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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 14:11


Le Vatican a annoncé en octobre 2008 qu’il ne lui serait pas possible d’ouvrir aux historiens ses archives concernant l’Holocauste avant six ou sept ans. La raison invoquée : il faut du temps pour classer les seize millions de documents conservés.

 

Cette réponse est bien entendu grotesque et constitue déjà un élément de suspicion sur la sélection des documents qui seront réellement mis à disposition des historiens. Qui peut encore croire que plus de 60 ans après les faits, il n’a pas été possible de classer ces dossiers. Et d’ailleurs, de quel classement parle-t-on ? Il ne me semble pas que le Vatican soit un lieu où règnent particulièrement le désordre et la désorganisation. Comme dans tout autre pays, le versement des archives est sensé se faire directement d’une administration vers le service compétent, en respectant le plus possible le classement initial des documents qui constitue en lui-même un élément d’interprétation historique. Tout au plus, les dossiers qui portent atteinte à la sûreté nationale ou à l’intégrité individuelle sont tronqués… mais c’est tout ! J’aimerais donc que le Vatican justifie ce délai supplémentaire car en l’état, l’argument invoqué est irrecevable.

 

La tension qui règne autour de ce corpus documentaire semble davantage expliquer pourquoi le Vatican souhaite encore repousser l’échéance. Il est symptomatique de constater que ce sont des historiens et dirigeants juifs qui demandent incessamment l’ouverture de ces archives. Les accusations à l’encontre de Pie XII sont encore vives. L’objectif principal n’est donc pas vraiment d’écrire l’histoire du Vatican pendant la Seconde Guerre mondiale, mais d’apporter des éléments nouveaux à la mise en accusation mémorielle du pape Pie XII.

 

Pie XII, enjeu de mémoire entre les historiens juifs et le VaticanPie XII, enjeu de mémoire entre les historiens juifs et le Vatican

 

Dans ces conditions, s’il est bien entendu légitime de demander l’ouverture des archives du Vatican, je ne pense pas que cela nous permettra dans un premier temps d’exercer une lecture historienne. Nous sommes dans une situation où les enjeux mémoriels sont tels qu’ils pèseront nécessairement sur les conclusions.

 

Ce dossier peut être comparé à celui qui a touché la France au début des années 1990 lorsque Serge Klarsfeld avait cru retrouver le fameux « fichier juif » ayant été à l’origine de la déportation des juifs de France. Une commission nationale avait alors été mise en place sous la direction de René Rémond afin d’étudier ces documents. Elle était arrivée à la conclusion que les fiches retrouvées avaient été rédigées après la Libération pour documenter les droits des victimes. Encore une fois dans cette affaire, la mémoire avait joué un rôle important, venant quelque peu brouiller les pistes de lecture historiennes.

 

Longtemps englué dans des débats sur la subjectivité/objectivité de son activité, l’historien ne devrait-il donc pas désormais s’interroger davantage sur un nouvel enjeu épistémologique : celui de sa distanciation avec la mémoire ? Après l’anachronisme, la téléologie ou encore la subjectivité (qui relève finalement tous d’enjeux de mémoire, à différentes temporalités), voici donc que la question mémorielle se pose de façon beaucoup plus globale.

 

Or, afin de minimiser les passions qui nuisent nécessairement à l’écriture raisonnée de l’histoire, ne devrait-on pas réviser notre relation aux archives. Dans un contexte d’histoire de plus en plus "mondialisée" au XX° siècle, ne devrait-on pas proposer un lissage international de l’accès aux archives. L’Europe, puis l’ONU, ne pourraient-elles pas proposer aux Etats de s’entendre sur des délais communs maximum de mise à disposition de leur documentation ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, certains Etats (et probablement la France la première) se soulèveraient contre cet abandon d’un domaine considéré comme relevant de la souveraineté national ; néanmoins, des arguments financiers sur la modernisation et la conservation des archives pourraient venir à bout des plus vives résistances.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et conflits
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