Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
  • Contact

C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

Partenaires

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 15:06

 

We were here est un documentaire américain sur l’émergence de l’épidémie de SIDA à San Francisco au début des années 1980. Il vient d’être présenté au festival du film Sundance et jouit depuis d’un  accueil élogieux dans la presse américaine.

We-were-here.jpg Cliquez sur cette photo pour accéder à la bande annonce du film (en VO)

 

Son sujet peut paraître anodin au premier abord tant on a l’impression d’avoir tout dit à ce sujet. L’épidémie s’est en effet développée en parallèle (voire en lien étroit) avec une nouvelle forme de communication médiatique qui a longtemps joué sur la provocation visuelle, l’indignation et l’émotion. On se rappelle notamment de ce préservatif géant posé sur l’obélisque de la Concorde par l’association Act Up : preservatif-sur-l-obelisque-de-la-Concorde.jpg 

Les chercheurs savent aussi que dans les années 1990, de nombreux fonds ont été distribués (autant dans les sciences dites « expérimentales » que dans les sciences humaines) afin de développer dans l’urgence nos connaissances sur les logiques d’une épidémie dont les ravages étaient importants et soudains. Le témoignage réflexif sur son parcours scientifique que Marie-Ange Schiltz a récemment livré dans la revue Genre, Sexualité & Société laisse apparaître en filigrane la mobilisation de plusieurs organismes, instituts et individus dans ce domaine.

 

Et pourtant, ce documentaire de David Weissman interpelle par la pertinence inédite de sa problématique. Jamais jusqu’à présent nous ne nous étions vraiment interrogés sur le vécu profond des témoins de cette époque. Partant du principe que les victimes étaient décédées et que les survivants n’étaient pas concernés (puisqu’ils n’avaient pas été infectés, c’est qu’ils n’appartenaient aux groupes dits « à risque »…),  nous avons oublié d’interroger ceux qui étaient en première ligne face à l’épidémie : notamment les jeunes homosexuels qui, au début des années 1980, goûtaient à une "libération sexuelle" encore récente dans des lieux consacrés. A cette époque en effet, tout homosexuel qui souhaite (et qui a les moyens d’) assumer son homosexualité se rend dans des métropoles qui apparaissent comme autant d’Eldorados. En France, ce sera essentiellement Paris et son Marais ; Aux Etats-Unis, San Francisco et son Castro.

 

Ce silence ne s’explique cependant pas uniquement par un relatif désintérêt général. Les travaux de David Weissman montrent en effet que la mémoire du SIDA a également été victime d’une forme de refoulement, voire de dénégation, que nous n’avions jusqu’alors jamais soupçonnée. Quitte à faire beaucoup de bruits plus ou moins parasitaires autour de la prévention, l’objectif aurait été d’oublier, ou du moins de minimiser, les risques qui ont été pris et parfois assumés autour de la mort et qui ont concerné peu ou prou toute la population. L’homosexuel apparaissant alors comme l’archétype de la victime du SIDA.

 

Ce documentaire décide donc d’assumer cette histoire que bien d’autres ont essayé d’écrire en vain. On se souvient notamment en France de la polémique ouverte par Frédéric Martel qui dans Le rose et le Noir avait osé lancer un peu trop tôt la question des responsabilités homosexuelles dans la diffusion de l’épidémie.

Quinze ans plus tard, le temps semble être venu d’ouvrir quelques brèches dans le mur du silence. Les victimes collatérales du SIDA (peu importe leur statut sérologique ; même séronégatives, elles n’en sont pas sorties indemnes) semblent avoir commencé leur deuil et sont, pour certaines, prêtes à témoigner.  

 

Sans céder à la comparaison simpliste, il me semble que nous pourrions esquisser un parallèle avec le silence qui s’est emparé des victimes de génocide nazi jusqu’au années 1970. De nombreux travaux ont été menés dans ce domaine et nous sommes désormais en mesure de comprendre relativement bien les logiques qui ont conduit au mutisme plusieurs milliers de rescapés. Il serait intéressant de comparer les deux phénomènes afin de vérifier s’ils se recouvrent, se complètent, ou bien se contredisent dans leurs logiques mémorielles.

 

Quoiqu’il en soit, un travail d’histoire et de mémoire est nécessaire autour du SIDA. Malgré les apparences, de nombreux tabous persistent et nuisent à la prévention. Un ami très informé sur le sujet me rappelait récemment (à raison malgré notre échange un peu vif) que l’interdiction faite aux homosexuels de donner leur sang est légitime tant les statistiques démontrent qu’ils sont proportionnellement beaucoup plus affectés. Malgré la justesse de son propos et sa légitime sensibilité pour la santé publique, je continue à penser que les taux de contamination ne chuteront pas tant que ce travail d’histoire et de mémoire n’aura pas abouti. Aujourd’hui encore, de nombreux homosexuels portent inconsciemment en eux les stigmates d’une période dont personne n’a fait le deuil et pour laquelle une communauté (désignée ici d’un point de vue externe) a été longtemps considérée comme responsable.

 

Un documentaire est actuellement en tournage en France sur la mémoire des homosexuels à partir de témoignages. Espérons que cette thématique ne sera esquivée une fois de plus.   

 

PS : Je remercie au passage Gerard Koskovich et ses précieuses revues de presse d'outre-atlantique qu'il me fait parvenir régulièrement.

Partager cet article

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et homosexualités
commenter cet article

commentaires

Romain 27/03/2011 17:53


Comme toujours, un article très bien écrit! Je partage ton affirmation quant au lien entre chute des taux de contamination et enjeu collectif de mémoire. Bises


lili 25/02/2011 22:45



y a du boulot devant vous ! faut voir comment la presse a relayé le récent décès d'un témoin de l'époque Henri Maurel, pas un article de fond sur l'époque alors qu'il a été conseiller dans des
gouvernements clés et qu'il a participé au mouvement des radios libres. officiellement mort d'une méningite probablement sa volonté et celle de ces proches mais cela ne va pas éclairer la
génération sidakonépa



Mickaël BERTRAND 25/02/2011 23:58



C'est en effet un sujet compliqué... d'autant plus quand le principal intéressé n'a pas forcément souhaité s'exprimer avant de disparaître.


Merci pour votre lecture