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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 16:04


Pierre NORA et Françoise CHANDERNAGOR, Liberté pour l'histoire, Paris, CNRS Editions, 2008.

Ceci n’est pas un livre. C’est un manifeste !

« Liberté pour l’histoire » n’est pas seulement un titre ; c’est aussi le nom d’une association fondée en décembre 2005 par 19 historiens qui refusent la multiplication des interventions abusives de la politique et de la justice dans l’exercice de l’histoire (lire l’appel du 12 décembre 2005 sur le site de LPH). Ils demandent alors explicitement l’abrogation des lois suivante :

            - loi dite « Gayssot » (13 juillet 1990) tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe, notamment en instaurant dans son article 9 la pénalisation de la contestation d’un crime contre l’humanité.

            - loi sur la reconnaissance du génocide arménien (29 janvier 2001)

            - loi dite « Taubira » (21 mai 2001) tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité.

            - loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés (23 février 2005), notamment son article 4 qui édictaient (avant son abrogation récente) : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer ».

 

Aujourd’hui, Liberté pour l’histoire est présidée par Pierre Nora et regroupe plusieurs centaines d’historiens. Cependant, il convient de préciser avant de présenter cet ouvrage que l’unanimité ne règne pas autour de ce mouvement libertaire. En signe de protestation contre cet appel, des chercheurs et universitaires ont signé une lettre ouverte intitulée « Ne mélangeons pas tout » dans laquelle ils manifestent leur désaccord sur plusieurs points.

D’ailleurs, signalons que quelques mois avant sa création, des historiens s’étaient regroupés dans un autre collectif visant à clarifier les relations entre l’histoire et la mémoire : le comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (lire le manifeste adopté le 17 juin 2005).

 

Le principal point de désaccord repose sur la demande d’abrogation de la loi dite « Gayssot ». Certains historiens (notamment Serge Klarsfeld et Claude Lanzmann) ont en effet émis de vifs désaccords avec l’éventualité d’une suppression de ce texte législatif qui, s’il porte atteinte à la liberté de la pratique historienne selon les uns, constitue néanmoins une avancée essentielle dans la lutte contre le négationnisme selon les autres.

 

Ce sont les termes de ce débat qui sont posés dans ce petit opuscule qui vient de paraître.

 

Il s’inscrit dans un contexte particulier puisque Xavier Darcos, ministre de l’Education Nationale, vient d’adresser à Pierre Nora une lettre ouverte dans laquelle il lui demande conseil dans le débat sur les relations entre l’histoire, la mémoire et la politique. Par cet acte qui pourrait paraître innocent, plusieurs présupposés sont néanmoins à l’œuvre :

            - Tout d’abord, pourquoi s’adresser strictement à Pierre Nora ? Si le ministre semble faire appel à des relations d’amitié, l’historien ne manque pas de lui répondre au nom du collectif Liberté pour l’histoire (lire sa réponse). N’est-il pas de la responsabilité d’un ministre de consulter certes les meilleurs spécialistes de la question, mais en s’assurant de leur impartialité ? Il n’est pas ici question de douter des compétences et de l’objectivité du respectueux et respecté Pierre Nora ; cependant, puisqu’il est l’un des acteurs principaux d’une polémique entre historiens, n’aurait-il pas mieux valu consulter en parallèle les représentants de l’autre tendance ? Dans un débat qui vise à limiter les conflits d’intérêts mémoriels entre communautés, cela commence mal…

            - Ensuite, il ne faut pas oublier que Xavier Darcos vient de provoquer lui-même une polémique en déclarant le mardi 28 octobre devant la mission parlementaire d’information instituée sur ces questions : « Est-ce qu'il ne faudrait pas qu'une bonne fois pour toutes ce que nous considérons comme devant être enseigné aux élèves soit prescrit par la représentation nationale ? ». Sa lettre à Pierre Nora émise dès le lendemain vise donc également à minimiser la portée de ses propos qui ont suscité un tollé auprès des enseignants et des universitaires. 

 

Pierre Nora n’est pas dupe de tous ces présupposés et stratégies communicationnelles. Il saisit donc l’occasion pour demander au ministre de préciser ses intentions dans ce dossier et le conduire jusqu’à une institutionnalisation de ses réponses quand elles s’engageront vers une plus grande liberté pour l’histoire. Il n’entend donc pas apporter si facilement sa caution morale et intellectuelle au ministre et il la conditionne à des engagements précis… qui sont restés sans réponse jusqu’à présent.

 

Nous sommes donc dans un moment important des relations entre histoire, mémoire et politique. Ce débat suscite de nombreuses publications éditoriales et journalistes que nous aurons régulièrement à commenter sur ce blog.

Parmi ces écrits, notons le petit texte de Pierre Nora et Françoise Chandernagor intitulé Liberté pour l’histoire. Si cela n’a pas encore été fait, il serait fort utile d’en conseiller la lecture à notre ministre de l’Education Nationale.

Ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas d’une analyse totalement objective du débat. Il n’est point laissé de place dans cette parution aux arguments de leurs "opposants-détracteurs".

Nonobstant, au-delà des conflits d’ "écoles", il faut absolument lire ce texte de présentation méthodologique des termes du débat. Les propos de Françoise Chandernagor sont particulièrement instructifs. Sans tomber dans des considérations trop engagées sur le sujet, elle conduit une analyse rigoureuse des causes, des conditions de rédaction et d’application, mais aussi des conséquences de ces lois qu’elle préfère qualifier à juste titre d’ « historiennes » plutôt que « mémorielles ». Elle invoque l’anti-constitutionnalité de ces textes législatifs et leur rédaction précipitée, dénuée de toute consultation aux historiens, pour dénoncer les dérives d’une pratique qui se multiplie depuis quelques années. De l’échelle nationale à l’échelle internationale, Françoise Chandernagor nous livre une explication de texte réfléchie et documentée qui complète toute la littérature déjà éditée dans ce domaine.

 

Liberté pour l’histoire semble donc s’imposer comme l’un des acteurs principaux dans les réflexions sur l’histoire et la mémoire. L’association vient d’ailleurs d’être rejointe par Annette Wieviorka et Henri Rousso qui s’étaient jusqu’alors tenus à l’écart de ce mouvement en raison des demandes d’abrogation de la loi dite « Gayssot ». Or, devant la multiplication des risques de judiciarisation et de politisation de l’histoire, mais aussi en raison des propos rassurants de Pierre Nora qui ne fait plus de l’abrogation de la loi « Gayssot » une priorité, ces deux éminents chercheurs viennent de joindre leur voix à celle désormais collective de Liberté pour l’histoire.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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