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  • : Histoire, Mémoire et Société
  • Histoire, Mémoire et Société
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Mercredi 3 octobre 2012 3 03 /10 /Oct /2012 16:03

 

Présenté comme une fresque historique de l'Algérie française à la veille de la décolonisation, Ce que le jour doit à la nuit est le dernier film d'Alexandre Arcady actuellement en salle.

 

Ce-que-le-jour-doit-a-la-nuit.jpg

 

"Tous les horizons du monde deviennent notre mémoire !".

Avec une phrase d'accroche aussi ambitieuse, on aurait pu s'attendre à une profonde réflexion sur les mémoires croisées, conflictuelles ou complémentaires de la Guerre d'Algérie. Il n'en est rien.

De cette histoire tournée comme une saga d'été, on ne retient finalement que la tragique histoire d'amour entre Younes/Jonas (jeune algérien déchiré entre ses racines familiales et ses amitiés européennes) et Emilie (française petite bourgeoise dont la famille possède d'immenses propriétés en Algérie).

Le contexte ne joue qu'un rôle de prétexte dans ce film qui constitue l'adaptation cinématographique du roman de Yasmina Kadra. La présence coloniale est résumée à des contrôles policiers abusifs ainsi qu'aux mauvais traitements infligés aux employés algériens par de jeunes Européens à la richesse aussi ostentatoire que leur insouciance. Certes, Younes est accepté dans le groupe, mais c'est au détriment de son prénom transformé en Jonas et au profit de son oncle pharmacien dont l'argent permet d'entretenir un mode de vie européen.

La caricature disneylandisée se transforme en chef d'oeuvre du genre au moment où la guerre explose : les jeunes Européens se désolent alors de devoir quitter la bonbonnière dans laquelle ils ont grandi, quand les Algériens exultent de joie à leurs côtés, sans qu'on ait présenté à aucun moment les enjeux de l'émergence d'une revendication nationale.

Quelques scènes témoignent certes de la violence historique du conflit, mais c'est pour mieux entretenir le pathos de l'histoire romancée. Les propos politiques sont quasiment inexistants dans le film, comme si le réalisateur avait eu peur de prendre position ou bien de perdre une partie des spectateurs.

L'apothéose est finalement atteinte au dénouement lorsque la bande d'amis se retrouve bien des années plus tard, dépassant ainsi les conflits entre les Algériens restés au pays et les Européens (qu'ils aient défendu l'Algérie française ou l'indépendance). Le pardon est alors présenté comme le remède à la rancoeur et toute cette bien-pensance n'est jamais très loin de soulever le coeur.

Le pari semble néanmoins rempli lorsque la lumière se rallume et qu'autour de moi, j'aperçois les chaudes larmes des spectateurs âgés et visiblement bouleversés d'avoir revu les horizons qu'ils ont jadis parcouru et que leur mémoire semble avoir idéalisé au point de regretter qu'un tel monde ne soit plus.

C'est seulement à ce moment que j'ai vraiment compris le sens de la première phrase du film...

 

 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoires et Guerre d'Algérie - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Dimanche 30 septembre 2012 7 30 /09 /Sep /2012 08:22

 

Abstract : In South-Est of France, two decades after deadly high-speed flood, several prevention measures have been set up. A film is about to be presented at a local scale to sensitize the population facing risk, and to register in the collective memory the history of tragic events.


Au début du mois de septembre 2012, divers articles et manifestations sont venus rappeler les dix ans des inondations des 8 et 9 septembre 2002 dans le Gard. Quelques jours plus tard, la mémoire des vingt ans des crues torrentielles dans le Vaucluse en 1992 était également ravivée.

Ces deux événements meurtriers (41 morts pour l’événement de 1992 et 22 en 2002) ont pour point commun une cinétique rapide. De très fortes pluies tombent sur une zone géographique et une période restreinte, et c’est toute une région qui s’inonde. Cette cinétique rapide, principale source des pertes humaines et matérielles est récurrente dans la Sud-Est même si ces épisodes restent exceptionnels.

 

  Vaison la Romaine, 1992, vidéos amateurs de la crue torrentielle qui a fat 41 morts.

 

 

Vingt ans plus tard, c’est un autre film que les habitants locaux s’apprêtent à voir : De l’eau de la Boue et des larmes,  proposé par l’association Mémoire :

 

De l'eau de la boue et des larmesDe l’eau, de la boue et des larmes

(cliquez sur l'image pour accéder à la vidéo) 

 

Nous ne pouvons d’abord que louer les efforts qui ont été faits tant dans le Gard que dans le Vaucluse, d’un point de vue technique, réglementaire, sociologique et en intégrant une dimension mémorielle à la prévention des catastrophes. Ceci d’ailleurs malgré les signaux contradictoires que les autorités politiques envoient, par exemple en entraînant l’annulation des grands ateliers de l’Isle sur la Sorgue qui devait déboucher sur la création d’un lieu de mémoire des inondations

 

La lecture des articles de presse et le visionnage de la bande annonce du film suscitent plusieurs remarques :

   1) Le souvenir d’événements catastrophiques remonte avec une certaine régularité dans la conscience collective par l’intermédiaire de l’actualité. L’oubli, s’il n’est pas totalement évité est au moins limité.

      2) La vidéo sur la mémoire de la catastrophe de Vaison-la-Romaine est a priori une  bonne initiative, porteuse de sens et de conviction. Elle peut être rapprochée de l’initiative menée par l’Institut pour l’Histoire et la Mémoire des Catastrophes (Ihmec) que nous avions déjà évoquée sur ce site. Dans ces deux entreprises mémorielles, les témoignages sont utilisés comme des outils de prévention : « Pour que perdure cette mémoire, des cafés seront installés à l’issue de chaque projection pour que les habitants puissent continuer d’échanger sur les traces laissées par ce drame et des cahiers seront à leur disposition pour écrire leurs souvenirs, des livres qui seront ensuite remis aux archives départementales du Vaucluse ».

     3) Ces différentes initiatives ont contribué à augmenter le nombre de communes qui se conforment à leur obligation de mise en place d’un plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) visant à limiter la construction en zone inondable.

     4) Ceci est à mettre également en relation avec l’engagement de l'Etat dans la prévention des crues torrentielles. Ce dernier a en effet publié en février 2011 un rapport intitulé Plan de submersion rapide, Submersion marine, crue soudaine et rupture de digue. 

 

En revanche nous souhaiterions apporter une précision sur les termes qui sont employés dans chacun des communiqués autour de la mémoire des inondations du Gard et du Vaucluse  et plus précisément autour de l’expression « Culture du risque ».

Ces mots relèvent d’un véritable non-sens idéologique. Certes, il faut que chacun soit au fait des risques auxquels il est exposé, et qu’il assimile la prévention dans sa vie quotidienne. Néanmoins il ne saurait être question que les risques s’inscrivent comme une fatalité dans une culture collective par le biais des réminiscences mémorielles. En somme, oui à la connaissance du risque ! Oui à une culture de la prévention ! Mais non à une culture du risque qui se contenterait de raviver régulièrement la mémoire des catastrophes. 

Arnaud Mangematin et Mickaël Bertrand

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoire des catastrophes - Communauté : Les blogs citoyens
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Mercredi 5 septembre 2012 3 05 /09 /Sep /2012 11:34

 

Abstract : Disasters memory, the example of the river floods

 

En complément de notre  nouvelle catégorie consacrée aux mémoires des catastrophes, et en réponse à nos interrogations sur l'éventuelle universalité de ces réflexions, un fidèle lecteur nous a envoyé  cette photographie prise récemment dans la petite ville de Bacharach au bord du Rhin (Rhénanie-Palatinat, Allemagne) :

 

Bacharach

 

Elle témoigne d'une pratique partagée au moins en Europe qui consiste à garder une trace mémorielle des grandes crues depuis... 1882 !

Il est d'ailleurs intéressant de constater que les plaques commémoratives ne sont pas installées dans une logique de "record" visant à installer une plaque uniquement lorsque le plus haut niveau d'une crue est dépassée. Bien au contraire, ces traces mémorielles nous permettent de conserver un témoignage régulier des différentes crues, en complément d'autres témoignages (notamment photographiques) et la  communication des archives de Météo-France.

 

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoire des catastrophes - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Vendredi 31 août 2012 5 31 /08 /Août /2012 10:47

 

Nous avions déjà évoqué et commenté sur ce blog en mars 2011 l'annonce de nouveaux programmes d'histoire et de géographie en classe de terminale L et ES (nécessaire adaptation à la suppression toujours contestée de l'histoire-géographie en terminale S).

Parmi les sujets ambitieux proposés figurent une thématique qui nous intéresse plus particulièrement intitulée "Rapports des sociétés à leur passé".

Au sein de cette thématique, l'enseignant est invité à développer deux chapitres : l'un sur "le patrimoine, lecture historique", l'autre sur "les mémoires, lecture historique".

 

Ce blog peut constituer une banque de données assez diversifiée pour les professeurs préparant ces séquences d'enseignement ou souhaitant proposer un prolongement à leurs élèves en lien avec l'actualité.

Néanmoins, en tant que professeur, il me semblait important de proposer aussi à mes collègues des séquences d'enseignement (avec documents, propositions d'activités, etc.).

 

La première est intitulée "L'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie".

Elle a été publiée en novembre 2011 sur le site de l'académie de Dijon.

 

La seconde est intitulée "Les mémoires, lecture historique : le cas de la déportation pour motif d’homosexualité en France". Elle vient d'être publiée sur  le même site académique de Dijon.

 

Cette deuxième proposition de séquence me tient particulièrement à coeur car elle répond à  une volonté de renouvellement des mémoires, de l'histoire, et de l'enseignement de l'histoire des homosexualités qui est pour l'instant quasiment inexistant malgré la parution depuis plusieurs années de plusieurs textes ministériels invitant à une réflexion dans ce domaine. Pour preuve, aucun manuel scolaire n'évoque actuellement cette thématique malgré les textes officiels existant.

Cette proposition de séquence ne s'inscrit donc pas dans une démarche de prosélytisme mais dans dans le cadre d'une réflexion sur l'intégration ponctuelle de l'histoire des homosexualités dans l'enseignement afin de répondre non seulement à la finalité culturelle de l'histoire, mais aussi à sa finalité civique.

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoire et enseignement - Communauté : Histoire
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Jeudi 30 août 2012 4 30 /08 /Août /2012 09:36

 

Abstract : Ecuadorian President Rafael Correa used a "memorial weapon" in the confrontation with Great Britain on Julian Assange's case. It reveals an interesting and effective use of history and memory in the diplomatic relationships. 

 

La mémoire est souvent considérée comme un phénomène social contemporain qui s'exprime sous l'angle communautaire. Il existe ainsi des groupes mémoriels visant à défendre et entretenir la mémoire d'un homme ( Pétain par exemple), d'un groupe ( les Justes de France), voire d'une nation.

 

Le champ mémoriel ne peut cependant pas se résumer à cette dimension. Grâce aux interventions de  Mémorice de France, nous avons pu observer au cours de la précédente échéance électorale présidentielle que la mémoire pouvait également être considérée comme un véritable outil de communication politique

Désormais, nous souhaiterions élargir notre analyse en proposant quelques réflexions qui visent à inscrire les manifestations mémorielles dans le domaine géopolitique.

 

Les tensions actuelles entre le Royaume-Uni et l'Equateur quant à l'extradition de Julian Assange ont en effet révélé le rôle que peut avoir la mémoire dans le cadre des relations internationales.

Réfugié depuis le 19 juin 2012 à l'ambassade équatoriene à Londres, le co-fondateur de Wikileaks a obtenu de l'Equateur l'asile politique. Ce à quoi le ministre des affaires étrangères britannique, William Hague, a opposé une fin de non-recevoir. Depuis, Julian Assange est enfermé dans les locaux de l'ambassade et joue au chat et à la souris avec les forces de police britannique qui l'empêchent de sortir pour rejoindre un aéroport. 

 

C'est dans ce contexte que le président équatorien Rafael Correa a décidé de sortir les armes diplomatiques mémorielles.

Alors qu'une rumeur commençait à circuler sur la possibilité pour le Royaume-Uni de lever l'immunité diplomatique de l'ambassade, le président équatorien s'est fendu d'une intéressante déclaration sur twitter par laquelle il transforme cette affaire d'extradition individuelle en opposition symbolique entre une ancienne colonie opprimée et une puissance coloniale belliqueuse et impérialiste.

Pour ce faire, Rafel Correa s'est simplement contenté de rappeler la crise diplomatique de 1902 au cours de laquelle les puissances européennes avaient posé un ultimatum aux autorités vénézuéliennes afin d'obtenir réparation des préjudices subis par des propriétaires terriens européens au cours de la guerre civile. A défaut de réponse, des navires de guerre britanniques et d'autres puissances européennes ont mis en place un blocus autour des ports de Venezuela, avant finalement de détruire toute la flotte vénézuélienne en seulement quelques jours.

 

Blocuc-du-Venezuela-en-1902.jpg

Le blocus du Vénézuela en 1902 - Gravure de Willy Stöwer

 

Cette arme diplomatique mémorielle est rarement utilisée à l'encontre des Européens en Amérique du Sud. Elle est en revanche récurrente envers les Etats-Unis qui sont régulièrement accusés d'avoir exploité l'hémisphère Sud de leur continent pendant des décennies et parfois de continuer à agir comme tel.

Le porte-parole de ce groupe est sans conteste Hugo Chavez qui ne manque jamais une occasion de rappeler comment les "Yanquis" ont régulièrement soutenu les coups d'Etat en Amérique latine lorsque les résultats démocratiques n'étaient pas en adéquation avec leur politique étrangère.  Celui-ci affirme d'ailleurs en avoir été lui-même la victime en 2002.

 

Cet exemple nous permet d'illustrer deux éléments essentiels du phénomène mémoriel en géopolitique :

   1. La popularité et l'efficacité de cet outil. Non seulement Rafael Correa a reçu un fort soutien de la population, mais il a également remporté une bataille dans l'affrontement avec le Royaume-Uni qui a été contraint de s'engager à ne pas lever l'immunité diplomatique de l'ambassade vénézuélienne.

   2. La capacité à rassembler par l'intermédiaire de cette arme diplomatique, quand l'utilisation de la force armée ou l'usage de la contrainte économique est souvent discutée ou contestée au sein même des partenaires. Dans ce cas, l'Equateur n'a pas hésité à emprunter un élément de l'histoire du Vénézuela qui ne s'en est pas offusqué mais qui, au contraire, a ravivé le sentiment d'une cause commune sud-américaine.

 

Nous avions déjà évoqué cet aspect rassembleur de la mémoire en 2009 afin d'expliquer  l'intelligence diplomatique de la candidature commune d'Hiroshima et Nagasaki pour l'organisation des Jeux Olympiques de 2020 (A l'époque, cet article avait été très apprécié par nos amis chinois qui ont explosé les compteurs de consultation du blog).

Depuis, l'idée a d'ailleurs été reprise par le think tank Sport et Citoyenneté dont le président a proposé le 21 août 2012 de présenter une candidature franco-allemande pour l'organisation des Jeux Olympiques de 2024 . Certes, son argumentaire repose aussi sur des motivations logistiques et financières, mais il précise que cette candidature serait un formidable "symbole de fraternité" et qu'il recueillerait à coup sûr les soutien de l'Europe entière.

 

Je vais finir par monter mon propre cabinet de conseil...

Par Mickaël BERTRAND - Publié dans : Mémoire et géopolitique - Communauté : Histoire du monde.
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