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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 10:53

Mouammar Kadhafi est décidément bien populaire auprès des dirigeants européens. Après s’être offert le luxe de poser en photo à Versailles devant le portrait de Louis XIV, le dictateur Libyen entend bien ne plus se contenter seulement de poser en acteur de l’histoire, mais aussi de participer très directement à l’écriture de cette dernière.  

En visite en Libye, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a annoncé qu’il s’engageait à verser 200 millions de dollars par an (et ceci pendant 25 ans : soit une somme totale de 5 milliards) afin de « tourner définitivement la page du passé ».

 

Quelle surprenante intention ! En France, nous connaissons bien ces intrusions et pressions multiples du pouvoir politique sur l’écriture de l’histoire. Les lois mémorielles, les différents discours de Sarkozy sur la repentance, ou encore les tentatives parlementaires d’instaurer l’enseignement des aspects positifs de la colonisation…ont suscité de nombreux débats et réactions !

Mais jamais l’Etat français ne s’est engagé directement à verser de l’argent à ses anciennes colonies (même si nous pouvons constater qu’il a conservé des relations commerciales étroites et privilégiées avec celles-ci).

 

Pourquoi et comment l’Etat italien peut-il envisager une telle possibilité ?

 

Tout d’abord, il faut préciser que ces versements se feront sous forme d'investissements dans des projets d'infrastructure et non par rétributions directes. Dès lors, nous pouvons nous demander s’il ne s’agit pas d’un moyen diplomatique détourné pour capter les potentialités du marché libyen (Nicolas Sarkozy doit regretter que ses prédécesseurs n’aient pas colonisé ce pays… les italiens lui confisquent habilement un marché pour lequel il a fourni tellement d’efforts).

La méthode n’en reste pas moins surprenante et Silvio Berlusconi applique une stratégie intéressante. Pense-t-il vraiment qu’une somme d’argent, aussi importante soit-elle, suffit à tracer un trait sur l’histoire ? Pense-t-il que les historiens italiens et libyens vont désormais expurger les manuels et les livres de cette difficile période coloniale ? Un document quelconque a-t-il été signé par l’autorité libyenne s’engageant à ne plus reprocher publiquement à l’Italie ses anciennes prétentions coloniales ?

 

Tout ceci est peu probable et il semble que le dossier se résume en fait à une vaste question d’argent, de commerce et d’affaires. Il est pratiquement certain que jusqu’alors la communauté libyenne, marquée par le souvenir des prétentions italiennes, boycotte plus ou moins consciemment les produits transalpins et freinent l’installation d’entreprises italiennes.

Par ce geste symbolique, Silvio Berlusconi et Mouammar Kadhafi n’entendent pas nécessairement effacer cette période de leurs histoires nationales communes. Ils tentent seulement (sic) d’en changer la signification et la lecture nationale.

En somme, l’objectif n’est pas si différent que celui des parlementaires français qui ont tenté d’inscrire dans la loi les aspects positifs de la colonisation. Il s’agit d’un acte davantage politique qu’historique. S’alignant sur la temporalité extrêmement changeante des relations diplomatiques internationales contemporaines, le politique souhaiterait abolir la lenteur du processus social mémoriel. Il y a là une disjonction temporelle qui pose actuellement un problème à tous les Etats. N’était-ce d’ailleurs pas l’objet du procès politique de la « repentance » intenté par Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle ? Cet homme que l’on sait si pressé et pragmatique ne cherche-t-il pas par de telles manœuvres à faire fi des considérations historiques qui le ralentissement lors de ses tractations diplomatiques ?

 

Pour l’instant, la résistance historienne tient bon. Mais jusqu’à quand ?

Et puis au fait, vouloir imposer une lecture de son histoire et de sa mémoire à un peuple, ça ne s’appellerait pas de la propagande par hasard… ?

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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