilement des financements.

Il paraît également surprenant de constater que le gouvernement souhaite examiner des initiatives qui émaneraient exclusivement "des autorités nord(américaines concernées" : doit-on comprendre par cette formule que la France n'aurait pas la légitimité pour organiser de telles commémorations ? Le gouvernement souhaite-t-il s'épargner l'idée de commémorer une cession de territoire ? Il faut reconnaître que la situation est pour le moins originale. Bien que la France ait conservé des liens culturels étroits avec les populations francophones d'Amérique du Nord, commémorer le traité de Paris revient à commémorer un conflit à l'issue duquel la France sort affaiblie et perd une grande partie de ses colonies ( lire le traité ici)

 

Commémorer La Boëtie

Germinal PEIRO, député de Dordogne, a demandé le 23 octobre 2012 au ministre de la Culture et de la Communication d'ajouter la commémoration de la mort en 1563 du poète français Étienne La Boëtie (originaire de Dordogne...) dans la liste des célébrations nationales établie par la direction du patrimoine du ministère de la culture.

La réponse indique que la mort d'Etienne de la Boëtie a bien été retenue par le Haut comité des Commémorations nationales et qu'une notice lui sera consacrée dans le prochain Recueil imprimé des Commémorations nationales : "cette notice, ainsi que la liste des manifestations culturelles organisées autour de la mémoire et de l'oeuvre d'Étienne de La Boétie, seront également accessibles sur le site Internet des Commémorations nationales". Force est de constater qu'à la date du 2 janvier 2012,  ce n'est pas encore le cas sur le site en question....

 

Commémorer Bigeard... ?

Parfois, la réponse tardive du ministre ne peut que faire sourire. Le 11 septembre 2012, Philippe Meunier, député du Rhône, demandait au ministre de la Défense la date du transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides après que le gouvernement vietnamien ait refusé qu'elles soient dispersées au-dessus du champ de bataille de Dien Biên Phù.

Le ministre de la Défense répond dans une jolie formule qu'il a décidé le transfert des cendres du général Bigeard  au mémorial national des guerres en Indochine de Fréjus, "en plein accord avec sa famille et dans le respect des différentes mémoires qui lui sont attachées".

Fort heureusement,  le croisement des sources permettra aux futurs historiens de comprendre un tel décalage entre la question et la réponse puisque le projet de transfert des cendres aux Invalides avait été décidé par le gouvernement précédent et qu'il a suscité une polémique invitant le nouveau ministre à réviser un tel projet.

 

Commémorer la guerre d'Algérie

La visite d'Etat de François Hollande en Algérie a suscité de nombreuses questions à l'Assemblée nationale. Elles sont assez symptomatiques de l'influence de la dimension mémorielle dans le travail de nos députés qui posent des questions dans le contexte de cette visite alors qu'elles auraient du être posées en amont afin de préparer la rencontre.

La dimension mémorielle repose également sur la répétition des questions identiques qui semblent être l'oeuvre d'un groupe de pression mémoriel ayant adressé des courriers à l'ensemble des députés.

Ainsi, cinq députés demandent au ministre de la Justice de reprendre les négociations avec les autorités algériennes  afin que les archives des anciennes colonies du Maghreb restées sur place soient récupérées.

Deux députés demandent également au gouvernement ce qu'il envisage au sujet des anciens combattants nés en Algérie et morts au combat dans ce même pays entre 1953 et 1962. La loi prévoit en effet l'inscription du nom du défunt sur le monument aux morts de sa commune de naissance ou de dernière domiciliation ou sur une stèle placée dans l'environnement immédiat de ce monument. Or, pour les anciens combattants d'Afrique du nord, morts pour la France, nés et enterrés en Algérie française, la loi est de fait inapplicable. Les négociations à ce sujet risquent d'être sensibles avec les autorités algériennes mais témoigneraient d'une réelle volonté de tourner la page d'une histoire difficile.

Marietta KARAMANLI, député de la Sarthe, attire quant à elle l'attention du gouvernement sur  les corps disparus des soldats français tués en Algérie. La question demeure cependant très floue car la députée évoque les problèmes de localisation de ces corps et l'attente d'informations sur les circonstances de leur disparition... tout en demandant leur rapatriement !!!

Enfin, Daniel GOLDBERG, député de Seine-Saint-Denis, pose une question très intéressante sur  la multiplication des dates commémoratives relatives à la Guerre d'Algérie. Le conseil constitutionnel vient en effet de valider la loi instituant la reconnaissance officielle du 19 mars comme « Journée nationale du souvenir et du recueillement, en mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie ». Or, la date du 5 décembre pour la « commémoration en hommage aux morts d'Afrique du Nord » instituée par le décret du 23 septembre 2003 reste en vigueur, multipliant et complexifiant encore davantage la question des commémorations.

 

Commémorer la Première Guerre mondiale

Jean-Yves LE DEAUT, député de Meurthe-et-Moselle, pose la question récurrente des fusillés pour l'exemple à l'approche du centenaire de la Grande Guerre et s'interroge sur la possibilité d'une réhabilitation demandée depuis plusieurs années, acceptée par plusieurs présidents de la République et Premiers ministres successifs, sans que la décision effective ne soit jamais prise.

Comme Jean-Yves LE DEAUT, nous nous sommes interrogés à plusieurs reprises sur ce blog sur cette question des fusillés pour l'exemple (d'abord  en mars 2012, puis en avril 2012) et nous attendons la réponse du ministre avec impatience.

Les députés Jean-Jacques CANDELIER, François ASENSI, Marie-George BUFFET, Patrice CARVALHO, Gaby CHARROUX, André CHASSAIGNE et Jacqueline FRAYSSE ont déposé le 12 décembre 2012 une proposition de loi visant à abroger l’article 1er de la loi n° 2012-273 du 28 février 2012 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France. Cette décision annoncée par Nicolas Sarkozy en 2011 et assumée par François Hollande en 2012 n'a cependant guère de chance d'être acceptée.

 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et Assemblée nationale - Communauté : Les blogs citoyens
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Dimanche 30 décembre 2012 7 30 /12 /Déc /2012 07:59

 

A ceux qui voudraient compléter la lecture de ce blog par d'autres articles de jeunes chercheurs sur les études mémorielles, nous conseillons la lecture de  cette revue en ligne passionnante que nous avions déjà signalée un peu rapidement :

 

conserveries mémorielles

 

Fondée en 2006 à l’initiative de Bogumil Jewsiewicki dans le cadre de la Chaire de recherche du Canada en histoire comparée de la mémoire, Conserveries mémorielles est, depuis 2010 accueillie par le Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT) à Québec et par l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) à Paris. Jocelyn Létourneau (professeur à l’Université Laval) et Henry Rousso (directeur de recherche au CNRS) sont aujourd’hui les directeurs de cette publication animée par de jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales (...).

Depuis sa fondation, Conserveries mémorielles a pour ambition d’explorer différents champs de la mémoire. Elle sollicite la collaboration de chercheurs provenant de tous les domaines des sciences humaines. Elle entend privilégier les thématiques pouvant être abordées dans une perspective internationale et transdisciplinaire. Les auteurs sont invités à proposer des textes en anglais ou en français en réponse aux appels à contribution diffusés par la revue.

 

Parmi les derniers numéros publiés, on peut citer des thèmes novateurs tels que "Mémoire et travail", ou encore un formidable dossier sur les "angles morts" avec des thèmes qui seront familiers aux lecteurs de ce blog ( cimetières-jardin,  17 octobre 1961,...) 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Recensions - Communauté : Histoire
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