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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 16:51

 

L’omniprésence du fait mémoriel dans notre société a pour conséquence une forte demande sociale de la part des élèves qui sont quotidiennement interpellés par des commémorations, anniversaires, et polémiques mémorielles. Le professeur d’histoire apparaît alors comme une ressource régulièrement sollicitée.

Sans sombrer dans l’excès, je pense que les professeurs ont tout intérêt à saisir cette attention de nos élèves pour la question mémorielle afin de mieux les reporter à l’histoire et leur redonner le goût d’une discipline qui leur permet très souvent d’arborer un regard neuf et critique sur le monde et les sociétés qui nous entourent.

Cet article constitue une proposition d’activité qui peut être adaptée en classe.

 

****

Les niveaux de classes conseillés

 

Troisième

De la guerre froide au monde d’aujourd’hui (relations Est-Ouest, décolonisation, éclatement du

monde communiste) 

Terminale Es et L

Le modèle idéologique soviétique

L’Europe de 1945 à nos jours (Le temps des démocraties populaires 1948-1989)

Terminale S

Les relations internationales depuis 1945 (La guerre froide – 1947-1991)

 

Perspective pédagogique

 

Enseigner la Guerre Froide et le modèle idéologique soviétique n’est pas simple.

Nourris d’une culture occidentale doublée d’une forte conscience républicaine et démocratique (à laquelle contribue largement l’enseignement de l’histoire-géographie), nos élèves rencontrent souvent des difficultés à comprendre le fonctionnement de sociétés géographiquement si proches de nous, et pourtant si éloignées d’un point de vue idéologique.

 

L’approche mémorielle et artistique peut aider à surmonter cette difficulté.

En observant directement les traces du passé dans le paysage mémoriel russe, les élèves peuvent apercevoir quelques éléments essentiels qui ont fait la puissance du modèle soviétique.

 

Cette proposition d’activité s’appuie sur les travaux d’Eric LUSITO, photographe autodidacte français.

Il a voyagé pendant six années dans l'ancien espace soviétique à la recherche de ces sites militaires qui représentaient l'ambition et la puissance de l'URSS : le résultat de son travail a été rassemblé dans sa première monographie After the Wall dont les extraits étudiés sont disponible à cette adresse.

 

Cette séance peut donc parfaitement s’intégrer dans le cadre de l’enseignement de l’Histoire des Arts.

 

 

Bibliographie

LIvre-1.jpg

  

After the Wall Traces of the Soviet Empire

Texte de Francis Conte, université Paris IV Sorbonne

100 images, 120 pages, 25 x 30 cm

Imprimé par Bortolazzi & Stei, Vérone, Italie

Edité par Dewi Lewis Publishing, UK

ISBN 9781904587750

 

 

KOZOVOÏ Andreï, Par delà le Mur, La culture de guerre froide soviétique entre deux détentes, Éditions Complexe, 2009, 310 pages. (http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article2757)

 
Exploitation pédagogique

 

Je propose d’utiliser ce corpus au fil du chapitre, mobilisant ainsi chaque document dans le cadre d’une thématique précise. En fonction des niveaux de classe, il est possible d’intégrer une à deux photographies par séance, induisant ainsi l’essentiel des notions prescrites par les programmes.

La colonne de gauche présente une miniature de la photographie (toutes sont disponibles dans un plus grand format sur le site) et la colonne de droite propose des axes de réflexion à développer en classe en lien avec les thèmes du cours.

Photo-1.jpgMig-21, Mongolie. Cette base aérienne soviétique a été construite dans les années 1970 en vue d’un éventuel conflit avec la Chine. Les différents frontaliers entre la Chine et la Russie remontent au moins au XVIIe siècle. Le conflit frontalier sino-soviétique était particulièrement inquiétant, l'URSS comme la Chine étant des puissances nucléaires.
Les provocations à la frontière et les affrontements ont conduit à des centaines de victimes de chaque côté.

 

- La course aux armements (notamment nucléaires)

 

- Les tensions sino-soviétiques permettent d’introduire la pluralité des communismes.

 

- Le cas particulier de la Mongolie (en lien avec les polémiques actuelles autour de ce territoire).

 

- Eventuellement, transition vers la crise des « euromissiles » à partir de 1977.

  

 

photo-2.jpgZone 120, Mongolie. Bâtiment militaire construit en 1982. Le slogan se lit : « Gloire au Parti Communiste d'Union Soviétique ».
Après 1955, quand Khrouchtchev condamne les «excès» du style Empire de Staline, l'architecture soviétique est marquée par l'austérité géométrique.

 

- L’architecture (HDA) au service de la propagande du régime.

 

- Nikita Khrouchtchev (1894-1971)

 

- Dénonciation du stalinisme

 

photo-3-copie-1.jpg

Zone 3D, Kazakhstan. Construite en 1956 comme station au sol pour suivre le premier satellite Spoutnik, elle est devenue ensuite l'une des bases soviétiques les plus sophistiquées pour l'observation spatiale, fournissant un contrôle satellite et une surveillance des objets dans l'espace.

 

- La course à l’espace comme composante de l’affrontement

    * 1957 : Premier satellite, Spoutnik 1

     * 1961 : Premier vol d’un homme dans l’espace : Youri Gagarine

    * 1965 : Première sortie d’un homme dans l’espace 

 

- Puis phase de « Détente » avec le vol conjoint Apollo-Soyouz en 1975.

 photo-4-copie-1.jpg

« Celui qui vient à nous avec un glaive, périra par le glaive » - tiré du film d'Eisenstein, Alexandre Nevski.

 

- La dimension guerrière (offensive ou défensive) du régime.

 

- Omniprésence de la propagande d’Etat (et notamment le statut particulier d’Eisenstein).

 

- Les monuments commémoratifs

 

Photo-5.jpgTerrain de parade, Mongolie. Au début des années 1970, les monuments à la Grande Guerre Patriotique sont devenus une caractéristique omniprésente du paysage soviétique. Un soldat du nom d’Alexeï a servi de modèle pour l'un des premiers. A la base de la statue, une inscription indique « Tout ce qui a été construit par le peuple, doit être impérativement défendu ». La zone en face de la statue était utilisée pour les défilés et les parades militaires. 10 à 15 000 soldats, personnel et leurs familles vivaient ici.

 

- La dimension guerrière (offensive ou défensive) du régime.

 

- Les monuments commémoratifs

 

- Valorisation du soldat en tant que représentant du peuple, de la collectivité.

 

salle-de-sports.jpg

« La victoire commence ici ! », salle de sports, Lettonie.

 

- Le sport au service de l’Etat

 

- Embrigadement de la jeunesse

 

- Les démocraties populaires / Les républiques socialistes au sein de l’URSS

photo-6.jpgIntérieur du Palais de Culture de la 57ème Division de Missiles, Kazakhstan.
La fin de la Seconde Guerre mondiale a vu émerger l’URSS comme l’une des deux superpuissances. La célébration de la victoire sur l’Allemagne nazie devint un culte et donna une légitimité au régime. Les réalités douloureuses de la guerre trouvèrent souvent leur expression dans des images allégoriques semi-religieuses de mères tenant leurs enfants morts dans les bras.

 

- La propagande d’Etat

 

- Utilisation de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale (et notamment de la victoire de Stalingrad) comme catalyseur.

(mise en abîme intéressante de la mémoire dans la mémoire).

photo-7.jpg

Poster de 1976. Les officiers soviétiques sont les fils fidèles du peuple.

 

- La propagande d’Etat

 

- Valorisation de l’armée

 

- Lien entre l’Etat, l’armée et le peuple => Idéal égalitaire (promotion sociale par l’engagement dans l’armée).

 

- Sens du sacrifice

 

 

photo-8.jpgPanneau d’instruction indiquant l'utilisation du traitement d'urgence par auto-injection pour se protéger contre les attaques chimiques.

 

- Les conséquences de la Guerre Froide.

 

- La course aux armements

 

- La modernisation des armements

 

- Crainte internationale après le traumatisme d’Hiroshima et Nagasaki.

 

- Accords SALT

 

 

Conclusion

L’ensemble de ces documents doit permettre aux élèves d’amorcer une réflexion plus approfondie sur l’histoire, la mémoire et les traces omniprésentes dans notre environnement.

Il suffit parfois d’ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure pour mieux comprendre un passé tellement inscrit dans la pierre qu’il en devient invisible.

Les élèves doivent notamment comprendre que l’enseignement de l’histoire a aussi pour finalité de les « déniaiser » face à cette réalité quotidienne pour mieux former leur esprit critique.

On pourra notamment proposer une ouverture sur les noms de rue, les identités mémorielles des quartiers ou encore le tourisme mémoriel

 

 

Limites du corpus documentaire

 

            - L’ennemi numéro 1 (les Etats-Unis) n’apparait pas directement dans le dossier. Il est toujours implicite. Cette dimension peut aussi faire l’objet d’une analyse par les élèves : l’existence même de l’ennemi est tellement niée que celui-ci n’apparaît pas dans le paysage mémoriel.

 

            - L’objectif de ce travail photographique est de montrer les vestiges de la Guerre Froide dans le paysage mémoriel russe. Il peut donner l’impression d’une actuelle Russie complètement dévastée après l’implosion de l’URSS. Les chapitres d’histoire et de géographie suivants devront permettre au professeur de corriger ce prisme documentaire en démontrant que l’actuel Russie est aussi un acteur important de monde d’aujourd’hui.

 

            - L’absence de certains aspects dans le corpus documentaire doit également prêter à réflexion. Il est à noter par exemple qu’aucune photographie n’illustre la répression des dissidents et d’éventuelles traces des camps du Goulag. Cette absence génère aussi du sens : elle montre que la déportation des opposants aux confins de la Sibérie avait justement pour objectif la discrétion et la minimisation des traces, pour le présent comme pour l’avenir (il est possible de prolonger cette réflexion avec les travaux novateurs de Florent BRAYARD).

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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