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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 21:40

Les conséquences de l’instauration d’une nouvelle Constitution en Hongrie se répercutent sur de nombreux domaines. Au-delà de la limitation des libertés de la presse qui a essentiellement intéressé les journalistes français, ce sont en fait plus globalement les libertés d’opinion et d’expression qui sont en danger, notamment par le biais d’une réécriture méthodique de l’histoire.

 

Dans un article très intéressant paru dans la revue Regard sur l’Est, Paul GRADVOHL résume cette dérive en trois étapes :

- Tout d’abord, le gouvernement a décidé de fermer l’accès aux archives concernant la période allant de l’occupation allemande (19 mars 1944) à la mise en place d’un gouvernement sur la base d’élections libres (2 mai 1990). Ainsi, de nombreux travaux scientifiques ont été stoppés dans l’urgence par un gouvernement qui ne voyait pas d’un bon œil ces historiens travaillant sur un passé jugé trop récent.

- Ensuite, au nom de la liberté d’information et de la protection des données individuelles, le gouvernement a décidé de disperser toutes les archives de cette période en les remettant aux personnes concernées. Dès lors, des montagnes d’archives ont été dilapidées, réduisant à néant toute possibilité de saisir le sens global de l’histoire d’un pays au centre de la guerre froide.

- Enfin, la Constitution vient mettre un point finale à cette entreprise en affirmant dans un espèce de credo national : « Nous ne reconnaissons pas la suspension de notre Constitution historique résultant des occupations étrangères. Nous refusons la prescription des crimes inhumains commis contre la nation et les citoyens hongrois sous le pouvoir des dictatures nationale-socialiste et communiste. Nous ne reconnaissons pas la Constitution communiste de 1949 car elle fut le fondement d’une tyrannie, et c’est pourquoi nous proclamons son invalidité. Nous sommes d’accord avec les députés de la première Assemblée nationale libre qui ont, dans leur première résolution, affirmé que notre liberté d’aujourd’hui a pris son essor à partir de notre révolution de 1956 ».

 

Cette dérive constatée en Hongrie témoigne d’une orientation générale qui a conduit récemment de nombreux gouvernements à se saisir de la question historique pour mieux l’instrumentaliser. Progressivement, nous commençons à saisir ce qui peut être caractérisé comme une véritable « politique historique ».

Cette dernière consiste à empêcher progressivement l’enseignement, puis l’écriture de l’histoire par l’intermédiaire de multiples mesures réduisant l’accès aux archives, diminuant les crédits de recherches, réformant le statut des enseignants et des chercheurs… tout en continuant à mener activement en parallèle une politique mémorielle que les jeunes citoyens ne sont plus en mesure de décrypter, à défaut de formation à l’esprit critique.

L’exemple hongrois illustre un processus qui atteint pour la première fois un tel niveau d’aboutissement. En introduisant ces déclarations au sein même de la Constitution, le gouvernement fait l’économie de plusieurs décennies de propagande. Il vient d’inscrire dans la loi suprême sa propre lecture de l’histoire, interdisant de fait toute forme de révision scientifique. Il s’agit dès lors de la loi mémorielle la plus puissante jamais adoptée.

 

Bien qu’elle ait été adoptée par un pays qui peut nous paraître lointain, cette « politique historique » nous concerne tous. Elle témoigne d’une tendance sinueuse qui s’immisce discrètement à la tête des pouvoirs respectifs en Europe. C’est pourquoi il est important de réagir avant que d’autres mesures similaires ne soient adoptées ailleurs.

Les deux premières étapes évoquées ci-dessus sont déjà en application, mais la dernière n’est pas encore exécutée puisque la Constitution ne doit être promulguée qu’au 1er janvier 2012. Dès lors, un espoir demeure. Sous la pression internationale, le gouvernement hongrois peut encore reculer. Il est donc urgent que les hommes politiques, les militants des droits de l’homme et les historiens (Liberté pour l’Histoire, le Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire…) se saisissent de la question pour éviter que de nouvelles lois mémorielles ne parviennent à s’imposer jusqu’aux plus hautes instances des Etats européens.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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