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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 12:42

L’aspect utilitaire des noms de rue est devenu tellement évident que l’on oublie parfois à quel point ces dénominations sont chargées de significations. Les rues organisent non seulement l’espace social mais elles ont aussi tendance à devenir le prisme d’une nouvelle structuration de l’espace mémoriel.

 

Dimanche 20 septembre 2009, les rue de Dijon sont traversées par des centaines de badauds profitant des Journées du Patrimoine pour découvrir (ou redécouvrir) les richesses de l’ancienne capitale des Ducs de Bourgogne.

Entre les somptueux hôtels particuliers, la Tour Philippe Le Bon et le puits de Moïse, rares sont ceux qui prennent un instant pour lever les yeux sur ces curieuses petites plaques qui s’insèrent discrètement dans le paysage urbain : les noms de rue.

Et pourtant, que d’histoire(s) ont-elles à nous raconter ! Que de péripéties avant d’être fixées sur ce mur dont elles ne seront que rarement décrochées. D’ailleurs, plutôt que d’être descendus de leur piédestal, elles sont bien plus souvent taguées ou transformées.

Quelques éléments de réflexion mémorielles et odonymiques sur un phénomène qui n’est pas si anodin…

 

Histoire d’une rue

Le vendredi 23 novembre 2007, l’Association identitaire Les Oubliés de la Mémoire transmet à la municipalité de Toulouse une pétition qui lui demande d’attribuer une rue au seul déporté pour motif d’homosexualité officiellement reconnu en France : Pierre Seel. Cette demande avait été formulée pour la première fois dès l’année 2006.

Elle est exceptionnelle pour plusieurs raisons :

-          Tout d’abord, elle intervient très rapidement après la disparition de l’intéressé. Pierre Seel est décédé le 25 novembre 2005 à Toulouse où il a vécu les dernières années de son existence. Aucune législation précise ne règle cette pratique qui est laissée à la liberté des municipalités. Néanmoins, la commission chargée de l’attribution des noms de rue de Toulouse a précisé qu’une dérogation avait été nécessaire pour ce cas précis, disparu depuis moins de quatre ans.  C’est le conseil municipal qui a décidé en dernier ressort.

-          Ensuite, cette demande est exceptionnelle car il s’agit du premier acte commémoratif de la déportation des homosexuels scellé dans la pierre sur le territoire français. Il n’est pas anodin de constater que cette mémoire « de pierre » (qui se distingue de la mémoire dite « de papier » : dans les livres, les discours et les affiches…) se propose d’abord de célébrer la mémoire d’un homme plutôt que celle d’un groupe. Elle est le signe révélateur d’un échec dans la construction mémorielle communautaire (puis nationale) de la déportation pour motif d’homosexualité en France.

Le 23 février 2008, la rue était inaugurée en présence de plus de 200 personnes dont les présidents des associations identitaires le Mémorial de la Déportation Homosexuelle et Les Oubliés de la Mémoire, deux des trois enfants de Pierre Seel, et du maire de Toulouse.

On comprend mieux les enjeux mémoriels autour de cette manifestation en portant notre attention sur les outils de communication qui ont été déployés à l’occasion de cette inauguration. Il faut dire que le contexte était favorable à cet exercice. A quelques mois des élections municipales, les élus et les prétendants à leur succession se bousculaient à l’inauguration. Il en était de même pour les associatifs qui revendiquent tous la paternité de ce projet.

Fait rarissime pour ce genre d’évènement, des cartons d’invitation ont été envoyés dans toute la France. En voici un exemplaire :

 

Ces documents ont notamment pour ambition de mettre en valeur l’action avant-coureuse de la municipalité de Toulouse ainsi que l’implication de l’association des Oubliés de la Mémoire dans ce dossier. L’extrait d’un communiqué de presse de cette dernière indique d’ailleurs très clairement les enjeux mémoriels de ce nom de rue :

« Grâce à cette décision exemplaire, la Ville de Toulouse pourra s’enorgueillir d’être précurseur dans la poursuite du travail de reconnaissance de cette déportation »

Il ne s’agirait donc que d’une étape, et non d’une fin, vers une reconnaissance nationale que l’association des Oubliés de la Mémoire entend illustrer par l’apposition d’un plaque commémorative dans le camp de Natzweiler-Struthof.

 

Des mémoires dans l’impasse

Pour l’instant, cette nouvelle rue Pierre Seel n’a fait l’objet d’aucune contestation sur son principe. De nombreuses rues et places font cependant régulièrement l’objet de polémiques.

On se souvient par exemple de l’inauguration de la place Jean Paul II à Paris en 2006 qui avait été perturbée par des manifestants de plusieurs associations réunies faisant appel au principe de laïcité et dénonçant les prises de position conservatrices du défunt pape sur le préservatif et l’homosexualité.

Plus récemment, l’association Diverscités a lancé un projet visant à débaptiser les noms de rue portant la mémoire de ceux qu’elle qualifie de « négriers », notamment dans les villes de Bordeaux, Nantes, La Rochelle et le Havre. Le projet a d’ores et déjà été refusé par le maire de Bordeaux, Alain Juppé, qui l’a qualifié d’ « absurde ».

La réponse de Jean-Marc Ayrault, Député-Maire de Nantes et Président du groupe parlementaire PS à l’Assemblée nationale est plus intéressante car, si ce dernier n’envisage pas non plus la suppression des noms de rues incriminés, il a le mérite de poser les fondations d’un débat plus constructif. Il argumente tout d’abord son refus en précisant que « cette forme d’effacement reviendrait à nier une parcelle de notre histoire ». En somme, il explique que la commémoration des victimes ne doit pas se faire par la négation des bourreaux. Or, impossible de nier que la pratique d’appellation des rues s’inscrit dans une démarche mémorielle positive. C’est pourquoi Jean-Marc Ayrault propose de travailler plutôt sur un parcours mémoriel urbain et pédagogique qui intègrerait tout autant les nouveaux lieux de mémoire victimaires que les rues préexistantes qui mentionnent leurs éventuels bourreaux.

L’idée est consensuelle mais elle est aussi, à mon sens, réfléchie et féconde. Jean Marc Ayrault ne se contente pas de répondre à une énième revendication mémorielle ; il propose de redéfinir les codes de l’espace mémoriel. Ainsi, plutôt que de multiplier les monuments et les plaques commémoratives, plutôt que d’en détruire d’autres, il propose de donner un sens aux lieux préexistants.

Ne soyons pas dupes ! L’homme n’a jamais cessé de vouloir imprimer sa marque sur son époque. L’idée de Jean-Marc Ayrault s’inscrit donc logiquement dans une perspective de commémoration des victimes. Seulement, sa méthode invite au respect des interprétations précédentes de l’histoire. Plutôt que de faire table rase, il préfère jouer sur la mise en œuvre des éléments du passé au service d’une lecture contemporaine. On peut imaginer que dans plusieurs décennies, d’autres interprétations viendront se surimposer sur les précédentes, mais elles pourront peut-être s’approcher au plus près de la Vérité historique, car elles auront toujours le bénéfice des premières traces du passé qui n’aura pas été détruit.

 

Sur la route de Dijon

J’en arrive donc à l’affiche croisée dimanche 20 septembre à Dijon. Elle recouvre entièrement le panneau du « Boulevard Thiers » pour le remplacer par un « Boulevard Duval », présenté comme une victime du précédent :

 

  


Pour rappel, après une longue carrière politique qui lui fait traverser la Monarchie de Juillet, la Deuxième République et le Second Empire, Adolphe Thiers devient le premier Président de la Troisième République en 1871. Il est le responsable du gouvernement lors de la Commune de Paris et il donne l’ordre à l’armée d’exécuter plus de 25 000 communards durant le soulèvement. Cet épisode tragique de l’histoire de France est resté dans les mémoires comme la « Semaine Sanglante ».

Emile-Victor Duval est un illustre communard, élu au Conseil de la Commune dans le XIIIe  arrondissement. Le 3 avril 1871, il est nommé général de la Commune. Lors d’une offensive désastreuse en direction de Versailles où est réfugié Adolphe Thiers, il est arrêté et fusillé.

Si l’affiche n’est restée accrochée que quelques heures, son mystère reste entier. Elle n’est pas sans rappeler une pratique ancienne des anarchistes de Dijon qui s’étaient appliqués à renommer plusieurs rues de la ville durant quelques mois. Ainsi, quelques impasses avaient été rebaptisées « Capitalisme » et certains boulevards arboraient le nom des figures héroïques de l’anarchisme.

Pour l’heure, cette pratique est restée ponctuelle. Elle a le mérite de faire sourire et d’être pacifique. Ne serait-elle pourtant pas révélatrice de la naissance d’un nouveau prisme mémoriel ? Après les livres, les monuments et les commémorations, les murs de nos rues ne vont-ils pas bientôt être envahis par des idéologies concurrentes ? Les pouvoirs publics et les scientifiques ne devraient-ils d’ailleurs pas profiter de cette occasion pour investir ces nouveaux espaces d’histoire avant qu’ils ne soient appropriés par de nouvelles revendications mémorielles ?

A suivre…

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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commentaires

windows outlook help 13/01/2014 12:15

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