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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 13:19

 

Ils ont finalement été mis en place, malgré l'alternance politique : ce sont les fameux questionnaires permettant de tester la "connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises" des candidats à la nationalité française. Cette idée est le fruit du précédent gouvernement, et plus précisément des services de l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant, qui s'inscrivait alors dans la lignée de la politique historienne du président Nicolas Sarkozy.

Le décret du 30 janvier 2012 précise en effet les modalités de naturalisation : non seulement il est exigé du demandeur une "connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne" mais également la "connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant au niveau de connaissance attendu, dans ces matières, d'un élève à l'issue de l'enseignement dispensé à l'école primaire".

 

Nous les attendions avec impatience et nous n'avons pas été déçus. Depuis quelques semaines, différentes versions ont filtré dans la presse, notamment dans Le Monde et Le Figaro (vous ne manquerez pas d'aller vérifier si vous méritez vous aussi votre nationalité...).

Le questionnaire se présente sous la forme d''un QCM proposant systématiquement trois propositions de réponse.

 

Parmi les questions qui concernent l'histoire, on trouve quelques perles :

 

1. Les guerres de religion, au XVIe siècle, ont opposé :

a/ catholiques et protestants ;   b/ chrétiens et musulmans ;    c/ écoles publiques et écoles privées

Il n'est pas précisé si des choix multiples sont possibles mais le reste du questionnaire laisse croire qu'une seule réponse est attendue. Or, si l'on veut être précis, on rappellera que l'expression "guerres de religion" ne se limite pas à la seule opposition entre catholiques et protestants. Elle s'est également déclinée sous la forme d'oppositions bien plus larges dans toute l'Europe, et notamment entre les chrétiens, les juifs et les musulmans en Espagne.  

 

2. Lequel de ces trois pays n'a pas fait partie de l'empire colonial français ? 

a/ La Tunise ;     b/ Le Maroc ;     c/ La Lybie 

On s'étonne ici de retrouver une question sur le passé colonial de la France. Est-il nécessaire dans ce genre de questionnaire destiné aux candidats à la nationalité française (et donc à des populations parfois originaires de ces pays) de rappeler la nature des liens passés avec la France ?

 

3. Les premiers peuples connus qui ont habité la France sont :

a/ Les Crétois ;     b/ Les Gaulois ;     c/ Les François

Il s'agit probablement de la question la plus caricaturale tant elle mobilise les poncifs de ce qui est généralement désigné comme le "roman national". "Nos ancêtres les Gaulois" constituent une lecture stéréotypée qui ne correspond par à la réalité historique mais seulement au discours politique et erroné de Jules César, repris depuis par à d'autres fins tout aussi politiques.

 

Les questions de culture générale valent aussi le détour :

1. Dans lequel de ces trois pays le français n'est pas parlé ?

a/ La Suisse ;     b/ L'Espagne ;      c/ L'Algérie

Encore une fois, cette question fait référence au passé colonial de la France.

 

Quels enseignements tirer de ces questionnaires ?

Globalement, on remarque assez rapidement que ces questionnaires véhiculent une vision plutôt positive de la France dans l'histoire, résidu du traumatisme de la repentance honnie par le précédent chef de l'Etat.

Il est également à noter la lourde insistance sur le passé colonial de la France. D'aucuns justifieront cette présence par la volonté de faire réfléchir les candidats à la nationalité française sur les processus historiques qui sont à l'oeuvre dans les choix des destinations migratoires. Une telle interprétation apparaît comme complètement illusoire au regard des questions posées qui relèvent davantage d'un inventaire à la Prévert des stéréotypes du roman national plutôt que d'un questionnaire de connaissance en histoire.

 

Ces tests s'ajoutent ainsi à d'autres éléments révélateurs d'une tendance actuelle à l'affirmation du roman national face aux dangers supposés dont il ferait l'objet. Dans un excellent article de la revue Diversité, l'historienne Laurence de Cock a très bien montré comment depuis 2008 les nouveaux programmes d'histoire au collège qui introduisent l'étude de civilisations extra-européennes ont été attaqués au prétexte qu'ils dilueraient l'histoire nationale traditionnelle au profit de mémoires communautaires.

Accordons à Dimitri Casali (qui a été le porte-parole de cette cause) que c'est probablement le cas concernant l'enseignement des traites négrières et de l'esclavage qui a fait l'objet d'une attention particulière dans les nouveaux programmes en raison de la loi Taubira de 2001.

Cela ne doit cependant pas faire oublier que l'alternative conservatrice proposée par Dimitri Casali repose sur une construction tout aussi communautaire. L'histoire de France qu'il propose dans son  altermanuel est le fruit d'une vision datée et politique qui considère l'histoire enseignée comme le bras armé du renforcement de la fierté nationale à travers l'héroïsation des grandes figures et des grands évènements que nul Français n'est censé ignoré selon lui. Bien que ce soit l'expression de "roman national" qui se soit imposée depuis plusieurs années, on aurait tout autant pu parler de "mémoire nationale" tant cette vision correspond à une lecture du passé visant à rassembler une communauté (dire nationale) dans l'émotion.

Face à cette croyance, nous pensons que l'histoire peut avoir d'autres vertues parmi lesquelles figurent en priorité l'exercice de l'esprit critique et l'apprentissage de l'altérité culturelle. Maintes réformes ont tenté d'introduire cette dimension depuis "l'histoire universelle" en 1925 jusqu'aux programmes Haby de 1975 qui voulaient "élargir l'horizon", en passant par l'approche civilisationnelle de Braudel en 1957. Dans le contexte actuel d'une mondialisation galopante qui entraîne des flux économiques et humains toujours plus importants, il serait pour le moins contradictoire de s'obstiner à inculquer une histoire dont les présupposés idéologiques datent de la fin du XIXe siècle, à l'époque où la France cherchait à prouver sa supériorité sur l'Allemagne et à justifier son entreprise coloniale par un argumentaire racialo-civilisationnel. 

 

Questionnaire-nationalite-francaise.png

Caricature de Rodho sur Le PLus du Nouvel Observateur

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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