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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 13:19

 

L-Histoire.jpg

 

 

Tous les mois, le magazine de référence français de la vulgarisation des travaux historiques contient de nombreuses pistes de réflexion sur la mémoire, l'histoire et nos sociétés.

A défaut d'une revue ou d'un groupe de recherche spécialisés sur ces questions, nous nous proposons sur ce blog d'en faire régulièrement le recensement puisque cette thématique tend progressivement à s'autonomiser en une nouvelle branche de la recherche.

En complément d'autres travaux publiés dans diverses revues, mais aussi d'ouvrages qui adoptent une perspective mémorielle, nous espérons ainsi saisir sur le vif l'évolution et les enjeux de cette nouvelle grille de lecture historienne.

 

Histoire et Mémoire des rues

Cette question brûlante continue à animer les conseils municipaux à travers la France. Après les polémiques sans cesse rebondissantes des rues "Philipppe Pétain" (que nous avions relaté dans cet article), un nouveau nom cristallise les élus : celui de Robespierre. L'article p. 18 nous apprend qu'il existe des rues "Robespierre" à Montreuil, Bagnolet, Ivry, Brest, Talence et Givors ou encore Reims.

A Paris cependant, la place du marché qui portait jadis son nom a été dépatisée en 1950. Une proposition a récemment été faite pour remédier à cette damnatio memoriae. En vain. Les élus parisiens ont vivement échangé au cours de la séance, mais la mémoire de Robespierre ne semble pas encore suffisament rassembleuse pour lui consacrer une petite plaque.

 

Neutraliser les lieux de mémoire

L'Espagne est décidément très active sur les questions mémorielles depuis quelques années. Après avoir fait voter (tardivement...) plusieurs lois d'indemnisation des victimes de franquisme, le gouvernement s'intéresse désormais à la dépouille de Franco.

La situation est en effet pour le moins surprenante. Les restes de dictateur reposent à la Valle de los Caidos, un immense mausolée commandé par Franco lui-même pour rendre hommage aux combattants nationalistes morts pendant la guerre d'Espagne. Quelques années plus tard, il avait été décidé que le monument religieux accueillerait aussi les dépouilles des combattants républicains.

 

tombe-de-franco.jpg

Mausolée de la Valle de los Caidos

 

Or, depuis quelques mois, la justice espagnole autorise les descendants des victimes du franquisme à récupérer les restes de leurs aïeux qui ne supportent plus de les savoir reposer aux côtés de leurs anciens bourreaux, et surtout du premier d'entre eux.

Par cette décision, le gouvernement espagnol entend stopper cette hemorragie d'un lieu de mémoire qui se vide progressivement de sa substance. En se focalisant sur son occupant le plus célèbre, il entend ainsi protéger la mémoire des combattants et "neutraliser" les tensions. Il n'est pas certain cependant que la translation de la dépouille de Franco suffise, d'autant que sa fille s'y oppose pour le moment.

Une telle opération semble de toute façon bien fragile tant elle s'inscrit en contradiction avec la définition même du lieu de mémoire qui rélève généralement de l'émotion et du partisanisme, non pas de la neutralité.

 

Mémoires de la bataille de Leningrad

Matthieu Buge propose un article très intéressant à l'occasion du soixante-dizième anniversaire du siège de Leningrad (p. 22). Son analyse se termine par une brève perspective mémorielle (comme souvent désormais lorsqu'une commémoration est prétexte à la réactivation de recherches en histoire).

Il nous dresse le portrait de ce qui pourrait être considéré comme une véritable "hystérie mémorielle" :

   - Des cérémonies commémoratives retransmises par les chaînes de télévision nationales,

   - Trois musées strictement dédiés à cet épisode de l'histoire soviétique

   - D'innombrables plaques et statues commémoratives dispercées dans les rues de l'actuelle Saint-Pétersbourg (avec une mention spéciale pour la statue en l'honneur des chats envoyés de Sibérie pour dératiser la ville).

   - Le cimetière mémorial de Piskarevskoïe aux dimensions frémissantes : 26 hectares et 186 fosses communes.

De tels moyens entretiennent une mémoire particulièrement vive de l'évènement en Russie et font dire à Matthieu Buge qu'on peut quasiment considérer cette visibilité comme une forme de propagande.

A entendre certains étudiants russes avec lesquels j'ai eu la chance de discuter au cours de leurs études en France, je ne peux que confirmer cette impression : impossible de leur faire prendre un minimum de recul sur l'écriture officielle de leur histoire. En revanche, leur sentiment patriotique était intact.

Décidément, le modèle mémoriel russe mériterait qu'on s'y intéresse davantage.

 

Mémoires encore confuses de la guerre d'Algérie

Tous les historiens savent que la guerre d'Algérie constitue un sujet passionnant, mais pour lequel il faut avoir les nerfs solides et un esprit de persévérance lorsqu'on décide d'y consacrer ses travaux. Guy Pervillé ajoute à ces qualités une plume particulièrement efficace lorsqu'il s'intéresse aux "disparus d'Algérie", ces civils français enlevés lors du conflit.

Il rappelle qu'environ 25 000 militaires français ont péri dans cette terrible guerre et que leur mémoire est entretenue au mémorial du Quai Branly. Cependant, la mémoire des victimes civiles est quant à elle beaucoup plus problématique.

 

Memorial-guerre-d-Algerie.jpg

 

Le monument ci-dessus permet en effet de voir défiler :

   - Sur la première colonne, les noms et prénoms des soldats et harkis morts pour la France en Afrique du Nord.

   - Sur la deuxième colonne, des messages rappelant la période de la guerre d’Algérie et le souvenir de tous ceux qui ont disparu après le cessez-le-feu. Depuis le 26 mars 2010, ont été ajoutés les noms des victimes civiles de la manifestation de la rue d'Isly, à Alger, le 26 mars 1962.

   - Sur la troisième colonne, les visiteurs peuvent voir s'afficher le nom d'un soldat recherché parmi l'ensemble des noms de la liste.

   - Au sol est gravé : « À la mémoire des combattants morts pour la France lors de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, et à celle de tous les membres des forces supplétives, tués après le cessez-le-feu en Algérie, dont beaucoup n'ont pas été identifiés ».

 

C'est sur ce dernier point que portent plus précisément  les travaux de Guy Pervillié qui tente d'affiner progressivement le nombre de ces victimes. A défaut de recherches sérieuses pendant plusieurs décennies, ces données tombent généralement dans une logique de surenchère qui nuit ensuite à une analyse objective et sereine de l'histoire (voire sur ce point les travaux d'Arnaud Boulligny sur les déportés français pour motif d'homosexualité).

Cette question aurait pu faire l'objet de travaux menés dans le cadre de la Fondation pour la Mémoire de la guerre d'Algérie... mais son fonctionnement reste encore bien incertain pour le moment puisque les historiens rappellent, à raison, qu'une telle fondation ne devrait pas être consacrée exclusivement à la mémoire, sauf s'il s'agit justement d'en étudier les logiques et les enjeux d'un point de vue historien.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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