Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
  • Contact

C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

Partenaires

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 10:17

Les-freres-Himmler.jpg

Katrin Himmler, Les frères Himmler, une histoire allemande,

Éditions David Reinharc, 2012 (édition originale : 2005).

 

Cet ouvrage est pour le moins déconcertant. Il s'agit d'une recherche sur l'une des familles les plus controversées d'Europe par l'un de ses membres, à savoir Katrin Himmler, la petite-nièce du célèbre Heinrich Himmler.

Dotée d'un  solide parcours en science politique, elle a assez courageusement décidé de se confronter à l'histoire familiale entâchée par la sombre image de son plus illustre représentant qui fut l’un des plus hauts dignitaires du régime nazi.

 

L'idée initiale consiste avant tout à s'intéresser aux frères d'Heinrich Himmler, l’aîné Gebhard et le cadet Ernst. La mémoire familiale transmise à l'auteur de cet ouvrage voulait en effet que les deux frères du terrible Heinrich aient été beaucoup moins impliqués que le troisième dans la politique nazie.

Or, en décidant de confirmer le récit familial par les archives, Katrin Himmler découvre finalement que son grand-père Ernst n'a pas vraiment été apolitique. Il a non seulement dirigé le Reichsrundfunk (c’est-à-dire la radio du Reich), mais il a également adhéré très tôt au nazisme et a rendu de nombreux services au Reichsführer SS. 

Gebhard a quant à lui participé avec Heinrich au putsch de Munich en 1923, puis pris part en 1939 au Blitzkrieg contre la Pologne, avant de devenir fonctionnaire au ministère de l’éducation du Reich.

Les découvertes ne se limitent cependant pas seulement à la fratrie et Katrin Himmler découvre finalement que de nombreux membres de la famille ont participé, voire adhéré, aux activités d'Heinrich. Le beau-frère de Gebhard était par exemple gouverneur de Cracovie, d’où de nombreux Juifs furent déportés. Et même après-guerre, l'une des grand-mères de l'auteur a participé, à un réseau d’entraide d’anciens nazis.

 

Ce travail qui relève autant de l'histoire que de la mémoire n'est pas sans rappeler  l'ouvrage d'Alexandre Jardin que nous avions déjà signalé sur ce blog. Il peut également être rapproché de celui de l'académicien Dominique Fernandez qui, dans Ramon (Grasset, 2009), a raconté l'histoire de son père devenu collaborateur en 1940.

Dans ces trois essais qui naviguent entre littérature, réflexion personnelle et recherche historique, on retrouve des traits communs :

   1. Un long silence familial sur ce sombre passé. Dans le cas des Himmler, Katrin considère que la figure d'Heinrich a servi de bouclier mémoriel permettant de dissimuler la compromission des autres membres de la famille.

   2. Une réminiscence qui s'exprime de façon publique et assumée depuis le début des années 2000 et qui laisse penser que le contexte actuel a libéré cette mémoire. Nous manquons cependant encore de recul pour comprendre exactement les éléments qui ont permis cette libéralisation de la parole.

   3. L'usage de la littérature n'est également pas anodin, comme s'il fallait encore passer par un témoignage romancé pour essayer d'exprimer la nature des sentiments compliqués des descendants.

   4. Un héritage qui reste cependant encore difficile à assumer. Jean Jardin a expliqué dans de nombreuses interviews à quel point son travail de recherche et d'écriture avait été douloureux. Katrin Himmler explique que son travail est aussi une réponse à la souffrance de son adolescence durant laquelle il a parfois été compliqué d'assumer son nom.

 

Tandis que certains passent par l'écriture pour effectuer leur travail de mémoire, d'autres essaient encore difficilement d'oublier en se faisant oublier. Ainsi, Bettina Goering, la nièce d'Hermann Goering, a choisi avec son frère  de se faire stériliser afin d'éteindre la lignée familiale. N'assumant même plus les regards sur son visage aux traits rappelant son grand-oncle, elle a également décidé de quitter l'Allemagne pour se réfugier aux Etats-Unis.

 

Malgré le temps et les générations, cette mémoire demeure décidément bien douloureuse.

Partager cet article

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
commenter cet article

commentaires