Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
  • Contact

C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

Partenaires

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 07:45

Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson (dir.), Les guerres de mémoires, la France et son histoire,
Paris, La Découverte, 2008.


Certains ouvrages étonnent tant leur simplicité relève du génie. Qui n’a jamais pensé en relisant La Méditerranée de Fernand Braudel : « Mais bon sang, mais c’est bien sûr ! c’est tellement logique, tellement simple, tellement génial, pourquoi personne n’y a pensé avant ? ».

La comparaison est certes flatteuse, mais elle est méritée ! L’idée originale de Pascal Blanchard et d’Isabelle Veyrat-Masson repose sur une modestie féconde. Plutôt que de prétendre écrire un énième essai sur les relations entre l’histoire et la mémoire, ils ont décidé de réunir dans un même livre les réflexions de quelques uns des meilleurs historiens sur ce sujet. Plutôt que de philosopher pendant des heures sur les relations théoriques entre ces deux notions et sur les mêmes exemples sans cesse rabâchés à propos de la Shoah et des lois mémorielles, les deux directeurs de publication ont fait un choix original qui s’avère être éminemment heuristique.

L’ouvrage est divisé en deux parties. La première a été confiée à des historiens à qui l’on a demandé d’analyser la dimension mémorielle de leur spécialité (révolution française, affaire Dreyfus, Grande Guerre, communisme, etc.). La seconde consiste en une succession d’articles qui étudient chacun une dimension précise des enjeux ou des manifestations de la mémoire nationale (dans les manuels scolaires, à l’Université, dans les musées, dans la loi, etc.).

La méthode est donc simple, mais elle est convaincante ! L’immense brainstorming de ces cerveaux réunis conduit à une synthèse encore jamais réalisée  en français.

Certes, toutes les communications ne se valent pas. Certaines sont mêmes décevante par rapport au niveau d’exigence global de l’ouvrage. Cependant, l’addition de toutes ces réflexions permet de faire le tour de la question, de sortir des éternelles références mémorielles pour explorer de nouveaux champs, de nouveaux enjeux.

Probablement par modestie, les auteurs n’ont pas envisagé d’ériger cet ouvrage au statut de manuel. Et pourtant, il en présente toutes les qualités. L’introduction de Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson constitue en quelques pages la meilleure (et la plus actuelle) synthèse jamais publiée sur les relations entre « histoire » et « mémoire ». La lecture qu’il propose de cette problématique, autour de l’axe des « guerres de mémoires », me semble être actuellement la plus pertinente. La bibliographie (coordonnée par Anne Sirand) qu’ils proposent en annexe est d’une exhaustivité époustouflante. La division thématique des articles permet de reprendre l’ouvrage sans cesse, pour approfondir quelques points rencontrés quotidiennement dans les articles de presse, de revue, ou dans divers ouvrages. En somme, il ne quitte plus mon bureau depuis bientôt deux mois !

Au-delà des louanges méritées, une telle entreprise prête à réflexion !

Travailler sur la mémoire aujourd’hui, c’est surfer sur une vague éditoriale époustouflante. L’observation peut d’ailleurs être étendue aux recherches sur le genre. Il suffit de regarder le programme des évènements universitaires sur le site de « calenda » pour s’en convaincre : non seulement historiens, mais aussi sociologues, anthropologues, politologues, ainsi que sciences de l’éducation, sciences des communications, lettres… tous et toutes introduisent une dimension mémorielle à leurs travaux de recherche. Hélas, peu s’interroge réellement sur la nature, l’origine et les conséquences d’un tel phénomène. En général, on évoque le « volet » mémoriel d’un sujet, au même titre que sa dimension politique, économique et culturelle. La mémoire est donc envisagée comme une nouvelle grille de lecture, complémentaire.

On évoque souvent, à juste titre, Les lieux de mémoire de Pierre Nora comme la première impulsion de cette nouvelle mode épistémologique. Il convient cependant de préciser que cet ouvrage fondateur n’est pas une étude sur la mémoire. C’est un livre d’histoire, fondé sur des présupposés identitaires et mémoriaux nationaux. Sa méthodologie est encore une fois très simple (mais tout aussi convaincante) : il recense l’ensemble des éléments constitutifs de l’identité nationale française (Marianne, La Marseillaise, le drapeau tricolore, etc.) pour en écrire  l’histoire et ainsi mieux éclairer leur persistance dans la mémoire collective nationale. C’est d’ailleurs cette même méthodologie que la plupart des historiens appliquent désormais à leurs sujets de recherche.

L’ouvrage de Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson propose désormais de dépasser cette étape préliminaire, en plaçant le processus mémoriel au centre de leur analyse. Il s’agit en fait d’un glissement de la mémoire du statut d’ « outil » à celui d’ « objet » d’histoire.  La mémoire de la Grande Guerre ne constitue donc plus le chapitre ultime de l’histoire de cet épisode (quand il n’était pas réduit à sa conclusion) ; elle devient par et pour elle-même un axe de réflexion central.

Nous terminerons donc ce compte-rendu critique par une note d’espoir, pour qu’une telle initiative ne demeure pas unique et soit prolongée. Si la dimension nationale traitée dans cet ouvrage est très intéressante, il serait peut-être utile de l’élargir à l’échelle européenne, voire internationale, pour mieux comprendre les liens et les ruptures mémorielles à l’œuvre dans différentes cultures. De même, il serait passionnant (mais techniquement compliqué) de faire glisser le curseur temporel vers des périodes antérieures : c’est-à-dire d’étudier les manifestations de la conscience mémorielle de nos ancêtres aux époques antique, médiévale et moderne.

Un tel projet relève cependant quasiment des compétences d’une unité mixte de recherche complète (nécessitant d’ailleurs irrémédiablement la coopération de l’ensemble des sciences sociales).

Et si nous commencions par un blog… ?

 

PS : ci-joint la table des matières de l’ouvrage :

Les guerres de mémoire

Sous la direction de Pascal BLANCHARD et Isabelle VEYRAT-MASSON

 

Préface par Benjamin STORA : "La France et « ses » guerres  de mémoire"

 

Introduction par Pascal BLANCHARD et Isabelle VEYRAT-MASSON : "Les guerres de mémoires : un objet d’étude, au carrefour de l’histoire et des processus de médiatisation"

 

I.                    Les territoires des guerres de mémoire dans le siècle

 

1.       Une histoire conflictuelle : l’histoire de France entre deux rives, par Gilles CANDAR.

2.       La révolution française : mémoire et controverses, par Jean EL GAMMAL.

3.       L’affaire Dreyfus : de l’affrontement des mémoires à la reconnaissance de l’histoire, par Vincent DUCLERT.

4.       La Grande Guerre en 1998 : entre polémiques politiques et mémoires  de la tragédie, par Annette BECKER.

5.       Francisque ou Croix de Lorraine : les années sombres entre histoire, mémoire et mythologie, par Olivier WIEVIORKA.

6.       Shoah : les étapes de la mémoire en France,  par Annette WIEVIORKA.

7.       Le communisme français : mémoire défaites et mémoires victorieuses depuis 1989, par Bernard PUDAL.

8.       De Mai, soutiens-toi de ce qu’il te plaît : mémoire des années 68, par Philippe ARTIERES et Michelle ZANCARINI-FOURNEL.

9.       La colonisation : du débat sur la guerre d’Algérie au discours de Dakar, par Nicolas BANCEL et Pascal BLANCHAR.

10.   Esclavage colonial : quelles mémoires ? Quels héritages ?, par Françoise VERGES.

11.   L’immigration : enjeux d’histoire et de mémoire à l’aube du XXIe siècle, par Ahmed BOUBEKER.

 

II.                  Les armes des guerres de mémoires : de l’école à Internet

 

12.   Entre pacification et reconnaissance : les manuels scolaires et la concurrence des mémoires, par Benoit FALAIZE et Françoise LANTHEAUME.

13.   L’université et la recherche face aux enjeux de mémoire : le temps des mutations, par Gilles BOËTSCH

14.   Monuments : pacificateurs ou agitateurs de mémoire, par Catherine BRICE.

15.   L’Etat républicain, acteur de mémoire : des morts pour la France aux morts à cause de la France, par Serge BARCELLINI.

16.   L’écrit-évènement : l’historiographie comme champ de bataille politique, par Enzo TRAVERSO.

17.   Musées et guerres de mémoires : pédagogie et frustration mémorielle, par Dominique POULOT.

18.   La loi : régulateur ou acteur des guerres de mémoire ?, par Gilles MANCERON.

19.   A quoi sert la guerre des mémoires ?, par Esther BENBASSA.

20.   La guerre d’Algérie : la mémoire par le cinéma, par Benjamin STORA.

21.   Les guerres de mémoires à la télévision : du dévoilement à l’accompagnement, par Isabelle VEYRAT-MASSON

22.   Guerres de mémoire on line : un nouvel enjeu stratégique ?, par Louise MERZEAU.

Bibliographie

Présentation des auteurs.

Partager cet article

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
commenter cet article

commentaires