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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 11:13

 

Le 21 septembre 2012, le président de la République François Hollande inaugurait un Mémorial de la Shoah à Drancy. A cette occasion, il a donné un nouveau discours qui nous permet d’essayer de comprendre un peu plus la politique mémorielle qu’il entend mener à la tête de l'Etat. Pour l’heure, nous sommes obligés de constater que tout ceci demeure pour le moins confus et qu’il reste difficile d’identifier une véritable cohérence dans ce domaine.

 

Des maladresses récurrentes

Il s’agissait du troisième grand discours sur la question mémorielle du président François Hollande depuis son élection.

Le premier avait été prononcé le jour de sa prise de fonction et avait suscité une polémique autour de la mémoire complexe et multiple de Jules Ferry.

Le deuxième visait à commémorer la rafle du Vel d’Hiv et avait été également accompagné d’une salve de contestations. A l’époque, nous avions déjà réagi sur ce blog en écrivant que « le discours de François Hollande est (…) plus brouillon, sans véritable plan, et contient des affirmations maladroites ».

Le troisième discours était donc attendu avec impatience. Il a été plutôt épargné par la critique, mais il a aussi été beaucoup moins médiatisé. Le site de l'Elysée lui-même n’a d’ailleurs pas estimé utile de le publier, ce qui pose à mon avis un véritable problème d’accès aux sources pour les citoyens.

Cet article s’appuie dès lors sur la version vidéo publiée sur Internet :

 

 

Il convient tout d'abord de noter les multiples erreurs qui ponctuent régulièrement les discours du chef de l'Etat. Le jeu est un peu facile lorsqu’on est tranquillement installé derrière son bureau et il convient donc de ne jamais condamner trop fermement de telles maladresses. Néanmoins, l’exercice peut aussi être révélateur du degré d’investissement du président de la République dans un domaine qu’il ne semble guère maîtriser et pour lequel il ne semble pas en mesure de définir une vision cohérente.

 

La première étourderie réside dans l’imprécision des propos. Au moment des remerciements, le chef de l'Etat évoque le Mémorial de la Shoah, Serge Klarsfeld, mais aussi « la Fondation pour la Mémoire »… sans préciser de laquelle il s’agit ! (vers 4 min 20). François Hollande laisse ainsi penser par cet oubli qu’il ignore l’existence d’une Fondation pour la Mémoire de la Shoah, mais aussi d’une Fondation pour la Mémoire de la Déportation. La distinction n’est pourtant pas anodine.

 

La deuxième maladresse a créé un moment de flou dans l’assistance. Évoquant le souvenir du résistant Pierre Brossolette (qui n’est bien entendu pas choisi au hasard puisqu’il s’agit d’un homme politique socialiste), le chef de l'Etat parle des « z’héros anonymes de la guerre » (vers 7 min 50) avant de se reprendre. L’erreur est humaine, mais elle tombe ici au plus mauvais moment.

 

Enfin, la troisième maladresse laisse l’auditeur provincial pour le moins perplexe. Lorsqu’il dresse la liste des interrogations récurrentes et légitimes visant à essayer de comprendre comment l’horreur de la déportation a pu trouver des relais en France, le chef de l'Etat déclare : « Comment a-t-on pu, ici, à 15 km de Paris, laisser s’installer une telle souffrance ? » (vers 9 min 30). Ainsi, à en croire le président de la République française, il y aurait une sorte de logique géographique qui rendrait le camp de Drancy encore plus incompréhensible que ceux de Compiègne, de Beaune-la-Rolande ou de Pithiviers : sa proximité avec la capitale, vue comme le siège de la civilisation et un gage d’humanité, tandis que l’éloignement vers la province profonde permettrait d’expliquer davantage le silence des Français face à un tel massacre. Encore une fois, la formule est pour le moins gênante.

 

 

Quelle politique mémorielle pour la France ?

Le malaise autour de ce discours ne réside cependant pas seulement dans les petites erreurs. A l’issue de cette déclaration (et des précédentes), on s’inquiète également de l’absence d’une véritable politique mémorielle nationale.

A trop vouloir condamner les excès de son prédécesseur dans le domaine mémoriel, François Hollande semble désormais enfermé dans une posture toujours plus conciliatrice, modérée, et finalement molle de l’histoire et de la mémoire de France.

Dès le début de son discours, la précaution est de mise puisque le chef de l'Etat n’ose plus utiliser l’expression trop connotée de « devoir de mémoire » par peur d’être encore accusé de repentance. Il préfère alors évoquer les victimes en précisant que « nous leur devons la fidélité du souvenir ». L’art de ne pas dire ce que l’on pense…

 

La suite est à l’image de cette phrase introductive : aucune prise de position, aucune annonce officielle, mais un alignement de poncifs tels que « aujourd’hui, il s’agit de transmettre (…) Là, réside l’avenir de la mémoire », ou encore « continuer la chaîne du souvenir ».

 

Le propos est encore plus inquiétant lorsque François Hollande décide d’évoquer les liens entre la mémoire, l’histoire, et son enseignement :

 « La mémoire de la Shoah, c’est aussi l’histoire et donc l’affaire de l’Europe et de la France. L’école, l’école de la République, c’est le lieu où notre récit collectif se construit ; où les mémoires s’additionnent, se confondent, pour faire ce qu’on appelle le récit national, ce qui nous unit tous ! Il n’y a pas de concurrence entre les mémoires, il n’y a pas de hiérarchie entre elles, tout nous oblige ».

 

D’abord, je persiste à considérer que l’appropriation du terme de « Shoah » par le chef d’une République laïque pose problème en raison du caractère religieux qu’il sous-entend. Bien qu’il participe à une cérémonie visant à inaugurer un Mémorial de la Shoah, rien n’empêche le président de la République d’utiliser le terme consacré de « génocide des Juifs d’Europe » ou d’ « extermination des Juifs d’Europe » sans manquer de respect à ses hôtes.

Je reste également perplexe devant la définition pour le moins limitée, voire simpliste, du « récit national » par le chef de l'Etat. Selon François Hollande, il s’agirait donc d’un mélange sans conflit, ni concurrence, de l’ensemble des mémoires visant à faire communier unanimement la communauté nationale. Les professeurs d’histoire qui doivent enseigner depuis cette année une lecture historique des mémoires de la Seconde Guerre mondiale apprécieront cette vision en totale contradiction avec les programmes officiels qui invitent à enseigner « la réception plus ou moins large et non sans conflits des mémoires ».

 

Dans les années à venir, François Hollande devra assumer l’organisation d’autres grandes commémorations nationales et internationales (le centenaire des commémorations de la Grande Guerre approche et nous y consacrerons d’ailleurs prochainement un article). Le nouveau président de la République a également promis lors de sa campagne, et rappelé dans ce discours, que la place de l’histoire doit être rétablie et confortée. Il serait donc temps pour lui, et pour son équipe, de mener à bien une véritable réflexion afin de pouvoir proposer dans ce domaine une véritable politique cohérente.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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