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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 14:18

Après les lois mémorielles, nous découvrons une nouvelle forme de négation de la mémoire : l’interdiction stricte et formelle pour un acteur de l’histoire d’évoquer son passé.

Je ne connaissais pas encore ce dispositif judiciaire et je l’ai découvert avec perplexité à l’occasion de l’affaire Rouillan évoquée dans les médias depuis le jeudi 02 octobre 2008.

 

Jean-Marc Rouillan est un ancien membre d’Action Directe, groupe terroriste d’extrême-gauche des années 1980 particulièrement connu pour avoir été à l’instigation de l’assassinat de Georges Besse, ancien patron des usines Renault.

Il a été arrêté en 1987 et condamné à la prison à perpétuité pour terrorisme. Il bénéficie depuis décembre 2007 d’un régime de semi-liberté conditionnelle. C’est-à-dire qu’il dort toutes les nuits en prison mais qu’il peut occuper un emploi la journée et… adhérer au Nouveau parti  anticapitaliste (NPA) nouvellement créé par Olivier Besancenot !

Or, cet initiative ne semble pas être du goût de la justice. Cette dernière prétend utiliser l’interview qu’il a accordée à l’Express pour le renvoyer à la case « prison » sans passer par la case « tribunal », ni « média ».

Or, dans cette fameuse interview, Jean-Marc Rouillan n’appelle pas au renouvellement des actes qu’il a commis dans son passé ; il se contente d’évoquer les limites qui lui sont imposées quand à sa liberté d’expression et de proposer sa lecture de la société française après plus de vingt années d’emprisonnement. Il ne ressent peut-être personnellement aucun remord quant à son crime passé, mais il paraît tout de même aberrant de le condamner préventivement pour une pensée qu’il n’a pas directement exprimée.

 

Le journaliste Gilles ROF (dont nous devons saluer le coup de maître)  termine  son interview par la question suivante : « Les mémoires d’Action Directe sont-ils écrits ? ». La réponse à cette question permet à Jean-Marc Rouillan de préciser que cela n’est pas possible en raison de l’interdit judiciaire qui frappe l’histoire de ce sujet (ou plus précisément les acteurs susceptibles d’écrire cette histoire).

Cet état de fait rappelle que, décidément, les pouvoirs politique, législatif, et judiciaire exercent encore un contrôle très étroit sur l’histoire de notre pays.

A titre de comparaison, imaginons pas exemple que la justice allemande ait décidé en 1946 d’interdire à Rudolf Hoess d’écrire sa vision de l’histoire des camps de concentration. Nous aurions alors été privés d’un document historique fondamental pour notre compréhension du système concentrationnaire.

 

Puisque Jean-Marc Rouillan a pu être condamné à plusieurs années de prison, il me semble que la justice est sensée avoir une connaissance précise du mouvement Action Directe afin de justifier sa sanction. Alors pourquoi, vingt années plus tard, interdire que l’histoire soit livrée publiquement par l’intermédiaire d’un ouvrage ?

Il me semble que l’on surveille et que l’on fiche beaucoup ces derniers temps. Et pourtant, la police ne serait pas en mesure de garder un œil sur un homme qui est en situation de semi-liberté conditionnelle !

Soyons honnête et réaliste : ce n’est pas vraiment l’interview de Jean-Marc Rouillan qui est en cause dans cette affaire, mais c’est plutôt son adhésion au Nouveau parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot qui dérange. Les autorités craignent, peut-être à juste titre, que ce membre au passé troublant ne fasse preuve d’un prosélytisme terroriste auprès d’un mouvement qui se réclame, lui aussi, d’un passé dit « révolutionnaire » qui fait trembler nos énarques bien pensants.

Or, par les sanctions qu’elle retient, la justice bafoue la liberté d’expression et met l’histoire sous muselière. Certes, moins directement qu’avec l’application des lois dites « mémorielles », mais du coup, avec peut-être davantage de perfidie.

 

Cette situation me rappelle chaque jour de plus en plus la citation d’Henri IV lors de la promulgation de l’Edit de Nantes : « La mémoire de toutes choses passées depuis mars 1585 ainsi que de tous les troubles précédents demeure éteinte et assoupie come une chose non advenue […]. Nous défendons à nos sujets de quelque état et qualité qu’ils soient d’en renouveler la mémoire […] mais de se contenir et de vivre ensemble comme frères […] ».

 

Et pourtant, les huguenots ont continué à être persécutés…

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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