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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 08:11

 

Après s'être opposés dans le cadre de la course à la présidentielle, les deux candidats des fronts respectifs (national d'une part, et de gauche d'autre part) se sont retrouvés pour les élections législatives. Dès le départ, l'affrontement promettait d'être violent. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont même allés au-delà des prévisions en conduisant le combat jusque sur le terrain mémoriel.

 

Round 1 : le tract de trop

Tout à commencé à la fin du mois de mai par la distribution d'un tract anonyme sur fond vert (la couleur traditionnel de l'islam) comportant la photo de Jean-Luc Mélenchon et l'une de ses phrases prononcées lors d'un discours à Marseille, le 14 avril 2012 : "Il n'y a pas d'avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb". En dessous, on peut lire une inscription en arabe qui serait la traduction (à l'envers) de "Votons Mélenchon !". L'équipe de campagne de Marine Le Pen a immédiatement assumé la paternité de ce tract.

 

tract-Melenchon-arabe.JPG

Alors que Jean-Luc Mélenchon aurait pu répondre davantage sur le fond et rappeler qu'en vertue de notre histoire et des perspectives démographiques, notre avenir (mais aussi notre présent) passe effectivement par les Arabes et les Berbères du Maghreb, le candidat aux élections législatives a préféré concentrer ses efforts sur la forme en annonçant qu'une plainte serait déposée pour infraction au Code électoral.

 

Round 2 : une commémoration éminemment politique

Quelques jours plus tard, c'est Jean-Luc Mélenchon qui tire le débat sur le front mémoriel en organisant "une marche contre l'austérité et le fascisme" autour de la figure d'Emilienne Mopty, une résistante originaire du Pas-de-Calais. 

Le coup politique et médiatique est plutôt efficace. En s'attachant une figure de la résistance locale, Jean-Luc Mélenchon essaie de faire oublier son manque d'ancrage local qui constitue un handicap par rapport à sa principale adversaire. De plus, en faisant appel à une héroïne communiste intimement liée à l'histoire des mineurs du Nord-Pas-de-Calais, il exploite les effets inhérents à la pratique mémorielle : non seulement un sentiment d'intégration autour d'un évènement ou d'une figure commune et rassembleuse ; mais aussi une mobilisation autour d'une cause contemporaine renforcée par un comparatisme historique anachronique. 

Il suffit pour se convaincre de cet aspect de regarder les vidéos qui circulent sur Internet afin d'immortaliser (mais aussi diffuser) ce moment : 

 

 

Dès les premières secondes, le mot de "Résistance" est scandé par les meneurs de foules.

C'est ce même mot qui avait été choisi au-début du quinquennat de Nicolas Sarkozy pour dénoncer les dérives de sa politique. On l'a régulièrement entendu dans la bouche de ceux qui se sont finalement appelés ensuite les Indignés, mais aussi chez ceux qui reprochaient justement au précédent chef de l'Etat d'instrumentaliser l'histoire, sans forcément toujours comprendre qu'eux aussi répondaient alors par le même écueil. 

 

Cette pratique politique qui s'étend régulièrement sur le champ mémoriel n'est pas une particularité française. Quelques jours avant la manifestation organisée par Jean-Luc Mélenchon, une démarche similaire était entreprise par Bidzina Ivanichvili, principal opposant au pouvoir en Géorgie  dans un contexte similaire de campagne législative. En adéquation avec la politique de décentralisation menée sous son mandat, le président géorgien Mikhéil Saakakchvili a en effet célébré la fête nationale à Koutaïssi, promue deuxième ville du pays, plutôt qu'à Tbilissi, la capitale. Son principal opposant a dès lors exploité cette absence de l'espace symbolique pour organiser une cérémonie de recueillement dans la cathédrale de la Trinité (Sameba) en insistant sur l'hommage rendu à la mémoire des trois personnes décédée lors de la fête nationale de 2011.

Par cette cérémonie commémorative, Bidzina Ivanichvili met en scène son attachement à l'identité nationale par l'intermédiaire de l'Eglise géorgienne, tout en l'associant à une pratique émotionnelle qui rappelle sa posture d'opposition au pouvoir en place présenté comme répréssif.

 

Round 3 : la dérive godwinienne

Dans de telles conditions et avec de telles références culturelles, il n'a pas fallu longtemps aux deux opposants politiques pour répondre aux logiques du point Godwin.

Rappelant la nature mémorielle du rassemblement en l'honneur d'Emilienne Mopty, David Noël, secrétaire de section du Front de gauche à Hénin-Beaumont a rapidement dérivé vers le point Godwin le plus couramment admis, à savoir celui rapprochant sans autre forme de procédure le Front national et le fascisme (ou le nazisme selon les auteurs) :

"Son combat est toujours d'actualité. La marche d'aujourd'hui est contre l'austérité et le fascisme. On redresse la tête et on montre qu'ici c'est une terre de gauche (...), pas le fief de Marine Le Pen".

On remarquera néanmoins l'extrême prudence employée désormais par les auteurs de ces formules godwiniennes qui prennent toujours garde désormais à introduire une précaution syntaxique permettant ensuite de se protéger contre une éventuelle attaque en diffamation. Ainsi, Marine Le Pen n'est pas directement associée au fascisme dans cette phrase. Seul le rapprochement des deux sujets permet de supposer le sens du lien.

 

Les premiers coups ayant été donnés et l'échéance électorale étant imminente, la suite ne pouvait être que plus violente. Elle s'est faite sous la forme d'un nouveau tract présentant Jean-Luc Mélenchon grimé en Hitler, devant l'entrée d'un camp de concentration portant la célèbre inscription "Arbeit macht Frei" et une nouvelle citation du candidat :

 

Tract-Melenchon-Hitler.jpg

 

L'affiche rappelle bien entendu  celle réalisée contre Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle, quoique cette dernière soit encore plus violente. Il ne s'agit pas en effet seulement d'associer Jean-Luc Mélenchon à Adolf Hitler en laissant l'électeur libre de son interprétation. Cette fois-ci, il est clairement fait référence à la politique d'extermination menée par le dictateur. En rappelant le mot "éradication" employé par le candidat lors d'une interview, la volonté des concepteurs de ce tract est d'expliquer que Jean-Luc Mélenchon a pour ambition d'éliminer physiquement ses ennemis politiques, comme Hitler pour les communistes à partir de 1933.

 

L'attaque est violente mais, passé le temps de l'indignation, elle est aussi révélatrice de la validité de la théorie du point Godwin qui insiste sur le caractère systématique et l'omniprésence de la référence honnie du nazisme et du fascisme. Durant la campagne présidentielle, plusieurs historiens et philosophes avaient souligné les excès du candidat Mélenchon. Dans l'introduction de l'excellent ouvrage d' Emmanuel Laurentin sur les hommes politiques et l'histoire, Christophe Prochasson rappelle l'attachement et l'hommage récurrent du leader du Front de Gauche à des hommes politiques aussi controversés que Maximilien de Robespierre et Louis-Antoine de Saint-Just. Michel Onfray avait lui aussi mentionné dans un article du Nouvel Obs daté du 12 avril 2012 que cette admiration sans faille au père de la Terreur posait question. Et pourtant, cette référence à un épisode de l'histoire nationale n'est jamais parvenue à susciter autant de réactions que celle beaucoup moins logique (pour ne pas dire complètement irrationnelle) d'un rapprochement avec l'extrême-droite nazie.

 

Si les résultats de dimanche conduisent à une triangulaire en présence de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, les deux intéressés pourraient bien inventer un nouveau stade ultime du point Godwin.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et point Godwin
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commentaires

Mickaël BERTRAND 12/12/2013 12:17

Thank you for your encouragements.

windows 8 milestone 11/12/2013 12:36

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