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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 12:02

Les-historiens-francais-a-l-oeuvre.jpg

Jean-François SIRINELLI, Pascal CAUCHY, Claude GAUVARD, Les historiens français à l'oeuvre, 1995-2010, Paris, PUF, 2010

 

Régulièrement, les historiens français se réunissent pour faire le point et répondre à cette question simple : qu'avons-nous apporté à la science historique depuis quelques années ? En 2010, le Comité français des sciences historiques a décidé d'actualiser ce bilan historiographique en éditant un très bel ouvrage collectif qui dresse les principales orientations suivies par les chercheurs en histoire depuis 1995.

 

A notre plus grande déception, l'entrée thématique "mémoire" n'a pas trouvé sa place aux côtés de la "politique", de la "violence", du "genre", du "religieux" et du "sacré"... Néanmoins, à lire les communications de nombreux contributeurs, on comprend que le sujet ne laisse personne indifférent et que les études mémorielles, bien que non-reconnues comme telles par l'institution, s'imposent progressivement dans de nombreux travaux.

Nous avons sélectionné dans cet article quelques contributions particulièrement marquantes.

 

Les études mémorielles : un champ disciplinaire transhistorique

Claude GAUVARD et Régine LE JAN par exemple, dans leur chapitre consacré au Moyen Âge, expliquent que les travaux de nombreux collègues sont influencés par la prise de conscience qu' "ils n'appréhendaient les faits et les réalités médiévales qu'à travers des prismes déformants : celui de la mémoire et de l'oubli, celui des constructions mentales, des représentations que les médiévaux ont imposées". Bref, nous nous aperçevons progressivement que les réflexions que nous menons essentiellement à l'échelle contemporaine pourraient être élargies à d'autres périodes. Ainsi, le sacre de Charlemagne et le baptême de Clovis que nous considérons aujourd'hui comme des dates essentielles de l'histoire de France ont-elles été perçues comme telle à d'autres époques ? Quels sont les ressorts à différentes temporalités de la construction mémorielle de chaque évènement ?

 

Histoire versus mémoire ?

Roger CHARTIER, qui est chargé du bilan en histoire moderne, dresse un portrait moins flatteur de la mémoire. Selon lui, son développement entre en opposition avec "le monopole de la représentation du passé" censé être détenu par les historiens. Il classe donc "les insurrection de la mémoire" (une expression qui suscite encore de nombreuses interrogations...) aux côtés des "séductions de la littérature" comme des formes de concurrence pour l'histoire.

Si son constat est un peu sévère, il n'en demeure pas moins nécessaire et pertinent. Il est vrai que la littérature et les mémoires donnent "une présence au passé souvent plus puissante que celle proposée par les livres des historiens". Mais n'est-ce pas finalement par ce biais que l'histoire peut encore revendiquer quelques rayonnages dans les librairies et quelques chaires dans les universités ? Cet intérêt qui passe par la littérature, la mémoire (et j'ajouterais aussi la politique) ne constitue-t-il pas notre dernier rempart face à une science expérimentale qui prétend être la seule légitime dans nos sociétés en recherche d'efficacité, de productivité et de rentabilité ?

 

"La machinerie commémorative"

Philippe POIRRIER (qui a assuré une très grande partie de ma formation contemporaine en histoire) évoque une véritable "machinerie commémorative" qui organise davantage encore l'agenda des contemporanéistes que des autres historiens. Il explique cet état de fait en rappelant que ces commémorations sont sélectionnées par le  Haut comité des célébrations nationales et que ce dernier ne compte pas moins de 4 contemporanéistes parmi les 12 personnalités qui le composent. J'ajouterais à cet argument le fait que cet instance n'est que consultative. Elle ne représente donc pas seulement la voix des historiens, mais celle de l'Etat qui décide en dernier ressort des évènements qu'il juge bon de célébrer au nom de tous les citoyens. Sur ce point aussi,  bien moins médiatique que la Maison d'Histoire de France, il serait bon de mener une réflexion approfondie sur la capacité du pouvoir politique à influencer les travaux historiques et la lecture de l'histoire nationale. 

 

L'histoire mémorielle, une histoire politique

Pascal CAUCHY confirme d'ailleurs cette impression dans son chapitre consacré à l'histoire politique contemporaine. Dès l'introduction, il rappelle que le "devoir de mémoire" s'est imposé dans le débat public et qu'il n'est désormais plus possible pour l'histoire universitaire de nier cette réalité. Encore faut-il parvenir à la comprendre, la maîtriser et la problématiser pour qu'elle devienne non plus seulement un repoussoir mais un véritable sujet de réflexion.

Olivier LEVY-DUMOULIN rappelle à juste titre la réponse d'Ernest Renan à la question de la définition d'une nation : "Le lot de souvenirs communs" qui équilibre le "plébiscite de tous les jours". Dans cette perspective, la recherche et l'enseignement de l'histoire, tout comme les manifestations populaires de la mémoire, doivent être considérés comme la pierre angulaire de la nation. Or, depuis Les Lieux de mémoire dirigés par Pierre Nora, rares ont été les occasions de rappeler, vérifier et protéger cette vérité existencielle pour chaque pays.

 

C'est pour toutes ces raisons que les études mémorielles auraient mérité un véritable chapitre au sein de cet ouvrage.

A la lecture des différents intervenants dans ce débat, on se rend compte que la mémoire n'est pas seulement un phénomène sociétal venu concurrencer la recherche historique. Il s'agit d'un nouveau paradigme qui vient judicieusement compléter notre lecture du monde.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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