Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
  • Contact

C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

Partenaires

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 13:25

 

Samedi 25 septembre 2010, une plaque en mémoire des victimes de la barbarie nazie déportées pour motif d’homosexualité a été inaugurée au camp de Struthof (Alsace). Je n’irai pas jusqu’à parler d’une « année zéro » de la reconnaissance mémorielle ; ce serait à mon sens oublier un peu trop vite plusieurs décennies de militantisme et de travaux (qu’ils soient militants, journalistiques ou universitaires) qui ont permis de faire avancer laborieusement ce sujet et cette revendication.

Quoiqu’il en soit, les 150 personnes présentes pour cet évènement avaient toutes l’impression de participer à un moment très important et très émouvant. Après les discours timides de Lionel Jospin en 2001, puis de Jacques Chirac en 2005, l’apposition d’une inscription gravée dans le marbre et installée avec solennité au sein d’un camp donne l’impression qu’une dynamique vient de se mettre en marche et que plus rien ne pourra l’arrêter.

Ceux qui lisent régulièrement ce blog savent qu’il n’est pas dans mes habitudes d’apporter un jugement personnel face aux différentes manifestations mémorielles, ceci afin de conserver au mieux l’intégrité d’un jugement critique distancié. Je dois néanmoins reconnaître que le statut d’observateur s’est parfois laissé dépasser par l’émotion toute mémorielle de cette cérémonie. L’association des Oubliés de la Mémoire  doit à mon sens être félicitée pour le travail qu’elle a accompli et le résultat obtenu.

 

Je ne reviendrai pas dans cet article sur les problématiques institutionnelles et associatives que pose cette forme de reconnaissance mémorielle. Nous l’avons déjà abordé dans ce blog et une réflexion plus approfondie sur ce sujet doit être publiée prochainement dans les actes d’un colloque sur les lieux de mémoire victimaire auquel j’ai participé.

Je souhaiterais donc simplement revenir sur l’organisation de la cérémonie afin de compléter les différentes dépêches journalistiques qui se sont généralement contentées de mentionner l’évènement sans le commenter davantage.

Tout d’abord, il faut reconnaître que la couverture médiatique a été plutôt satisfaisante d’un point de vue purement quantitatif. Les journaux et magazines communautaires (Yagg, Têtu, etc.) ont relayé l’information, et ils ont également été rejoints par les médias généralistes tels qu’Europe 1, L’Humanité, ou encore TF1 qui peut s’enorgueillir d’un reportage diffusé dans son édition du samedi 25 septembre (décidément, cet article va finir par bouleverser tous mes principes si je commence même à trouver des qualités à cette chaîne…)

 

 

 

Mais au-delà des images conventionnelles et des chiffres officiels, certains aspects de cette cérémonie m’ont laissé perplexe. Comme souvent, le « off » s’avère aussi intéressant que le « in » et je tenais à vous le faire partager.

D’abord, malgré la mention du patronage de Monsieur Hubert Falco, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, on a regretté son absence qui aurait été appréciée en cette circonstance exceptionnelle. L’homme était cependant retenu à Paris où il présidait une cérémonie organisée à l’occasion de la journée nationale d’hommage aux Harkis. Difficile dans ces conditions de ne pas être taxé de communautarisme en signalant que le secrétaire d’Etat aurait peut-être pu faire un effort en se déplaçant en Alsace pour cet évènement unique plutôt que pour une cérémonie annuelle. L’idéal aurait probablement été de le voir participer aux deux cérémonies, ce qui n’aurait d’ailleurs pas été matériellement impossible depuis l’entrée en service du TGV Est.

Il faut dire qu’Hubert Falco avait une annonce importante à communiquer : depuis le Struthof, nous avons en effet appris qu’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie était en cours de création. Cette nouvelle est a priori heureuse tant les recherches manquent sur cette période historique. Je m’interroge cependant sur ce titre ronflant : chacun sait que ces fondations mémorielles ont en fait pour objectif de répondre et de temporiser des concurrences mémorielles qui s’expriment souvent en l’absence de recherches historiques satisfaisantes. Dès lors, pourquoi persister à les appeler « Fondation pour la Mémoire » quant on pourrait plus judicieusement utiliser l’expression « Fondation pour l’Histoire et la Mémoire » ? C’est souvent par ces petits détails que je m’aperçois que le champ épistémologique de l’histoire des mémoires a encore de beaux jours devant lui.

Hubert Falco était donc absent et il a été remplacé par un sous-préfet représentant l’autorité publique. Son discours a laissé dans l’assistance un sentiment de déception tant il a véhiculé des lieux communs sans intérêt, et totalement inadaptés à la circonstance. On attendait bien plus qu’un simple rappel des chiffres.

Ce ne fût pas le cas de deux autres discours remarquables.

Le premier nous vient d’outre-Rhin, et plus précisément d’un député du Land voisin de l’Alsace. Dès ses premiers mots, on comprend immédiatement l’avance prise en l’Allemagne par rapport à la France sur les questions sociétales. Cet élu du peuple n’hésite pas en effet à se présenter par ses fonctions politiques et administratives, mais aussi en justifiant sa présence à cette cérémonie à titre individuel en raison de son homosexualité. A priori, il ne semblait pas s’inquiéter qu’un de ses concitoyens puisse lui reprocher de soutenir une cause communautariste…

Le second discours remarquable et remarqué fût celui d’Yves Lescure, Directeur Général de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Le choix judicieux des mots, l’intelligence du propos général et la clarté du message a laissé l’assistance sans voix. Enfin, nous savions exactement pourquoi nous étions tous rassemblés, pourquoi il était important que cette reconnaissance soit établie, et pourquoi nous ne devions pas oublier non plus toutes les autres victimes malgré le motif spécifique qui était alors rappelé en ce jour.

Parmi les officiels, nous avons en revanche été choqués par la présence de l’ambassadeur de Russie. En effet, seulement quelques jours après la séquestration de Nikolaï Alekseev, militant russe et vice-président du comité Idaho, sa présence pouvait paraître inopportune.

Parmi les autres désagréments de cette journée, nous avons été particulièrement déçus par la visite guidée du camp qui a été ponctuée de remarques surprenantes, voire choquantes. Ainsi, notre guide a commencé son discours en précisant qu’il venait d’apprendre le jour même que des individus avaient été déportés pour motif d’homosexualité. Nous avons alors compris que nos prédécesseurs n’avaient jamais été informés de cette réalité au cours de leur visite du Struthof et que nos successeurs ne le seraient pas forcément davantage. La visite s’est également terminée par une précision biographique sur les principaux officiers allemands qui ont dirigé le camp et qui ont été jugés et pendus. Notre guide précise alors en guise de conclusion que « finalement, ce n’est que justice ». Fort heureusement, aucun adolescent n’était présent durant la visite car je me suis imaginé, après une telle intervention, devoir expliquer encore à nouveau à mes élèves que la peine de mort a été abolie en France et qu’il important que cette avancée juridique ne soit pas remise en cause au prétexte d’exemples toujours caricaturaux.

 

Dans l’attente de nouvelles revendications (car les associations françaises ne semblent pas vouloir s’arrêter à ce stade de la reconnaissance), nous pouvons déjà nous réjouir d’une telle avancée.

 

Inauguration de la plaque en mémoire des homosexuels déportés au Struthof La cérémonie a été organisé en présence des représentants officiels

"A la mémoire des vicimes de la Barbarie nazie, déportées pour motif d'homosexualité"

Rudolf Brazda

Rudolf Brazda, dernier déporté pour motif d'homosexualité vivant et connu, a participé à la cérémonie d'inauguration

Partager cet article

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et homosexualités
commenter cet article

commentaires