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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 08:58

Depuis quelques jours, le débat s’enflamme à propos des affirmations du ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, sur le rôle des "politiques" dans l’élaboration des programmes scolaires.

J’ai été plutôt amusé par cette micro-polémique qui semble être sur le point de s’éteindre aussi vite qu’elle ne s’est enflammée. Il faut avouer que pour une fois, notre ministre n’est pas l’auteur d’une véritable « boulette ». Tout au plus s’est-il montré maladroit en rappelant à un moment inopportun ce qui est déjà officialisé par des textes législatifs. Quiconque s’est déjà intéressé au processus d’élaboration des programmes sait depuis longtemps qu’ils sont le reflet d’une volonté politique datée. D’ailleurs, personne ne s’est posé cette question lorsque le Président Nicolas Sarkozy a exigé au lendemain de son élection que la lettre de Guy Mocquet soit lue en début d’année dans tous les lycées de France. On s’est beaucoup interrogé sur la légitimité et l’opportunité d’un tel acte, mais jamais sur les conditions de son application, sur les modalités d’exercice d’une volonté politique dans la sphère scolaire.

 

L’Histoire occupe une place importante dans ce dispositif politico-pédagogique car elle est considérée (à juste raison) comme un enseignement particulièrement opérant dans la constitution du futur citoyen et l’inculcation des valeurs de la République française. L’étude de la démocratie athénienne, de la chrétienté médiévale, de la période révolutionnaire et des guerres mondiales ne relève pas d’un choix anodin. Ils répondent à un objectif précis qui vise à former un citoyen français, pétri du passé de sa nation. Soyons simple : l’histoire dans l’enseignement secondaire ne vise pas à la stricte connaissance intellectuelle et historique ; elle s’inscrit dans un schéma plus vaste dévolu à l’école de la République qui diffuse en quelque sorte une forme d’auto-propagande subtile.

Ce qui est inquiétant, ce n’est pas tant que des parents s’indignent devant une telle information ; en revanche, que penser lorsque des professeurs eux-mêmes semblent découvrir cette dimension des programmes à travers cette affaire médiatique ? Ne doit-on pas en conclure qu’un énorme malaise règne autour du recrutement des professeurs si ces derniers ne sont même pas en mesure de comprendre la cohérence et la philosophie des programmes qu’ils sont censés transmettre ?

 

Parce que je ne l’ai lu nulle part ailleurs dans la presse, je voudrais ajouter quelques éléments à ce débat à titre de jeune professeur d’histoire-géographie :

 

            - tout d’abord, toute cette polémique omet à mon sens un aspect essentiel : le professeur n’est pas qu’un simple répétiteur docile de la glose gouvernementale. Il est a priori un individu à l’esprit mûr et critique qui ne se contente pas de transmettre un savoir à ses élèves, mais qui doit plutôt leur permettre de réfléchir par eux-mêmes.

            - ensuite, il ne me semble pas particulièrement honteux de transmettre les valeurs de la République à nos chères têtes blondes. Soyons réalistes : il n’est pas question d’évoquer en classe de collège des débats historiographiques sur les notions complexes de féodalité ou bien de totalitarisme. En revanche, il est particulièrement gratifiant pour un professeur d’histoire-géographie de prendre conscience de son rôle d’éducateur (et notamment civique) par l’intermédiaire de la science historique.

            - enfin, si nous devions nous inquiéter d’influences externes sur les programmes, nous devrions probablement nous tourner davantage vers les manuels qui constituent un reflet annualisé (et donc actualisé) des différentes pressions mémorielles. Une étude de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) actuellement en cours de réalisation (le rapport doit être remis en 2009) sous la direction de Benoit Falaise a déjà démontré la place grandissante qu’occupe le thème de l’esclavage dans les manuels scolaires (en terme de mots, d’images, de dossiers, voire de doubles pages) alors que les programmes n’ont pas changé sur ce point depuis 1997. Il s’agit en fait d’une conséquence directe de la loi Taubira de 2001, et notamment de son article 2 qui invite à accorder une place conséquente à ce sujet. Bien que cette décision politique n’ait pas conduit à une révision des programmes scolaires, les éditeurs de manuels ont accusé cette invitation dans une interprétation toute personnelle des programmes officiels.

 

Les polémiques ne sont donc pas toujours vaines… encore faudrait-il qu’elles puissent conduire à des débats féconds et utiles. Plutôt que de s’indigner en vain sur le rôle du gouvernement et de l’Assemblée nationale dans l’élaboration des programmes, ne devrions-nous pas réfléchir ensemble sur toutes les formes d’influences et de pressions qui s’exercent sur les enseignements de nos enfants ?

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire et enseignement
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commentaires

Jürgen 31/10/2008 11:17

On pourra lire avec profit le premier chapitre du livre d'Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, où il montre bien l'attachement profond, charnel presque, entre les Français et l'histoire, "leur" histoire. Cet attachement, il existe aussi entre les hommes politiques et cette noble discipline et nous ne nous étonnons guère dans notre pays que des présidents comme F. Mitterrand ou N. Sarkozy parlent de l'histoire et de son enseignement (les propos de N. Sarkozy autour de la lettre de G. Môquet ne pourraient pas être prononcés par d'autres présidents, ailleurs en Europe ou dans le monde sans susciter un grand étonnement, voire une incompréhension de leurs opinions publiques).

Il faut dire que les professeurs d'histoire (et n'oublions pas la géographie!) ont de quoi être fiers de la discipline qu'ils enseignent. La France est un des rares pays (sinon le seul, à ma connaissance) à dispenser des cours d'histoire à ses jeunes citoyens de la primaire à la Terminale, au même titre que le français ou les mathématiques. Cela veut donc dire qu'en France, on estime que connaitre l'histoire de son pays (mais aussi de l'Europe et du monde) est aussi important que de savoir lire, écrire, compter, parler. Quelle belle spécificité française, tout à l'honneur de ses enseignants!

Une récente rumeur avait annoncé que l'histoire devait disparaître du tronc commun... rumeur visiblement démentie. En tout cas, si elle devait avoir lieu, les critiques de cette remise en cause de l'enseignemlent de l'histoire ne doivent pas être vues comme l'énième signe d'une prétendue sclérose et de l'immobilisme des enseignants. On entend déja les phrases du genre "le conservatisme des professeurs face à la volonté modernisatrice du gouvernement" ou encore "dans un contexte de crise où les Français souffrent, ces professeurs (une minorité bien sûr, c'est évident... des syndiqués en plus... des gauchistes) hurlent pour leurs 1515, 987 et 1870".
Non! Il faut montrer au contraire que toute remise en cause de la place de l'enseignement de l'histoire dans les programmes du secondaire est une attaque contre le modèle républicain d'enseignement dont l'histoire est un des piliers. Toucher à l'histoire, ce n'est donc pas toucher à des cours ou des enseignants, c'est toucher à la République, et celle-ci n'en a vraiment pas besoin tant elle est bien mal en point...

Mickaël BERTRAND 31/10/2008 11:49


Les page d'Antoine Prost sur les relations des français avec leur histoire sont en effet très instructives.
Il y a en effet beaucoup d'autres éléments à dire sur l'enseignement de l'histoire (notamment sur l'inexistence de perspective internationale quand la France n'y est pas partie prenante ; ou encore
l'intérêt que certains auraient à supprimer l'enseignement de l'histoire pour véhiculer une certaine forme de propagande plus contrôlée et sans vecteur professoral.

Nous aurons peut-être à en rappeler dans ce blog...