Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
  • Contact

C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

Partenaires

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 15:34

Mémorice Président

C'était l'actualité historique et mémorielle de la semaine et il ne nous était pas possible d'éviter le sujet sur ce blog. Vendredi 6 janvier 2012; le président de la République Nicolas Sarkozy s'est rendu dans les Vosges pour honorer la mémoire de Jeanne d'Arc, née vers janvier 1412 à Domrémy.

 

Pourquoi le 6 janvier ?

 Puisque Nicolas Sarkozy s'est fait accompagner d'historiens (qui ont visiblement prêté main forte à Henri Guaino pour l'écriture de son discours), ces derniers ont dû l'informer que la date de naissance exacte de la pucelle n'est pas établie. Quelle logique a donc bien pu guider le président de la République ? L'organisation le lendemain d'une cérémonie par le Front National au pied de la statue parisienne de Jeanne d'Arc, place des Pyramides, peut fournir quelques pistes de réflexion...

Si la dimension éminemment politique d'un tel déplacement présidentiel ne peut être occultée, je pense (comme quoi tout arrive) que le chef de l'Etat a eu raison ! Il n'a d'ailleurs nullement tenté de dissimuler son intention dans son discours, appelant à "ne pas laisser (Jeanne d'Arc) entre les mains de ceux qui voudraient s'en servir pour diviser". Je n'aurais moi-même pas renié son propos lorsqu'il affirme que "Jeanne n'appartient à aucun parti, à aucun clan".

D'ailleurs, la présence du président de la République trouve toute sa légitimité dans le fait que la naissance de la pucelle était inscrite dans  la liste officielle des commémorations établie par le Haut Comité des commémorations nationales (dont la notice bibliographique rédigée par Colette Beaune, l'une des meilleures spécialistes dans ce domaine, ne s'avance pas sur la date du 6 janvier) :

 

 

Cette concession faite, il n'en reste pas moins que le discours du chef de l'Etat est surprenant, voire préoccupant sur plusieurs points :

 

1. Une nouvelle entorse dans le principe de laïcité

Dressant la biographie de Jeanne, Nicolas Sarkozy structure son discours sur les principaux éléments biographiques qu'il ponctue de multiples commentaires. Il décide alors de s'arrêter sur ces voix censées avoir guidé la pucelle vers son destin. Comme à son habitude, plutôt que d'esquiver un sujet glissant, il s'engouffre dans la brèche presque par provocation, si ce n'est encore une fois pour esquisser un clin d'oeil à une frange d'un électorat qu'il tenterait de séduire. Prudent, il commence tout d'abord par dissocier la nature de ces voix, divines pour les uns, républicaines pour les autres. Il n'en demeure pas moins que, ce petit rappel théorique terminé, il finit par choisir son camp en rappelant que Jeanne "incarne les racines chrétiennes de la France". Le principe de laïcité en prend un coup...

 

2. De nouvelles contradictions dans la politique mémorielle de la France

L'évènement étant organisé sous la forme d'une commémoration d'Etat, il est difficile pour le président de la République de ne pas justifier un tel déplacement. Nicolas Sarkozy ponctue alors son discours de petites phrases particulièrement croustillantes :

   - "Commémorer, c'est remercier ; ne pas commémorer, c'est oublier et, au fond, ne pas savoir". 

   - "Il n'y a pas d'avenir pour un pays qui ne sait pas se souvenir ; il n'y a pas d'avenir pour un pays qui oublie d'où il vient".

Doit-on dès lors comprendre que le président de la République s'est repenti et qu'on ne l'entendra plus s'insurger contre cette mémoire qu'il réduit régulièrement à une forme de repentance ? Doit-on supposer qu'en cas de réélection, il acceptera par exemple de commémorer officiellement  la mémoire avortée du massacre du 17 octobre 1961 ? J'en doute malheureusement. Le régime mémoriel de Nicolas Sarkozy, c'est toujours celui des héros, des grandes figures à la mode qui, dans sa lecture personnelle de l'histoire, ont participé à la construction de l' "identité de la Nation".

 

Je persiste à croire que c'est en décryptant la lecture historique d'un individu qu'on parvient à mieux le comprendre. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, c'est particulièrement révélateur. Ce qui l'intéresse dans Jeanne d'Arc, c'est l'histoire de cette jeune fille modeste, n'ayant même pas appris à lire (surtout pas la Princesse de Clèves), et qui est pourtant parvenu à s'imposer comme une icône dans l'Histoire de France. Il s'émerveille d'ailleurs dans son discours devant ce "lien tissé mystérieusement au travers des siècles", rêvant probablement d'un destin similaire.

Ce que Nicolas Sarkozy n'a cependant pas compris, et ce que la lecture superficielle de ses fiches ne pourra jamais lui apprendre, c'est que Jeanne d'Arc n'a pas traversé les siècles aussi simplement que son discours essaie de le faire croire. Son histoire est le fruit d'une longue construction mémorielle qui varie dans le temps et dans l'espace comme l'a formidablement bien montré Michel WINOCK dans le tome III des Lieux de Mémoire dirigé par Pierre Nora (p. 4427).

Nicolas Sarkozy, en voulant incarner la France dans le faste et les dorures, ne représente encore une fois que lui-même et sa conception d'une histoire héroïsante et "bling-bling", d'une histoire qui  pervertit les plus grandes figures historiques en historock, d'une histoire qui méprise le reste du peuple français tout juste bon à donner la claque devant des discours et des spectacles sans valeur.

 

Plus que jamais, ma candidature est utile.

 

Pour écrire ensemble l'histoire, sans perdre la mémoire

Mémorice de France

 

Rejoignez Mémorice de France sur  Twitter (ici), sur  Facebook (ici) ou en vous abonnant à la newsletter de ce blog (à gauche de votre écran).

Partager cet article

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
commenter cet article

commentaires