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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 08:14

 

Le centre européen du résistant déporté, sur le site de l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof, accueille jusqu'au 24 décembre 2012 une exposition sur  le sport dans les camps nazis... qui n'est pas sans rappeler celle organisée en début d'année par le Mémorial de la Shoah à Paris intitulée  Le sport européen à l'épreuve du nazisme. Cette dernière s'est d'ailleurs terminée le 29 avril, au moment où celle du Struthof commençait. 

 

Le-sport-dans-les-camps-nazis.jpg

 

Dans les deux cas, l'organisation des Jeux Olympiques de Londres 2012 est invoquée comme l'occasion de réfléchir sur "cet aspect particulier de l'histoire sportive". Je dois avouer que je reste un peu perplexe face à une telle argumentation. Est-on à ce point entré dans une logique pan-mémorielle pour devoir sans cesse justifier l'organisation d'une exposition ou d'un colloque par l'actualité ? Devrons-nous donc attendre la disparition de la reine Elisabeth II pour réfléchir sur le processus de passation de pouvoirs monarchiques ?

 

L'exposition du centre européen du résistant déporté s'organise autour de quatre thématiques :

   1. Le corps dans l'imaginaire et l'idéologie nazis,

   2. Le sport pratiqué par les "cadres" des camps,

   3. Le sport imposé comme une forme de supplice et d'humiliation aux déportés,

   4. Les sportifs déportés.

 

A l'intérêt documentaire et historique indéniable de cette exposition s'ajoute un intérêt mémoriel qui justifie son évocation sur ce blog. Après de longues années d'occultation, l'histoire des camps de concentration évolue sensiblement. Les études consacrées strictement à la souffrance des déportés, à l'organisation matérielle des camps et à la cruauté des kapos... font désormais une place plus grande à une approche davantage sociale et moins larmoyante.

On redécouvre (car les premiers témoignages n'avaient pas occulté cette dimension), que les camps n'étaient pas que d'effroyables usines à exterminer. Ils ont aussi été des lieux d'une vie, extrême et dangereuse, certes, mais tout de même d'une vie ! Ainsi, une activité culturelle a perduré par  le théâtre, la chanson, et même parfois l'écriture, le dessin ainsi que la peinture.

Désormais, grâce à ces deux expositions, on se rend compte que le sport avait aussi une place (particulière et souvent instrumentalisée par les nazis) dans l'univers concentrationnaire décrit notamment par Eugen Kogon :

« Chose étrange, il y avait dans les camps quelque chose qui ressemblait à du « sport ». Pourtant les conditions de vie ne s’y prêtaient pas particulièrement. [...] La SS semble avoir considéré cela comme un panneau-réclame [...]. À partir de 1943, les détenus se mirent à pratiquer la boxe ! C’est insensé, mais vrai ! Il y avait, dans le camp, des taureaux qui aimaient à faire exhibition de leur force intacte et de leur adresse à distribuer des coups. Et les faibles, qui pouvaient tout juste marcher, ces hommes décharnés, épuisés, à demi morts sur leurs jambes tremblantes, les affamés assistaient avec plaisir à ce spectacle. Mystères de la nature humaine ! » (Eugen Kogon, L’État SS, Seuil).

 

En 2005, quand j'ai commencé mes recherches sur la déportation pour motif d'homosexualité, j'avais naïvement posé la question de la sexualité dans les camps à plusieurs historiens et spécialistes des camps. La réponse avait été souvent catégorique, voire offusquée : comment envisager une telle éventualité dans cet enfer sans risquer d'offenser la mémoire des déportés ?

Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, l'histoire a fini par faire évoluer les mémoires !

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire et musées
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