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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 09:37

Depuis quelques jours, une polémique s’enflamme dans la péninsule italienne où différents élus ont évoqués en des termes bienveillants le passé fasciste. Dimanche 7 septembre 2008, dans une interview au quotidien Il Corriere della Sera, le maire de Rome Gianni Alemanno a établi une nette distinction entre le fascisme et les lois raciales de 1938. Le lendemain, à l’occasion d'une cérémonie à la mémoire des combattants de l'armée royale tombés face aux Allemands, le ministre de la Défense Ignazio La Russa rendait hommage aux combattants de la République sociale italienne (RSI) qui, fidèles à Mussolini, demeurèrent jusqu'à la fin aux côtés des nazis.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces propos auraient pu tout à fait passer inaperçus dans la bouche d’un historien. Dans l’absolu, ces deux individus n’ont pas adopté des positions négationnistes, ni erronées d’un point de vue strictement scientifique. Comme le rappelle justement le maire de Rome dans son intervention, « le fascisme a été un phénomène plus complexe » que les positions manichéennes contemporaines qui voudraient sans cesse réduire les conflits mondiaux en termes de « bien » contre le « mal ». Il convient donc de nuancer des considérations trop tranchées qui voudraient que tous les fascistes soient des salauds et que tous les résistants soient des héros. Les deux camps ont sans aucun doute eu leurs parts respectives de bonté et de cruauté.

 

Seulement voilà… chacun ne semble pas autorisé à tenir ces propos. En l’occurrence, quand les deux élus font partie de l'Alliance nationale de Gianfranco Fini, héritière du Mouvement social italien (MSI) et d’obédience néo-fasciste, certains propos font grincer des dents. Ce fût le cas notamment de plusieurs élus de gauche qui les ont immédiatement accusés, à tort ou à raison, de tenter une réhabilitation du fascisme.

 

Il est particulièrement intéressant de constater dans cette affaire l’inégalité fragrante des citoyens à participer équitablement au processus mémoriel. Lorsqu’il occupe une fonction ministérielle ou municipale, on attend d’un élu qu’il se place au-dessus de la mêlée. En France, nous avons mis un terme aux polémiques de cette nature par un cadenas législatif rigoureux qui menace tout citoyen justiciable. L’accusation de négationnisme est ainsi suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête du politique, comme de l’historien, réduisant ainsi drastiquement les possibilités théoriques d’une argumentation controversée. En Italie, la pratique intellectuelle est théoriquement plus libre… mais dans les faits, et cette affaire en est la preuve, une condamnation morale se manifeste tacitement lorsque le débat sort du domaine strictement scientifique pour s’imposer dans le discours politique.

 

Bien évidemment, les propos de ces deux élus d’extrême-droite doivent être condamnés. Et ils le sont : par l’opposition, par les historiens, et par une majorité de citoyens qui imposeront probablement leur sanction lors des prochaines échéances électorales. Cela ne doit cependant pas nous empêcher de constater l’effet bénéfique à plus ou moins long terme d’une telle polémique dans la sphère publique. Ponctuellement, par de tels propos, les historiens italiens sont invités à renouveler leurs thèses afin de mieux contrer les nouvelles démonstrations négationnistes, et ainsi apporter de nouvelles grilles de lecture à propos du fascisme. La France a certes le mérite de protéger très strictement la mémoire des victimes des régimes totalitaires, mais elle a aussi l’inconvénient d’avoir verrouillé l’histoire de cette période. Bien qu’elles soient légitimes en termes de moralité, les lois mémorielles demeurent implicitement des barricades qui limitent la liberté intellectuelle de l’historien.

 

Lorsque Voltaire prononce sa célèbre phrase « Je ne suis pas d'accord avec un mot de ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour votre droit de le dire », deux dimensions essentielles peuvent être retenues : d’une part, il parle en tant que citoyen engagé qui défend fébrilement le droit d’expression ; d’autre part, il plaide pour une méthode, la dialectique, essentielle au bon cheminement de son raisonnement. Bien que les affirmations des deux hommes politiques italiens peuvent nous paraître scandaleuses au premier abord, il est fort probable qu’à long terme, une telle polémique soit bénéfique aux considérations historiques sur le fascisme.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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Ernst 24/09/2008 11:42

Le fascisme en Italie a cette particularité qu'il n'a pratiquement jamais disparu de la scène politique italienne. Après 1945, en France, en Allemagne, en Autriche, il y a eu une volonté d'éradiquer le fascisme, aussi bien par la loi... que par la corde. Le creux de la vague dans ces pays pour l'extrême-droite correspond à cette période où, pour les raisons que l'on devine, il était très difficile de se revendiquer du nazisme ou d'un nationalisme belliqueux. Que c'est-il passé en Italie? Rien de tout cela! Le fascisme italien a continué d'exister dans ce pays après 1945, aucune volonté politique (mesure administratives, procès...) n'est venue pour écarter les hommes politiques liés à Mussolini où se retrouvant dans sa politique. C'est pour cette raison qu'on retrouve si facilement des propos bienveillants sur le Duce.