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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 13:42

 

Régulièrement, les médias nous refont le coup du devoir de mémoire.

L’expression est tellement usée depuis plusieurs années qu’elle en devient presque agaçante et répulsive.

Quelle est donc en effet cette injonction lancinante à se souvenir de choses qu’il n’est même pas permis de comprendre ? Pourquoi le citoyen devrait-il se rendre chaque année en pèlerinage au mémorial de la Shoah alors qu’il n’est plus autorisé qu’à apprendre par pointillés l’histoire de ce drame lors d’une scolarité lycéenne en série S ?

 

Cette semaine, à l’occasion de la sortie d’un DVD de témoignages des rescapés réalisé par l’Union des déportés d’Auschwitz, les journaux se sont surpassés en poncifs, déclarations bienveillantes et autres bonnes intentions dénuées de réflexion critique.

Comme à chaque anniversaire et commémoration depuis vingt ans, la même rengaine est déclamée avec force de conviction : Comment allons-nous pouvoir enseigner la Shoah quand tous les survivants auront disparu ? Comment allons-nous pouvoir lutter contre les attaques négationnistes sans avoir un témoin à leur mettre sous le nez ?

 

La langue et les doigts commencent généralement à me démanger à ce moment de la discussion quand j’entends ce genre d’absurdités car elles représentent justement à mon avis le principal danger face aux arguments des négationnistes. Comment donner l’impression en effet d’adopter une position ferme, scientifique et indéniable si l’on tremble par avance de ne pas pouvoir la soutenir en l’absence d’une voix frêle, hésitante et parfois gâteuse en fond sonore ?

J’ajouterai qu’on fait bien peu confiance à l’Histoire également si l’on se persuade que l’absence de témoins vivants permet n’importe quelle dérive. Que pensez alors de nos collègues antiquisants, médiévistes et modernistes qui ont eu l’imprudence de laisser disparaître Périclès, Charlemagne et Louis XIV sans dégainer leurs dictaphones et caméras ? Décidément, les chaires universitaires et les salles de classe seraient peuplées de charlatans !  Que fait la police des mémoires ?

 

Il serait bon également de préciser aux défenseurs de la société protectrice des témoins que nous n’avons jamais accumulé plus de témoignages que pour la Seconde Guerre mondiale. Le Centre de Recherche d’Histoire Quantitative vient d’ailleurs de lancer un programme de recension des récits de guerre tellement les publications sont nombreuses et éparses. Une telle initiative pourrait d’ailleurs être élargie ensuite autour des documentaires, des interviews médiatiques, voire des interventions publiques tant les témoins ont été invités à s’exprimer (certes, tardivement...). Il faut également ajouter à ces diverses interventions les différents projets d’enregistrement qui ont été mis en place, notamment par l’USC Shoah Foundation Institute, la fondation créée par Steven Spielberg avec les bénéfices de son film, La Liste de Schindler.

 

Dans cette cacophonie mémorielle, il faut absolument lire l’interview de Georges Bensoussan et Sophie Ernst dans Libération . Leur propos est limpide et instructif. Parmi les meilleurs morceaux, on retiendra la réponse de Georges Bensoussan à propos des voyages scolaires à Auschwitz : « Je suis très sceptique. La plupart du temps, ce sont des voyages éclair d’une journée. Or, comme il ne reste plus grand-chose, si on n’en sait pas déjà beaucoup, on ne voit rien. On est alors dans l’émotionnel, le compassionnel et le devoir de mémoire, avec des collégiens qui ne comprennent pas la portée de ce qu’ils voient ».

 

On ne le répètera donc jamais assez : Vive le devoir d’histoire !!! (même pour les Terminales Scientifiques) et haro sur le devoir de mémoire.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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commentaires

Julien L 02/04/2011



Très bon article.


Je pense cependant qu'on peut concilier devoir d'histoire et devoir de mémoire. Ainsi, au mémorial tu vois 6j/7 des classes défiler, mais bien encadrées par des responsables pédagogiques formés
et par les professeurs. Les deux sont conciliables je pense.


Pour la peur de la disparition des témoins, oui, tu as raison, c'est bien d'hystérie mémorielle dont il s'agit... et dont je fais parti.



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