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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 09:42

 

De retour sur la toile après quelques semaines studieuses et laborieuses dans les manuels d'histoire, je me penche quelques heures sur ma "boîte-mails" en me disant que l'on a finalement jamais autant communiqué qu'à notre époque. Certes, les plus rigoureux me rétorqueront que la situation de communication présente est pauvre, fugace et même fuyante... et ils n'auront pas tort ! Mais ne doit-on pas se réjouir malgré tout de pouvoir depuis notre appartement provincial atteindre numériquement les merveilleuses archives du centre de San Francisco par exemple. Ne doit-on pas non plus se réjouir de pouvoir communiquer en temps réel avec nos collègues d'outre-mer, d'outre-atlantique, d'outre-rhin... pour ne pas dire d'outrer-tombe en pensant bien évidemment au regretté François-René de Chateaubriand pour lequel le lecteur peut désormais consulter librement l'oeuvre sur le site Internet Gallica.

Néanmoins, le doute persiste. Que reste-t-il de nos amours archivistiques à l'époque du tout numérique ? Derrière la formidable avancée des possibilités cybernétiques, ne doit-on pas craindre d'être confronté à des enjeux bien plus graves ?

A mon sens, la question ne peut pas être présentée trop simplement. Dans un premier temps, nous devons reconnaître que l'avancée des sciences informatiques est une chance pour l'historien et pour la diffusion de la science historique. Votre serviteur le vérifie régulièrement lorsque, muni de son appareil photo numérique, il se rend aux archives nationales pour chasser les documents qu'il pourra ensuite étudier pendant des semaines (voire des mois) au gré de son emploi du temps chaotique bien peu adapté aux horaires d'ouvertures administratifs des centres. Miracle de la technologie, l'artisan-historien peut parfois même travailler sans quitter son atelier et recevoir sa matière première directement sur son écran. Les exemples ne manquent pas mais pour rester en France, nous pouvons citer le travail de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) qui propose régulièrement par l'intermédiaire de sa bibliothèque numérique (Gallica) de magnifiques reproductions thématiques. Si l'on couple cette possibilité à l'ascension récente des réseaux sociaux et autres modes de communication modernes (newsletter, flux RSS, etc.), on donne naissance à un outil puissant et jamais atteint jusqu'alors de diffusion des archives.

Néanmoins, dans un second temps, on devrait peut-être davantage s'interroger sur les enjeux qui entourent cette évolution. Je suis d'ailleurs souvent surpris de constater que, si les archivistes se confrontent parfois à la question, peu d'historiens les rejoignent dans leur réflexion. On peut néanmoins citer le manuel de Jean-François SOULET sur l'Histoire immédiate qui, en lien avec cette réflexion épistémologique sur un courant encore marginal de l'historiographie, se pose la question des sources numériques.

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Cette problématique dépasse pourtant à mon sens l'enjeu strictement scientifique pour interroger plus largement l'avenir de notre société. Quelle image de nous, quelles traces allons-nous en effet laisser à nos successeurs ? Comment les historiens de l'an 3000 vont-ils bien pouvoir écrire notre histoire ? Avec quelles sources ?

La diffusion de l'outil informatique ne s'est en effet pas contenté de modifier nos méthodes de travail, elle a également révolutionné nos pratiques sociales. L'exemple le plus évident est celui de l'échange épistolaire. J'ai récemment rencontré sur les terrasses ensoleillées de Châlons-en-Champagne une charmante jeune fille qui me présentait son travail passionnant (mené sous la direction de Robert Muchembled) sur les lettres d'amour d'Henri IV. Je n'ai pas pu m'empêcher au cours de la discussion de penser qu'un lointain successeur, voulant travailler en 3010 sur les frasques amoureuses de Nicolas Sarkozy, serait probablement bien en peine de mener un tel projet à termes, à moins d'avoir éventuellement consersé précieusement un double de sa carte SIM... Et encore faudrait-il que le Président de la République et les réceptionnaires de ces messages n'aient pas effacé ces messages. Car l'une des conséquences dramatiques de cette envolée de communication numérique est de diminuer proportionnellement la valeur symbolique des mots échangés. Recevoir un courriel devient un acte tellement banal qu'on ne prend plus le temps désormais de l'archiver, de le sauvegarder, de l'imprimer... et il tombe rapidement dans l'oubli !

Il faut ajouter à ces considérations deux préoccupations modernes qui accélèrent encore ce phénomène : l'économie et l'écologie. Combien de fois n'ai-je pas sursauté en apprenant qu'une ville, une administration, une bibliothèque avait détruit plusieurs liasses de documents à défaut d'avoir la place pour les conserver. De même, que penser de ces messages bien-pensant qui, à la fin de nos courriels, nous invitent à ne pas imprimer pour sauver la planète ? Mais, à vouloir préserver quelques arbres, n'est-ce pas notre histoire que nous abattons progressivement ?

Ne doit-on d'ailleurs pas considérer que les premiers effets de cette évolution commencent déjà à se faire ressentir sur la toile sous la forme d'une lutte plus ou moins latente entre histoire et mémoire ? Que pensez en effet d'une véritable comparaison entre des sites proposant une lecture historique du passé (renseignée, désacralisée objectivée) et une lecture mémorielle dans laquelle l'émotion est largement mobilisée ? La concurrence est rude sur Internet et à cette course aux visiteurs, on peut considérer que les sites communautaires ont déjà pris une longueur d'avance.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et médias
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