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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 12:32

 

Vous n’avez pas pu y échapper : c’est le cinquantenaire du procès de l’ancien nazi Adolf Eichmann.

Le 11 avril 1961 s’ouvrait en effet à Jérusalem un procès essentiel pour la construction mémorielle du peuple juif et pour l’ensemble de l’humanité désormais durablement marquée par le génocide commis par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Il ne m’appartient pas de refaire ici l’histoire de ce procès. La question a été admirablement traitée par les auteurs qui contribuent au très bon numéro de L’Histoire datée du mois de mars 2011.

Les articles d’Annette Wieviorka et d’Hanna Yablonka notamment expliquent pourquoi et comment ce procès est devenu « historique » en s’inscrivant dans un cheminement mémoriel complexe d’une Nation en recherche d’identité collective. Les déclarations du Premier ministre israélien Ben Gourion au journal Le Monde en juin 1960 sont sur ce point très révélatrices. Lorsqu’il affirme que le procès Eichmann sera « le Nuremberg du peuple juif », il considère que l’Etat d’Israël ne pouvait alors pas se contenter des condamnations prononcées au nom des Nations Unies dont il ne faisait pas encore partie.

C’est donc par l’intermédiaire d’un procès et d’une condamnation expiatoire que la mémoire du génocide était censée se cristalliser pour mieux permettre aux rescapés de se relever et d’avancer.

 

Ce qui m’interroge davantage, c’est cette volonté de commémorer ce procès en France et partout dans le monde. L’évènement est certes important dans l’histoire du peuple juif pour toutes les raisons que nous avons évoquées précédemment. Sa commémoration l’est-elle autant ? Doit-on considérer qu’il s’agit d’un « évènement historique » qui mérite d’être régulièrement remémoré ?

Soyons clair : je ne conteste pas du tout l’intérêt des multiples manifestations scientifiques organisées autour de cette commémoration. La lecture de ce numéro de L’Histoire fut passionnante, j’ai déjà prévu de me rendre à l’exposition organisée au mémorial de la Shoah sous la direction d’Henry Rousso et j’ai passé plusieurs heures à visionner les enregistrements vidéo du procès mis en ligne récemment par You Tube. Tout ce qui peut permettre de mieux connaître le passé de l’humanité doit être selon moi encouragé.

 

Nonobstant, je reste perplexe sur le principe de commémoration qui s’impose progressivement autour du procès, et pour plusieurs raisons :

            - Tout d’abord, parce que ce procès est un acte mémoriel en lui-même. Il a permis au peuple juif de se rassembler, et de se faire reconnaître autour d’un souvenir tragique scellant son unité. En soi, ce n’est pas un problème puisque chaque nation célèbre son passé lors d’une fête nationale. Or, c’est exactement autour de cette articulation que je m’interroge car l’anniversaire du procès Eichmann n’est pas officiellement considéré comme une date symbolique et commémorative… et pour cause !

            - Il s’agit tout de même de commémorer la mise à mort d’un homme qui n’est certes pas dénué de responsabilités, mais à qui on a tout de même imposé la figure du bouc-émissaire.

Cette situation est plutôt rare et c’est en cela qu’elle m’intéresse autant. Les commémorations sont généralement héroïques et célèbrent une grande victoire (souvent en occultant les sacrifices visant à l’obtenir), ou bien tragiques et entretiennent le souvenir des victimes (souvent en occultant de la même façon ceux qui ne correspondent pas au modèle dominant).

Dans le cas précis du procès Eichmann, héroïsation et victimisation s’entremêlent de façon beaucoup trop complexe pour qu’un message clair soit délivré. La succession des survivants (parfois complètement étrangers dans leurs parcours à la moindre décision qu’aurait pu prendre Eichmann au cours de la guerre) relève plutôt de la logique victimaire. Néanmoins, les critiques adressées par d’autres pays à l’Etat d’Israël sur sa légitimité à juger seul un nazi, ainsi que le verdict final, introduisent une nuance héroïque, voire vengeresse, des victimes s’acharnant contre leur ancien bourreau, la transformant ainsi en un martyr dont personne n’oserait (et ne pourrait vraiment) se réclamer.

 

Curieux phénomène finalement que celui de condamner un homme, d’écraser jusqu’à sa mémoire et son nom, pour ensuite mieux le commémorer.

Eichmann-a-son-procesVictime au proces Eichmann

                  Adolf Eichmann et un témoin lors du procès tenu en 1961

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
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commentaires

Armen 19/11/2011 14:01


Le premier génocide du XXème siècle a été organisé par le gouvernement jeune-turc en 1915. C'était la première fois que dans l'Histoire une planification systématique prévoyait l'élimination de
toute une partie de ses habitants.


En effet sur les 13 millions d'ottomans en 1915, vivaient près de 3,4 millions d'Arméniens et plus de 1,5 millions furent déportés et systématiquement exterminés. Cet Holocauste unique dans
l'histoire de l'Homme inspira les nationaux socialistes qui reproduirent les mêmes méthodes pour le massacre des juifs en 1939.


En cela le  Génocide des Arméniens par les autorités turques est l'évènement qui inspira tous les planificateurs et exécuteurs de génocides à venir.


 

Mickaël BERTRAND 19/11/2011 14:09



Merci pour votre commentaire Armen (avec un souvenir ému d'ailleurs pour un de mes anciens élèves arménien qui portait votre prénom).


Je vous conseille la lecture des autres articles du blog qui ont été consacrés à la question du génocide arménien et surtout à sa mémoire.


Cordialement,



Boisbouvier 14/06/2011 23:55



A quoi bon commémorer l'inoubliable ?



Boisbouvier 14/06/2011 19:28



Les massacres sont une chose et la Shoah en est une autre. Elle détonne -et étonne- par son caractère systématique et, surtout, "industriel". Le massacre des arméniens en 1915, ceux de Nankin,
Katyn, Babi Yar, Oradour, Srebrenica... finiront pas être oubliés. Auschwitz et Treblinka ne le seront jamais.



Mickaël BERTRAND 14/06/2011 19:46



En Occident peut-être. Cette mémoire qui nous semble évidente, voire parfois omniprésente, est toute relative dans d'autres régions du monde.



Boisbouvier 14/06/2011 08:17



Oui.Tout à fait d'accord avec M. Bertrand. Eichmann n'était qu'un second couteau mais, comme les trois grands responsables (Hitler, Himmler et Heydrich) étaient morts, Israël ne put que se
contenter de cet Eichmann pour faire éclater au grand jour la singularité de la Shoah. Il a réussi son coup. Depuis "on" a changé et, à certains égards, on en parle trop de cette Shoah. Cette
"commémoration"n'est que la énième manifestation d'un désir de remplir les colonnes des journaux.



Mickaël BERTRAND 14/06/2011 12:48



Merci pour votre lecture.


A titre personnel, je me garde néanmoins de porter un jugement sur les commémoration. Je me contente de les commenter et d'étudier leurs manifestations, leurs enjeux et leurs évolutions. 


Et loin de moi aussi l'idée de considérer qu'on "parle trop de cette Shoah". Tant que nous ne serons pas assurés que cela ne se reproduise plus, nous n'en parlerons jamais assez...