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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 08:25

 

Lundi 16 juillet 2012, jour de la commémoration du soixante-dixième anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv',  des reporters du quotidien britannique The Sun ont annoncé avoir retrouvé la trace à Budapest de Laszlo Csatary, ancien chef de la police au ghetto juif de la ville slovaque de Kosice où 15.700 Juifs furent assassinés ou déportés vers le camp d'extermination nazi d'Auschwitz. 

 

Lazlo-Csatary.jpg

 

Cet homme avait été placé en tête de la liste des criminels de guerre nazis les plus recherchés au monde (édition 2012) par le centre Simon Wiesenthal qui s'est fait une spécialité depuis quelques années de traquer les nazis encore vivants afin de les déferer devant la justice avant qu'ils ne meurent. Cette chasse à l'homme s'est d'ailleurs intensifiée depuis 2002 dans le cadre d'un programme appelé "Opération dernière chance". 

 

A défaut de pouvoir rencontrer des représentants du centre Simon Wiesenthal, ou bien d'obtenir une interview exclusive de l'intéressé, les journalistes français se sont tournés vers Serge Klarsfeld qui symbolise aux yeux de beaucoup l'archétype du chasseur de nazis pour commenter cette information. Encore plus surprenant, d'autres sont allés à la rencontre de son fils Arno Klarsfeld...

Les deux hommes ont essentiellement relativisé cette nouvelle identification qui, pour le moment, ne s'est pas concrétisée par une arrestation bien que l'homme ait déjà été condamné à mort par contumace en 1948 par un tribunal tchécoslovaque. Une enquête serait en cours depuis septembre 2011 au parquet de Budapest...

 

Comme pour le cas de  John Dumjanjuk en 2009, je persiste à voir une grande indécence dans cette traque acharnée contre d'anciens nazis.

Tout d'abord parce que la méthode du Centre Simon Wiesenthal est contestable. En 2009, il avait déjà placé John Dumjanjuk à la tête de sa liste des criminels de guerre nazis pour faire pression sur la justice américaine afin qu'elle accepte son extradition en Allemagne. Cette fois-ci encore, on s'aperçoit que Laszlo Csatary a été placé en tête de liste quelques semaines avant l'annonce de sa localisation. Cette coïncidence induit le doute sur la logique de ce document qui ne semble pas classer les criminels en fonction de leurs actes, mais plutôt en fonction de la potentialité d'organisation d'un procès.

 

Le cheminement médiatique est ensuite parfaitement rodé visant à criminaliser à outrance l'accusé, quitte à enfreindre régulièrement la présomption d'innocence en vigueur dans plusieurs pays. A ce titre, la couverture du Sun reproduite ci-dessus est révélatrice. L'homme est qualifié de "monstre" ayant envoyé 15 700 personnes à la mort. L'erreur commise par le journal Le Monde sur le prénom de Dumjanjuk dans son article du 16 juillet 2012 est tout aussi porteuse de sens. En l'appelant Ivan et non pas John, le journal reproduit une légende qui voulait que Dumjanjuk soit le sanguinaire "Ivan le Terrible" de Treblinka... ce que la justice n'a pas pu confirmer !

On peut d'ailleurs s'interroger sur le fait que ce soit un tabloïd qui révèle la localisation de Laszlo Csatary en partenariat avec le centre Simon Wiesenthal. N'existait-il pas d'autres journaux plus sérieux et modérés susceptibles de mener une telle enquête ?

 

Enfin, à quoi va bien pouvoir servir un tel procès ? Les familles des victimes (qui restent étrangement silencieuses dans les médias pour le moment) tiennent-elles vraiment à une telle mise en scène dont l'émotion et les rebondissements vont irrémédiablement conduire ce vieil homme à la mort d'ici quelques mois ? Après Nuremberg, après Eichmann et après Barbie en France, que retiendra-t-on de ce procès sinon une vague agitation médiatique ?

Ne serait-il pas plus utile de recueillir ses mémoires ? A l'exception de Rudolf Höss qui a rédigé son témoignage lors de son procès afin d'essayer d'expliquer sa version des faits à la justice, rares sont les nazis qui ont accepté de s'expliquer et de fournir leur lecture sincère et personnelle à l'occasion d'un procès. Prisonniers d'une démarche judiciaire et de la stratégie d'une myriade d'avocats, ils délivrent le plus souvent un discours froid et inutile alors que leur témoignage serait souvent très utile aux historiens et à la société pour comprendre la montée du nazisme, l'adhésion de milliers d'individus à une idéologie raciste et xénophobe, ainsi que la construction compliquée d'une mémoire individuelle universellement condamnée. 

 

Soixante-dix ans après les faits, il serait peut-être temps d'atténuer la condamnation et d'encourager la compréhension pour qu'une telle tragédie ne puisse jamais plus se reproduire.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires - lois et justice
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