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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 10:06

 

Le procès de Nuremberg fait régulièrement l’objet de critiques révisionnistes. Malgré la gravité des faits reprochés aux accusés, nombreux sont ceux qui reprochent les conclusions hâtives d’une justice expéditive et prédéfinie par les vainqueurs. A l’occasion d’une affaire judiciaire récente, la Russie s’est présentée comme le protecteur résolu du célèbre procès. Ses motivations méritent cependant d’être éclairées.

 

L’affaire se déclare autour du cas de Vassily Kononov. Né en Lettonie, le jeune homme devient soviétique lorsque son pays natal est annexé par l’URSS en 1940. Adoptant sa nouvelle nationalité, il décide de s’engager dans l’Armée Rouge lorsque l’URSS est attaquée par les nazis en juin 1941. Il s’illustre alors par de nombreux actes de résistance qui lui valent la reconnaissance de son nouveau pays.

 

vassily-kononov-en-1941.jpg

Vassily Kononov en 1941

 

Dans son parcours, un évènement tragique est à l’origine de ses ennuis judiciaires ultérieurs. Selon le récit de son avocat, Vassily Kononov est chargé en 1944 d’une mission particulière : exécuter une sentence de la cours martiale ordonnant la peine capitale pour quelques habitants du village letton de Malye Baty, jugés coupables de l’extermination d’un groupe de partisans soviétiques. Par cet acte, le jeune homme prouve qu’il adhère sans faille à sa patrie d’adoption, même si cela doit le conduire à éliminer d’anciens concitoyens.

C’est sur cette base que la justice lettone le condamne à la prison. Le pays ayant retrouvé son indépendance depuis l’implosion de l’URSS en 1991, son action considérée comme un devoir militaire en 1944 est requalifiée en tant que crime soixante ans plus tard. L’accusé conteste ce jugement et porte l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme qui lui donne raison en invoquant l’article 7 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme : « Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d'après le droit national ou international. De même il n'est infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'infraction a été commise ».

Vassily Kononov est donc libéré jusqu’en 2010 où la Grande chambre de la Cour européenne des droits de l’homme revient sur sa décision. Fatigué par ces interminables batailles judiciaires, Vassily Kononov est décédé le 21 mars 2011.

 

Cette affaire est donc complexe et il n’est pas possible à mon avis d’adopter une position trop rigide. On peut supposer que le soldat Kononov n’a pas réalisé sa mission sans difficultés, ni réflexions existentielles. S’engager auprès de la force occupante soviétique pour protéger son pays d’un autre envahisseur est une chose, retourner son fusil contre des concitoyens qui ont fait le choix de soutenir le second occupant en est une autre. Cependant, l’intéressé avait-il le choix ? Pouvait-il refuser d’exécuter un tel ordre sans être accusé lui-même de trahison ?

 

La situation est d’autant complexe qu’elle s’inscrit désormais dans un contexte historique et mémoriel particulier. La Russie s’est notamment illustrée par des prises de positions très vives. A l’occasion d’une conférence organisée le 16 mai à Saint-Pétersbourg pour célébrer les 65 ans du procès de Nuremberg, le ministre russe de la Justice, Alexandre Konovalov, a évoqué le cas de Vassili Kononov. Pour lui, le cas Kononov n’est pas qu’une simple affaire judiciaire. Il révèle une tendance plus globale à revenir sur les conclusions de Nuremberg. Il s’agit donc d’une affaire de mémoire, d’histoire et de politique, voire de géopolitique.

L’enjeu pour la Russie est très simple : il faut absolument éviter que l’URSS soit considérée au même titre que l’Allemagne nazie. La position adoptée à Nuremberg est en effet très avantageuse pour l’URSS. Tandis que les regards étaient tournés vers les camps de concentration nazis et les atrocités commises par le régime d’Hitler, Staline a imposé au monde l’idée d’un pays respectable en dissimulant habilement derrière cette image d’Epinal les failles d’un système imposé par les annexions forcées et les exécutions sommaires.

Soixante-cinq ans plus tard, la Russie se fend donc d’une grande solennité en organisant les célébrations de l’héritage du procès de Nuremberg. L’observateur occidental ne doit cependant pas être dupe. Lors de ces cérémonies, ce n’est pas la lutte contre l’extrémisme et la protection des droits de l’homme qui sont célébrées, mais l’image teintée de propagande à la gloire d’une Russie glorieuse et éternelle.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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