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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 17:26

 

On pensait avoir tout dit sur la Seconde Guerre mondiale. Mon libraire me répète assez souvent qu'il en a marre de voir ces livres écrits et réécrits venir alourdir ses étagères. Sous prétexte de changer l'angle d'approche, d'apporter un nouveau témoignage exclusif ou bien d'apposer simplement la mention "raconté à mon fils", l'historigiographie de cette période historique n'en finit plus de faire couler des océans d'encre délavée par les larmes de l'émotion. Chaque maquis peut désormais s'enorgueillir d'avoir son historien officiel ; rares sont les témoignages qui sommeillent encore dans les greniers et les caves. Les éditeurs se sont emparés de chaque souvenir et de chaque récit.

Je ne vais pas le nier, je contribue moi-même à cette inflation par l'intermédiaire de mes travaux de recherche mais aussi avec ce blog dont de nombreux articles portent sur la Seconde Guerre mondiale. Cela ne doit néanmoins pas nous empêcher de prendre un peu de recul sur cette période historique et de nous interroger sur les lectures mémorielles et historiennes qui se sont succédées depuis plusieurs décennies.

De récents ouvrages relayés sur ces pages permettent de relativiser les logiques jusqu'alors unanimement acceptées. Après les écrits de  Pierre Laborie et d'Hasia R. Diner, il n'est par exemple plus possible de croire qu'une mémoire s'est réellement imposée sans concession face à d'autres durant de longues périodes. On pense plutôt aujourd'hui que certaines mémoires ont été parfois plus ou moins médiatisées et relayées, ou plus ou moins efficaces selon les périodes observées.

Il n'en reste pas moins que certains aspects demeurent inconnus des livres d'histoire et de la plupart des récits. Lorsque j'ai commencé mes travaux en 2005, je me souviens notamment qu'Annette Wieviorka m'avait assuré au cours d'une conférence qu'il était impossible de travailler sur la sexualité au sein de l'univers concentrationnaire. Les sources étaient selon elles inexistantes et les témoignages silencieux sur cette question. Force est de constater depuis six que sa position a évolué et que les travaux se sont multipliés (y compris sous sa direction).

Ces minces mais solides avancées nous permettent désormais d'ouvrir de nouvelles problématiques jusqu'alors complètement occultées. Parmi elles, celle des enfants nés d'amours interdits entre Français et Allemands de 1940 à 1945.

 

Différents éléments permettent d'expliquer partiellement un tel silence :

   1. Dans l'immédiat après-guerre, il était préférable de dissimuler ce qu'il était alors convenu de désigner sous l'expression de "collaboration horizontale". Des travaux passionnants ont été entrepris sur la répression appliquée durant les quelques semaines qui ont suivi la libération du territoire national : c'est le cas notamment de l'ouvrage de Fabrice Virgili sur les femmes tondues.

   2. Ensuite, ces secrets de familles ont été perpétués, souvent dans l'intérêt de l'enfant. Des rumeurs ont bien circulé dans les villages, des moqueries pouvaient s'exprimer dans les cours de récréation, mais la plupart du temps des arrangements ont permis de maquiller les amours interdits : invention d'une permission discrète qui aurait coïncidé avec la période de conception de l'enfant, recueillement d'un cousin dont les parents auraient disparu dans la tourmente des évènements, etc.

   3. Enfin, le temps passant, la mémoire s'est apaisée et les questions se sont dispersées. Alexandre Jardin a très bien montré dans son dernier roman comment certaines familles ont progressivement recouvert leurs souvenirs d'un voile pudique, d'autant plus lorsqu'il s'agissait de dissimuler des écarts de conduite que la morale chrétienne réprouve.

 

Et pourtant, de nombreuses questions restent en suspens dans cette chronologie à la minuterie trop bien huilée.

Pourquoi cette "troisième génération" que l'on décrit souvent comme avide d'histoire et de mémoire familiale a-t-elle finalement si peu communiqué sur ces histoires qui auraient séduit n'importe quel éditeur ? Faut-il croire que le cheminement mémoriel est encore trop difficile, entre collaboration et sexualité ?

Pourquoi les travaux historiques qui ont timidement commencé à aborder cette question se contentent-ils d'une étude des femmes françaises ayant fauté avec des soldats allemands. Doit-on vraiment croire que les hommes français restés à l'arrière ont été chastes et exemplaires avec les femmes au moins aussi esseulées qu'eux ?

Et que s'est-il passé outre-Rhin ? Les requis du STO (service du travail obligatoire), les prisonniers de guerre et les volontaires partis tenter leur chance au sein du grand Reich ont-ils été aussi asexués que l'historiographie veut bien le laisser croire ?

 

Un ouvrage publié récemment esquisse quelques-unes de ces problématiques. Dans Des Étoiles sombres dans le ciel, Nadia Salmi tente de trouver des réponses à ces questions qu'elle a dû personnellement affronter depuis le décès de sa grand-mère en 2007.

 

Des-etoiles-sombres-dans-le-ciel.jpg

Nadia Salmi, Des Etoiles sombres dans le ciel, Paris, Oh Editions, 2011

 

Son récit est original car il lève certains tabous. Néanmoins, les chiffres avancés (de 200 000 à 400 000 "enfants de la honte") manquent d'une rigueur méthodologique qu'on ne saurait reprocher à l'auteur qui fait déjà preuve d'un grand courage en évoquant publiquement son histoire personnelle.

Espérons que cette étape permettra de dépasser les deux obstacles qui se sont dressés jusqu'à présent face à ces questions inédites dans l'historiographie de la Seconde Guerre mondiale :

   1. Une problématique mémorielle encore trop douloureuse,

   2. Une problématique historienne encore trop frileuse devant les questions de sexualité et de genre.

 

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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