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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

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Cherche La Pépite

6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 11:34



Soucieux d’appuyer mes propos sur des références fiables et vérifiables par tous, je vous propose aujourd’hui d’inaugurer une nouvelle catégorie de ce blog où il s’agira de proposer une lecture critique des principaux ouvrages concernant l’histoire et la mémoire. L’objectif est d’obtenir sur le long terme une large bibliographie commentée.

 

*****

 

L’auteur de cet ouvrage est maître de conférence à l’Université de Picardie et chargé de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

 

Nous pourrions résumer cet ouvrage par une accumulation de tirets tant l'auteur ne s'encombre pas de transitions entre ces idées (nous comprenons seulement à la fin qu'il s'agit en fait d’une accumulation de plusieurs communications). A partir de cette constatation, il devient difficile de considérer ce livre comme un "essai" à l'inverse de ce que tente de prétendre son auteur. Bien au contraire, je le qualifierai plutôt de "manuel" à l'intention des étudiants capétiens qui préparent l'épreuve sur dossier (ESD, c’est-à-dire en quelque sorte, une épreuve d’historiographie). Ce qui n’est déjà pas si mal…

Enzo Traverso y décrit une à une (et de façon plus ou moins convaincante...) les thèses de différents auteurs plus ou moins connus et intéressants. En somme, ce petit ouvrage permet d'économiser la lecture des 260 ouvrages qu'il recense en note (pour un livre de 120 pages, ça vous laisse imaginer à quel point il détaille chacune des thèses).

Bien entendu, il accorde une place très importante à l'histoire de la Shoah qu’il a étudiée par ailleurs.

 

Malgré ses modestes prétentions, l’ouvrage est doté d’une remarquable qualité heuristique et nous invite sans cesse à prolonger une réflexion trop brièvement évoquée. Voici donc quelques points que nous souhaiterions poursuivre dans le cadre de ce blog en réponse à Enzo Traverso :

 

            - Tout d’abord, il conviendrait de replacer toute cette thématique mémorielle dans le temps long. Certes, Walter Benjamin et François Hartog évoquent avec brio le régime d'historicité de notre époque (qualifié de « présentisme ») auquel j'adhère en partie. Cependant, n’est-ce pas une erreur de considérer que notre époque serait la plus "mémorielle" ? Ne serait-ce d'ailleurs pas l'inverse ? Quand Brigitte Bardot parle de "génocide des bébés phoques" et que les homosexuels s'obstinent également à parler d' "homocauste", ne doit-on pas considérer que notre mémoire (et notre histoire) est obstruée par Auschwitz ?

 

            - Cette interrogation me conduit à un second point évoqué trop brièvement par Enzo Traverso : celui des conséquences politiques de cet état de fait. L'attachement si persistant à Auschwitz par les dirigeants mondiaux n'est-il pas un moyen de légitimer à bon compte le monde dans lequel nous vivons ? En somme, le message serait toujours : "Face à tant d'horreur, nous sommes vraiment des anges" ! Cette vision nous permet de relire Fukuyama (philosophe du département d'Etat américain, on l’oublie trop souvent alors que ce n’est pas anodin...) ou encore de mieux comprendre pourquoi 99% des recherches sur l'Holocauste sont actuellement financées par les Etats-Unis pourtant géographiquement et éthiquement éloignés du phénomène concentrationnaire. Les historiens occidentaux ne seraient-ils pas victimes de l'uniformisation culturelle ? D'une américanisation de l'histoire ?

Même les « subaltern studies » présentées par certains comme une alternative à l’histoire officielle anglo-saxonne ne seraient finalement rien d'autre que l'adaptation théorique de notre « micro-storia » italienne ou « histoire du quotidien » française. Ce ne sont donc pas les "petites voix" qui se font enfin entendre... mais encore cette victimisation rampante qui ne fait que changer le point de vue (néanmoins très contrôlé) sur l'histoire.

 

            - En revanche, cette démarche doit nous interroger sur le renouvellement des sources. Avant, grand-papa écrivait l'histoire à partir des archives d'Etat consignées dans une institution contrôlée ; puis est venue "l'ère du témoin" (cf. Annette Wieviorka) qui commence à perdre de la vigueur. Dès lors, à partir de quels documents va bien pouvoir travailler l'historien à l’avenir ? Les archives sont de plus en plus contrôlées (voire détruites par économie de moyen), les témoins sont controversés et intéressent moins... L'historien va-t-il désormais se tourner vers la littérature ? La production éditoriale ? Les archives dématérialisées ? A mon sens, cette question soulève le plus gros enjeu que nous aurons à relever au cours des prochaines décennies. Seule une vaste réflexion sur notre "pain quotidien" nous permettra d'assurer non seulement l'avenir de cette profession, mais aussi la lecture que nos successeurs auront de notre société contemporaine.

 

            - Last but not least, quel avenir pour notre mémoire ? A la lueur des réflexions que j'ai dressées jusqu'à présent, nous pourrions dresser un constat bien pessimiste. Après la "fin de l'histoire" annoncée par Fukuyama, ne doit-on pas craindre la "fin de la mémoire" ? Nous entrons alors dans des considérations très polémiques, voire politiques. Si nous transposons le paradigme de la mémoire qui s'est toujours vérifiée (cf. Henri Rousso en France, Peter Novick aux USA, et d'autres ailleurs...) ne doit-on pas s'attendre très prochainement à l'anamnèse du communisme. En effet, après une longue période de refoulement depuis l'implosion de l'URSS, le temps ne va-t-il pas venir d'une naissance de la mémoire de cette époque, de ce régime, de cette idéologie ? A voir le déclin du PC français et le refoulement au sein même de la fédération de Russie, nous pourrions en douter. Et pourtant, les dérives actuelles du capitalisme ne mène-t-elles pas directement à l' "évènement" déclencheur qui constituerait une transition d'un paradigme à un autre...

 

Finalement, ce petit ouvrage a donc le mérite de faire réfléchir ! Et c'est finalement le meilleur usage qu'on puisse en faire !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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commentaires

Ernst 23/05/2010 02:27



Si ce livre peut donner le goût de l'épistémologie à des étudiants, alors il aura cet apport bénéfique. Je suis d'accord avec Mickaël Bertrand quant à l'importance de l'épistémologie et de
l'historiographie en histoire. L'étudiant devrait toujours avoir le réflexe de placer le livre qu'il a sous les yeux dans un cadre historiographique. Mieux, qu'il puisse s'affranchir des
frontières pour sortir d'un cadre franco-français qui peut le priver de la richesse de certaines écoles et historiographies étrangères. Encore faudrait-il qu'il ne lise pas que des manuels pour
étudiants...


Un bravo pour ce blog qui fait réflechir et ce n'est pas le moindre des apports, dans notre triste société, de nourrir la réflexion.



Mickaël BERTRAND 23/05/2010 16:55



Merci pour ses quelques compliments Ernst...


A très bientôt !



FD 08/05/2010 19:14



J'ai bcp aimé ce pt livre d'Enzo Traverso...qui par de nombreux aspects sort des sentiers battus...Certes pas exhaustif...mais très stimulant (pour la réflexion)...je le conseille à tous les
étudiants...


Une occasion de découvrir un blog remarquable ! bravo !


F.D



Mickaël BERTRAND 09/05/2010 13:30



Merci pour votre contribution. Je partage votre remarque : de manière générale, les étudiants devraient toujours s'intéresser davantage à l'épistémologie de leur discipline.



Ernst 10/10/2008 15:50

Pour l'avoir lu, je me retrouve (excepté les analyse autour de la mémoire qui ne sont pas de mes compétences) dans l'impression de Mickaël autour de ce livre. Le passé "mode d'emploi"... d'emblée, une interrogation : comment donner le mode d'emploi du passé (!) en si peu de pages! Ensuite, l'impression que l'auteur cherche a ouvrir le maximum de pistes d'analyse et de réflexion mais sans aller jusqu'au bout... une suite de tirets en effet et des transitions à la hache. De la rapidité, beaucoup trop de rapidité pour un sujet qui mérite au contraire une certaine lenteur dans les développements, dans le soins de la démonstration.
Bref, un peu déçu de lire un livre dont la réflexion n'est pas à la mesure de l'ambition.

Stéphane 10/10/2008 10:02

Merci pour la réponse et le conseil de lecture !

A+
Stéphane.

Stéphane 09/10/2008 22:25

Salut,

Bien des choses à dire sur ton billet, mais un détail qui m'a frappé.
Quand tu dis que l'essentiel des recherches sur la Shoah sont financées par les Américains, il ne faut pas oublier que la communauté juive américaine, une des plus riches du monde dès la Seconde guerre mondiale, a longtemps été victime d'un syndrome de culpabilité face à la Shoah, qu'a d'ailleurs bien exploité l'Etat d'Israël -et ses dirigeants- pour obtenir un soutien financier au début de la formation de l'entité juive en Palestine. Il n'est pas dit que le syndrome se soit éteint aujourd'hui.

Sur ce, bonne nuit.
Au fait, tu devrais convertir ça en PDF ou la mettre sous une autre forme dans Moodle, non ? Le bouquin de Traverso est intéressant pour l'ESD (je ne l'ai pas lu, mais je me rappelle des dires de Mme Delaspre).

Mickaël BERTRAND 10/10/2008 08:44


Bonjour Stéphane,
Je suis tout à fait d'accord avec toi sur cet aspect mémoriel complémentaire : la culpabilité de la communauté juive américaine, qui constitue un lobby très puissant aux Etats-Unis (je te conseille
vivement si tu ne l'as pas encore lu l'excellent ouvrage de Peter NOVICK, L'holocauste dans la vie américaine). Ma volonté dans cet article était de me restreindre à une lecture
politico-diplomatique de la Shoah. Or, quand je regarde l'actualité, je n'ai pas vraiment l'impression que cet élément de l'histoire soit sujet à une anamnèse reviviviée et signifiante. Au
contraire, j'ai plutôt l'impression qu'elle est en perte de vitesse.