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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 08:07

Les formes d’expression mémorielle n’en finissent pas de se multiplier. Dans ce domaine, l’Allemagne est particulièrement active. Après les musées, les plaques commémoratives, les noms de rues et les monuments, ce sont désormais des pavés qui ont pour mission de préserver la mémoire et qui ont été scellés devant les domiciles ou les lieux d'arrestation des victimes du nazisme. Mercredi 20 juillet 2011, 19 nouveaux pavés seront installés à Bruxelles et à Liège. 

 

L’initiative revient à l’artiste Gunter DEMNIG qui, depuis plusieurs années, sillonne les routes européennes pour disséminer dans le sol cette modeste contribution à la mémoire individuelle et collective. L’entreprise ne serait guère exceptionnelle et originale si elle ne s’inscrivait pas dans une échelle aussi vaste. Depuis 1994, ce sont en effet plus de 17 000 Stolpersteine (littéralement : pierre sur laquelle on trébuche ou pierre d'achoppement) qui ont été posées dans le sol allemand, puis autrichien, belge, hongrois, italien et hollandais.

D’une initiative individuelle à la limite de la légalité (Gunter DEMNIG s’est tout d’abord passé d’autorisation officielle pour creuser dans les trottoirs de Cologne), l’entreprise mémorielle s’est progressivement imposée dans plus de 400 villes. Depuis, le projet est soutenu par de nombreuses municipalités et institutions telles que l’association pour la mémoire de la Shoah en Belgique. 

 

Une initiative efficace

Si cette idée simple et anodine s’est imposée aussi rapidement, c’est qu’elle mobilise des aspects particulièrement efficaces d’une stratégie mémorielle.

Tout d’abord, malgré son ampleur, l’initiative ne coûte presque rien. Ces petits dés de béton ou de métal de 10 cm de côté recouverts d'une plaque en laiton sont estimés à 95 euros par pièce.

Ensuite, le projet repose sur un fort investissement populaire à toutes les étapes de la réalisation. Ainsi, ce sont généralement des individus, des associations, des écoles ou bien des communes qui prennent l’initiative de contacter l’artiste pour installer une nouvelle pierre à l’édifice mémoriel. Ils assurent dans ce cas le financement initial ainsi que l’entretien courant.

Puis, de par son inscription dans l’espace public, ce pavé doré attire le regard du passant. Alors que nous ne prêtons plus guère d’attention aux noms des rues qui sont souvent réduits à leur fonction utilitaire, ces pierres étonnent par leur insignifiance initiale et véhiculent finalement davantage la mémoire des noms.

C’est sans compter également sur le fort investissement émotionnel des habitants de la rue dans laquelle est déposée cette modeste pierre. Bien plus performante qu’une cérémonie, qu’une commémoration, voire qu’un cours d’histoire, la multiplicité de ces traces du passé inscrites dans le paysage urbain quotidien montre que la terreur nazie s’est imposée partout, et qu’elle a fait des victimes qui auraient pu être nos voisins.

Enfin, cette initiative fonctionne bien car elle permet d’associer adroitement l’histoire et la mémoire. Pour qu’une pierre soit installée, il faut en effet qu’un dossier soit suffisamment étayé afin de connaître le nom de la victime, quelques éléments biographiques, et la certitude qu’elle ait été arrêtée à l’endroit où la pierre sera apposée. Ainsi, en passant par la mémoire, ce projet soutient un devoir d’histoire.

 

Des projets originaux pour renouveler la mémoire

Si toutes ces raisons expliquent le succès grandissant du projet de Gunter DEMNIG, il faut néanmoins signaler que son initiative s’inscrit dans la continuité d’autres artistes qui ont exploré avant lui des stratégies mémorielles similaires.

C’est le cas notamment de Jochen GERZ qui, à partir de 1990, entreprend de réaliser clandestinement un Monument contre le racisme. Avec l’aide de ses étudiants de l’école des Beaux-Arts, il descelle progressivement et discrètement les pavés de la place devant le château de Sarrebrück, ancien quartier général de la Gestapo. Sur chaque pavé, il inscrit le nom d’un cimetière juif d’Allemagne et le remet ensuite en place, face contre terre.

Ce monument mémorial est donc invisible ! Il n’a été officialisé que bien plus tard, et la Schlossplatz a alors été rebaptisée Platz des Unsichtbaren Mahnmals (place du mémorial invisible).

Platz des Unsichtbaren Mahnmals

 

Tout comme Gunter DEMNIG, Jochen GERZ considère que le monument traditionnel (Denkmal en allemand) ne permet plus de commémorer des évènements aussi tragiques que la Seconde Guerre mondiale et le génocide des Juifs d’Europe. L’artiste mobilise donc une nouvelle forme de commémoration (Mahnmal en allemand, un terme apparu après la guerre) qu’il développe sous la forme d’anti-monuments qui symbolisent l’enfouissement de souvenir de ces évènements tragiques dans nos mémoires. En parallèle à ce projet, il a également construit à Hambourg un Monument contre le fascisme qui s’est progressivement enfoui sous la terre entre 1986 et 1993.

 

Nous ne connaissons pas hélas d’initiatives aussi stimulantes sur le territoire français et nous nous étonnons qu’aucun pavé de Gunter DEMNIG n’ait été encore installé en France…

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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