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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 13:53

A l’instar de ses prédécesseurs, notre actuel Président de la République, monsieur Nicolas Sarkozy, semble apprécier surfer sur la vague de l’histoire. Pour preuve, le site officiel de l’Elysée diffuse une chaîne « Histoire » où il est possible de visionner des reportages sur l’Historial Charles de Gaulle, ou encore des interviews de Jean-François Sirinelli.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas tant cet énième outil de communication, mais plutôt le regard que porte notre Président sur l’Histoire de France, et sur l’Histoire en général. Alors que le président Chirac inaugurait son premier mandat avec le célèbre (et célébré) discours de commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv au cours duquel il reconnaissait la responsabilité de l’Etat français dans la déportation, Nicolas Sarkozy inaugurait le sien par cette volonté présidentielle (et donc non-soumise à discussion) de rendre obligatoire la lecture officielle de la lettre de Guy Mocquet à nos chères têtes blondes.

Il y aurait encore tant à dire sur cet acte tant symbolique que politique, sur son idée de « confier la mémoire » d’un enfant juif déporté à nos jeunes élèves, ou encore sur ses conseillers hautement qualifiés qui, lorsqu’ils écrivent ses discours, mentionnent le triste nom de Pierre « LAVALLE » sans en corriger les fautes à l’occasion de son édition…

Mais notre volonté ici est de réagir à l’actualité, et nous nous concentrerons donc sur le discours prononcé le 25 août 2008 à Maillé afin de rendre hommage à ses martyrs de la Seconde Guerre Mondiale.

 

Poser la problématique

Sans s’embarrasser du contexte, Nicolas Sarkozy pose très directement l’objet de son intervention en y laissant une pointe de suspens à l’intention de son auditoire : « En ce jour anniversaire de la libération de Paris, j’ai voulu réparer une injustice ».

 

Exposé des faits

Il entame alors un long récit au passé simple (que tout bon historien aurait proscrit) pour décrire avec pesanteur « les 124 morts » de Maillé, « assassinés de sang froid avec méthode », décrivant cet acte comme « un crime (…) décidé, organisé, planifié, dans le cadre d’une politique de terreur ». Pendant de longues minutes, il accable les « bourreaux », décrivant avec force de détails l’ennemi qui s’en prend « aux femmes, aux enfants, aux vieillards ».

En présence de l’ambassadeur d’Allemagne, Nicolas Sarkozy ne s’encombre pas de retenue. Après tout, puisque la repentance n’est plus de rigueur en France, pourquoi n’en serait-il pas de même outre-Rhin ?...

Comme si cette histoire était destinée à des enfants, il dresse clairement le camp des "gentils

 

Conclusion

Ce n’est qu’au terme de ce long et douloureux récit que le chef de l’Etat déclare enfin la conclusion de son récit : « La Nation n’a pas su dire les mots qui auraient touché leur cœur [des survivants], en leur faisant sentir que le pays tout entier partageait leur douleur ». Et de laisser tomber sa sentence implacable : « La France a commis une faute morale ! C’est cette faute qu’au nom de la Nation toute entière, je suis venu reconnaître et réparer ». Par cette déclamation, Nicolas Sarkozy met assez logiquement en application ce qu’il exige désormais des professeurs de la République : être tout à la fois des professeurs d’histoire, des professeurs d’éducation civique, et des professeurs de morale (bien que nous savons désormais depuis son discours de Latran qu’il considère que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé »… OUF ! J’ai bien cru un instant que nous allions devoir subir des formations de catéchisme !!!).

En rappelant ensuite que « les morts de Maillé ont leur place dans la mémoire nationale », le Président de la République semble alors se poser comme le grand ordonnateur d’un phénomène que tous les spécialistes considérait pourtant avant lui comme un processus sociologique complexe. Au diable Pierre Nora, Philippe Joutard et autres Jacques Le Goff ! Les lignes du grand livre de la mémoire nationale, c’est désormais lui qui les écrit (puisque l’Assemblée Nationale n’y est pas parvenu sur la colonisation).

Dès lors, j’aurais une requête Monsieur le Président : ne serait-il pas possible dans ce grand livre de la mémoire de consacrer un chapitre à la persécution des homosexuels ? Oh je sais bien, selon les dernières recherches, ils n’auraient été que 63 (sic) à être déportés durant la Seconde Guerre mondiale. Et puis, bien entendu, ils n’ont guère eu de descendance susceptible de voter aux prochaines élections présidentielles…mais tout de même…quelques pages… ? Non ? Bon…

Bref, Nicolas Sarkozy décide enfin de terminer son discours par de petites digressions significatives pour rappeler que ce passé illustre le combat de l’humanité et de la civilisation face à la barbarie : « Je pense notamment au sacrifice de nos dix jeunes soldats face à ces barbares moyenâgeux, terroristes, que nous combattons en Afghanistan ».  Et d’en arriver à une leçon générale de morale : « C’est en se souvenant d’évènements comme ceux qui se sont produits ici, que nos enfants sauront qu’il ne faut jamais transiger avec le totalitarisme, qu’il ne faut jamais transiger avec le fanatisme, qu’il ne faut jamais transiger avec les idéologies de mort qui transforment les hommes en tueurs, en tortionnaires, en bourreaux aveugles ». Le ton y est, la répétition est une méthode pédagogique éprouvée pour faire passer le message, les élèves sont subjugués par les qualités oratoires de leur professeur… mais à la sortie de la salle de classe, des commentaires se font entendre tout bas : « Dis, aux dernières vacances, j’ai croisé le prof avec son ami Kadhafi, mon papa m’a dit que c’était pas un rigolo »…

 

Post scriptum : j’anticipe dès à présent les commentaires enflammés qui pourraient suivre cet article. Il ne s’agit pas d’une tribune politique, il ne s’agit pas non plus d’une critique engagée (je ne suis moi-même pas encarté), mais d’une analyse qui se veut historienne et mémorielle, en total respect pour la fonction présidentielle.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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