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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 11:47

 

Certains textes ne peuvent être écrits que sous le coup de la colère et celle qui m’anime aujourd’hui est trop grande pour ne pas s’épandre sur une toile qu’on aurait déjà trop souillée d’une encre bien trop sombre.

Fidèle aux engagements qui ont été les miens à la création de ce blog, j’ai souvent affuté ma plume dans une perspective résolument citoyenne, tout en essayant au mieux de conserver une approche historienne afin d’analyser les enjeux mémoriels de l’actualité politique, sociale et culturelle, française et internationale.

Certains évènements cependant ne peuvent pas laisser indifférent. Comme Stéphane Hessel dans le film-documentaire Walter, retour en résistance, je considère que « l’indignation » est une valeur essentielle de l’Homme, une qualité intrinsèque de la Résistance qui devrait être précieusement entretenue contre toute dérive potentiellement totalitaire.

Les fidèles lecteurs de ce blog voudront donc bien m’excuser par avance de cette liberté de ton inhabituelle mais elle est le témoin d’un élan d’humeur que je canaliserai désormais dans de tels billets, en complément d’analyses qui resteront majoritairement apaisées et un peu plus objectives.

 

Dans la nuit du 1er au 2 mai 2010, un homme de 64 ans se faisait agresser dans un lieu de rencontre homosexuel sur les bords de l’Orne dans la ville de Caen. A en croire le rapport annuel de l’association SOS Homophobie, un tel évènement n’est pas si exceptionnel en France. Cette agression se distingue néanmoins par sa violence : la victime compte en effet 23 fractures et elle est toujours hospitalisée au service de réanimation du CHU de Caen.

Or, nous apprenons aujourd’hui que ces sévices auraient peut-être pu être évités. Une semaine avant l’agression en question, une inscription avait en effet été découverte à proximité du lieu : « Triangle rose, souviens-toi des années 40 ». Cette courte phrase qui sonne comme un avertissement n’avait semble-t-il guère été prise au sérieux. Il convient pourtant de s’y arrêter quelques instants tant il me semble qu’elle est le témoin emblématique d’une évolution récente.

 

Il convient tout d’abord d’exercer une comparaison qui, toute proportion gardée, peut soulever quelques éléments révélateurs. Comment se fait-il qu’en France, en 2010, une telle inscription n’ait suscité aucune réaction tant au niveau local que national. La mémoire des homosexuels déportés et persécutés durant la Seconde Guerre mondiale n’aurait-elle pas la même valeur que celle des Résistants, des Juifs ou des Tziganes ?

La référence à la Seconde Guerre mondiale est pourtant flagrante et je me demande encore comment elle a pu rester sans conséquence. Elle n’a pas pu être considérée comme une manifestation "banale" de l’homophobie latente puisque ses auteurs se sont efforcés à donner une dimension historique et idéologique à leur geste. Il est impossible que personne n’ait compris le sens profond de leur acte et des présupposés détestables qu’il véhicule.  

Il n’est bien entendu pas question de réveiller ici les spectres d’une concurrence mémorielle que nous nous appliquons par ailleurs à contenir. Néanmoins, il me semble nécessaire que ce tragique évènement puisse servir de leçon pour que, s’il venait à se reproduire, les hommes politiques, les associations et les médias s’en emparent et dénoncent publiquement de tels propos, dans un objectif pédagogique de prévention, comme c’est le cas à chaque fois qu’une croix gammée apparaît sur les murs d’une mosquée ou dans un cimetière juif.

 

Non seulement aucune condamnation publique n’a été entendue dans cette affaire mais au contraire, depuis quelques jours, les agresseurs n’ont pu être que confortés dans leurs agissements.

En visite au Portugal, le Pape Benoit XVI affirmait jeudi 13 mai 2010 que le mariage homosexuel représentait un « des défis les plus insidieux et les plus dangereux qui, aujourd’hui, s’opposent au bien commun ». Cette information était reprise dans tous les plus grands médias nationaux.

Le 30 avril 2010, le député Christian Vanneste écrivait dans un billet intitulé Quelques réflexions sur l’Eglise et la pédophilie que « le lien et même la confusion qui règnent entre l’homosexualité et l’éphébophilie est patent ». L’affirmation n’est pas moins grave que celle du cardinal Bertone que le député français entend justement défendre. Pourtant, cette fois-ci, elle n’a donné lieu à aucune condamnation officielle alors que la France s’était fendue, par l'intermédiaire du porte-parole du ministère des Affaires Etrangères, d’un communiqué qualifiant les propos du cardinal d’ « amalgame inacceptable ». La raison de ce revirement de situation concernant l'élu est simple : malgré les promesses de Nicolas Sarkozy à une époque où il entendait encore flirter  avec un électorat gay, l’UMP a officieusement soutenu la candidature de Christian Vanneste en ne présentant aucun candidat en face de lui dans sa circonscription. Condamner ses propos reviendrait donc à condamner un élu de droite soutenu par l’UMP.

Enfin, dernier exemple parmi de nombreux autres, le « Kiss-in contre l’homophobie » prévu le 15 mai 2010 place Saint-Jean à Lyon vient d’être reporté sur ordre du préfet du Rhône et sous les menaces insistantes d’intégristes catholiques qui organisent dans la plus grande liberté une action similaire à celle de Paris au cours de laquelle plusieurs individus ont été agressés et blessés.

 

Le 14 février 2010, des centaines de personnes s'étaient rassemblées sur le parvis de la cathédrâle Notre-Dame pour chasser des homosexuels qui voulaient s'embrasser dans ce lieu public (et non pas à l'intérieur de l'édifice).

Defense-Eglise.jpg 

Paris-bis.jpg

Le message des catholiques extrémistes lyonnais est clair : ils veulent reproduire la violence de la première manifestation .  

 

Dans ces conditions, quand les plus grandes éminences religieuses, les élus de la République et les garants de l’autorité prônent ou soutiennent une telle intolérance, comment imaginer que des individus aux idées dangereuses pour la République ne soient pas confortés.

De façon plus générale, comment lutter aujourd’hui efficacement contre les discriminations quand un ministre affirme que : « Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes » (que cette personne soit Auvergnate, arabe ou rattachée à n’importe qu’elle autre communauté) ?

 

 

Comment enseignez le respect d’autrui quand un ministre adresse des doigts d’honneurs aux journalistes ?

 

 

Et enfin, comment véhiculer un message de tolérance quand même le Président de la République lance un « Casse-toi pov’ con » à l’un des citoyens qu’il est censé représenté ?

 

 

A mon sens, une agression n’est jamais gratuite. Elle n’est jamais anodine. Et elle devrait toujours donner lieu à une réflexion plus vaste sur le contexte de son déroulement.

Les travaux de Michael Pollak sur la Shoah par exemple nous ont appris que cet évènement tragique n’aurait peut-être pas pu survenir dans un autre pays et un autre moment, que des signes avant-coureurs (qu’il est toujours un peu facile d’avancer a posteriori) auraient pu anticiper ce génocide. N’est-ce pas le moment, à l’image de Bertrand Delanoé en hommage à Jean Le Bitoux, de se demander si notre société n’est pas à un tournant de son histoire dans son intégration des minorités ?

 

« Triangle rose, souviens-toi des années 40 » : Ce message raisonne lourdement depuis déjà quelques années, sans qu’il ne soit jusqu'alors jamais aussi clairement exprimé. Je n’ai jamais oublié le sort des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale mais je n’ai pas oublié non plus le sort des homosexuels dans l’entre-deux guerre, leur relative liberté de parole et d’action, les bars qui se sont multipliés, et surtout, les appels du pied du grand Magnus Hirschfeld qui, à la veille de l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne, ne voulait pas croire à la menace que pouvait constituer ce parti contre les valeurs qu’il avait toujours défendu.

Triangles roses, rouges, verts, mauves… étoiles jaunes, souvenez-vous ! Il est peut-être encore temps de résister.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Billets d'humeur
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