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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 07:43

Dans la presse ce matin... cet article du Nouvel Observateur sur un Comité pour le remboursement immédiat des milliards envolés à Haïti.

Les militants en question se sont faits habilement connaître par la création d'un faux site Internet reproduisant celui du Quai d'Orsay (le site a depuis été fermé, ce que je trouve, avec Laurence Fabre, porte-parole de ce Comité, inquiétant quant à la liberté d'expression). Depuis, le gouvernement et les militants jouent au chat et à la souris. Ces derniers sont parvenus à ouvrir un nouveau sitecontre lequel le ministère des Affaires Étrangères entend entamer des poursuites judiciaires.

Comite-pour-le-remboursement-immediat-des-milliards-envol.jpg

Cette inquiétude autour des libertés fondamentales est pourtant bien la seule réflexion que je partage avec ce comité dont les revendications m'agacent.

Voici par exemple, la réponse qu'ils proposent aux menaces du gouvernement :

"Mais si un simple pastiche de site web est un crime, comment alors qualifier les agissements de la France en Haïti, notamment :

   - La capture de force, le commerce, l’esclavage, la torture et le meurtre de millions d’Africains sur plus de deux siècles.

   - Les 90 millions de francs or exigés à Haïti pour la perte des profits liés au trafic d’esclaves suite à l’indépendance du peuple haïtien. Un montant qui a placé Haïti sous le joug d’une dette illégitime qu’elle a mis 122 ans à rembourser à la France.

   - La participation active au renversement le 29 février 2004 de Jean-Bertrand Aristide, président élu démocratiquement, en grande partie parce que Aristide avait eu la témérité d’exiger que la France rembourse à Haïti la “dette de son indépendance". En tenant compte des intérêts, le versement devait s’élever à 21 milliards de dollars US. C’était la première fois qu’une ancienne colonie d’esclaves demandait réparation à sa nation colonisatrice.

   - La promesse de verser 180 millions d’euros à Haïti par l’entremise des agences de l’ONU, des ONG et de la Croix-Rouge. Six mois plus tard, Haïti n’a pas vu l’ombre du moindre centime, selon le site de surveillance de l’aide humanitaire de l’ONU, ReliefWeb. Ce qui n’a pas empêché le secrétaire d’État chargé de la Coopération de se rendre en jet privé - au coût de 143 000 dollars - à la conférence des donateurs pour Haïti.

Nous laisserons donc à l’opinion publique le soin de déterminer qui sont les véritables criminels".

 

Je ne prétends pas représenter l'opinion publique, mais qu'il me soit au moins permis d'apporter une petite contribution au débat.

Certes, et nous l'avons démontré à plusieurs reprise sur ce blog, l'Histoire est faite d'un récit national officiel éclairé sous les feux d'une propagande plus ou moins assumée ET de différentes zones d'ombre qu'il convient de débusquer. Certes, il est injuste que certaines périodes, acteurs et évènements de l'Histoire soient oubliés, voire ostracisés. Néanmoins, au risque de surprendre, je préfère qu'il en soit ainsi.

Il faut à mon sens raison garder sur ces questions au risque de sombrer un peu trop facilement dans des considérations démagogiques. Je pense qu'à la lecture des quelques pages qui précèdent ce billet, le lecteur pourra difficilement me reprocher d'être un porte-voix autoproclamé à la botte du pouvoir. J'ai souvent souligné les utilisations abusives, les dérives et les abus du gouvernement en place (et encore plus souvent du Président de la République lui-même) avec l'Histoire. Et pourtant, faut-il nécessairement prendre le strict contre-point du refus de repentance de Nicolas Sarkozy afin de dénoncer comme le font ces militants les "crimes" de l'Histoire ?

Il est heureux d'apprendre que depuis le 14 juillet 2010, les pensions des anciens combattants des anciennes colonies françaises seraient désormais alignées sur celles des Français après des décennies d'inégalités injustes. Il est heureux d'apprendre qu'une plaque à la mémoire des déportés pour motif d'homosexualité sera enfin aposée au Mur du Souvenir du camp du Struthof le 25 septembre 2010. Mais faut-il pour autant sans cesse condamner au nom de la mémoire les actes de l'histoire passée ? S'il n'est jamais trop tard pour demander une courte citation dans un discours politique, une petite inscription sur un monument publique ou encore une simple reconnaissance symbolique, faut-il toujours demander davantage d'indemnisation et de visibilité ?

A mon sens, la revendication du Comité pour le remboursement immédiat des milliards envolés à Haïti est dangereuse car elle ouvre encore une fois la boîte de Pandore mainte fois entrouverte de la judiciarisation de l'Histoire. Voter à l'Assemblée Nationale un "Accord-Cadre" afin de restituer une somme précédemment payée par un pays dans le cadre d'un accord légal reviendrait à reconnaître de fait une position victimaire à ce pays qui tente encore difficilement de s'extraire de tutelles plus ou moins prégnantes des anciennes colonies.

Et si nous poursuivions cette logique à son terme, l'Amérique toute entière pourrait aussi demander une indemnité au colonisateurs européens qui ont importé de nouvelles maladies outre-atlantique ; les agriculteurs, plutôt que d'attendre désespérément une énième réforme de la PAC, pourraient aussi se constituer en groupe identitaire héritier des paysans de l'époque médiévale pour demander une indemnisation contre l'appropriation des terres par les seigneurs et le remboursement des corvées...

Les idées stupides ne manquent pas... mais pendant ce temps, Haïti ne se reconstruit toujours pas et les rigolos en tailleur s'amusent à faire le buzz.  

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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commentaires

JBL 16/08/2010 19:23



Devoir de mémoire... Au moins cela aura mis sur le devant de la scène cette vérité historique scandaleuse! Si nous ne remboursons pas, au moins pourrions-nous faire repentance? 



Mickaël BERTRAND 23/08/2010 09:32



Je suis tout à fait d'accord avec vous, au-delà de la polémique, cette affaire permet de rappeler que des hommes souffrent encore dans le monde.


En revanche, il n'est pas nécessaire pour cela de faire appel à un quelconque "devoir de mémoire" ou encore à une "repentance". Ces expressions sont désormais trop connotées et pas forcément
légitimes.



Estelle 21/07/2010 00:23


En attendant, comme la vidéo et vous-même le soulignez, Haïti ne reçoit PAS d'aide pourtant promise!

Vous dites qu'il est dangereux de toucher à l'histoire telle qu'elle est présentée actuellement (sic, elle est taillée chaque année dans les livres scolaires!!!). À ce motif, doit-on occulter
l'histoire contemporaine? (l'histoire de demain n'en sera que mieux faussée, prenons les devants donc!)

Vous dites aussi que "la revendication du Comité pour le remboursement immédiat des milliards envolés à Haïti est dangereuse car elle ouvre encore une fois la boîte de Pandore mainte fois
entrouverte de la judiciarisation de l'Histoire." qui "reviendrait à reconnaître de fait une position victimaire à ce pays"... Donc, pour ne pas victimiser ce pays, il faut bien ne pas en
parler, ni l'aider comme cela avait entendu? Horrible paradoxe.
Le but de l'action n'est pas "dangereuse" au point où vous l'entendez. Ni ne représente de danger non plus pour la sécurité nationale. Le collectif vise à interpeller pour débloquer très vite
l'aide et des discussions sur les relations des gouvernements avec Haïti.

Avancer que les anciennes colonisations puissent demander des comptes au point que "l'Amérique toute entière pourrait aussi demander une indemnité au colonisateurs européens" est quelque peu
farfelu. Vous savez bien qu'un raccourci pareil ne peut être employé.

Contester la mise en forme de l'action, pourquoi pas? Mais elle à le mérite d'être, et de rappeler les faux bonds des lanceurs de promesses, donc leur manque d'honneur et d'humanité. Ces gens là
gouvernent notre pays! et traite ses citoyens de la même façon!! Des promesses, non tenues, même si des vies sont en danger, ce n'est pas grave...Ne touchons pas à "l'équilibre". Voyez où nous en
sommes, de quel équilibre parlez-vous? Ce que vous voulez concéder aux élites, un équilibre en trompe-l'œil. Vous dites qu'il ne faut pas revenir sur les zones d'ombres de l'histoire et accepter
qu'elle soit bâtie sur des mensonges, soit. Mais il est inconcevable de perpétuer le mensonge présent pour le futur.

Que l'aide à Haïti n'arrive pas de la part de la France, et personne ne se souvienne demain que la France à manqué à ses promesses parce que personne ne l'a rappelé? Non, car c'est être complice.
Et si effectivement la France n'aide pas, c'est aussi empêcher le devoir de mémoire que de se taire.

Aussi les auteurs confirment en s'exprimant via le Nouvel Obs, que ni le site, ni la vidéo ne sont officiels, contrairement aux promesses, non tenues, d'aides à Haïti.

Cordialement.


Mickaël BERTRAND 21/07/2010 10:13



Bonjour et merci pour votre commentaire.


Tout comme vous, je suis d'accord pour dénoncer les mensonges des gouvernements (français, comme d'autres) qui ont fait de jolies promesses pour redorer leurs sondages de popularité sans assumer
ensuite leurs engagements.


Tout comme, je considère que la France et la plupart des pays développés sont en partie (mais en partie seulement) responsables du sous-développement de nombreux pays pour des raisons
essentiellement géopolitiques (et économiques).


Il faut bien entendu continuer à parler dans les médias de ce pays. En revanche, je maintiens que je suis personnellement opposé à l'argument historique utilisé par ce comité. Si je peux
comprendre sa méthodologie dite du "buzz", j'en souligne sur ce blog les risques mémoriels.


Je ne dis pas qu'il faille se contenter exclusivement du récit national officiel (diffusé essentiellement comme vous le rappelez par les manuels scolaire) mais qu'il serait illusoire de prétendre
remplacer ce récit (qui répond somme toute à son objectif de formation citoyenne) par une volonté de faire une histoire totale. Même si cela semble vous paraître saugrenu, il existe un véritable
risque pour la liberté d'expression à vouloir affirmer un peu trop fort qu'un pays est soit victime, soit bourreau. Exprimer de telle façon, l'affirmation semble stupide et pourtant... Dois-je
rappeler qu'Olivier Pétré-Grenouilleau a fait l'objet d'une plainte pour son ouvrage sur la traite négrière car il a osé faire de l'histoire et rappeler le rôle de la traite intra-africaine là où
la mémoire (protégée par la loi Taubira) place désormais systématiquement l'Afrique en position de victime.


Je maintiens également que l'élargissement de la réflexion à l'ensemble des colonies, s'il se veut un peu provocateur, n'est pas si farfelu. Vous n'imaginez pas le nombre de revendications
similaires qui fleurissent chaque jours dans les anciennes colonies. J'avais évoqué par exemple en 2008 sur ce blog le cas de l'Italie et de la Lybie :  http://histoiredememoire.over-blog.com/article-22507380.html.


En somme, je pense que nous sommes d'accord sur le fond et je vous soutiens pour dénoncer les promesses non tenues du gouvernement français... (et c'est d'ailleurs l'objectif de cet article dans
lequel j'ai voulu relayer ce message). Mais en tant qu'historien, je me dois de rappeler que la fin ne justifie pas les moyens et que cette procédure n'est pas sans risque.


Je considère depuis longtemps et avec beaucoup d'autres qu'il faut privilégier un devoir d'histoire, plutôt que le devoir de mémoire que vous évoquez à la fin de votre
commentaire.


Bien cordialement,