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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 10:39

 

Au début du mois de février 2012, la SNCF a annoncé avoir déposé une copie de l'intégralité de ses archives numérisées de la Seconde Guerre mondiale dans trois centres spécialisés dans la mémoire de la Shoah : le Mémorial de la Shoah de Paris, le Centre Yad Vashem à Jérusalem et l’Holocaust Museum à Washington.

 

Cet acte n'est absolument pas gratuit : il fait suite à  deux affaires que nous avions déjà chroniquées en 2010 sur ce blog :

   - La nécessité pour l'entreprise de se défendre dans les tribunaux contre les accusations de responsabilité dans la déportation portées notamment par l'ancien député européen Alain Lipietz

   - La nécessité également de se justifier sur une collaboration active avec l'occupant allemand ayant permis à l'entreprise de s'enrichir en acheminant plus de 76000 Juifs français vers les camps d'extermination.

 

Train-a-Drancy-en-1942.jpg

Train à Drancy en 1942

 

Alors que le président de la SNCF, Guillaume Pepy, avait jusqu'à présent balayé d'un revers de main méprisant ces allégations, il a adopté une position beaucoup plus compréhensive lorsque ce sont les Américains qui ont pris le relais dans le cadre d'une négociation visant à ouvrir le marché national à l'entreprise française qui en a bien besoin. Pour ne pas être écarté du marché, il s'était déplacé lui-même aux Etats-Unis pour exprimer son "regret" et sa "peine" autour du sombre passé de son entreprise. L'exercice de contrition n'a visiblement pas suffit et le dirigeant a du ajouter quelques actes symboliques à ses paroles. Le dépôt des archives de l'entreprise s'inscrit dans cette perspective.

 

La décision a été accueillie favorablement par les médias français. Pour beaucoup, les archives restent encore liées à une image de trésor jalousement protégé et dans lequel il serait possible de trouver de véritables trésors. C'est en partie vrai mais probablement pas au sens où beaucoup se l'imaginent. L'historien n'est pas un Indiana Jones à la recherche du document perdu, devant déjouer l'attention des conservateurs pour trouver miraculeusement LA fiche qui permettra de révolutionner notre connaissance du passé. C'est plutôt par la lecture de milliers de documents éparpillés dans différents centres et éclairés par une vaste bibliographie que les mots conservés aux archives prennent tout leur sens.

 

Pour comprendre la véritable portée de cette livraison d'archives par la SNCF, il faut donc essayer de comprendre de quoi il s'agit.

Les archives de la SNCF sont gérées par le centre des archives historiques de la SNCF crée au Mans en 1995. Cette institution a pour but de recueillir et d'organiser des archives provenant de plusieurs administrations disséminées sur l'ensemble du territoire (on parle de "directions régionales" pour la SNCF).

Ce centre d'archives ne centralise cependant pas tous les documents. Les dos­siers indi­vi­duels des agents de l’entre­prise et les ser­vice d’archi­ves inter­mé­diai­res pour les régions de Montpellier, de Toulouse ainsi que pour la Caisse de pré­voyance et de retraite à Marseille (CPR) sont recueillis à Béziers.

 

 Un article publié en avril 2003 tentait de faire le point sur les fonds détenus par ces centres. Ces conclusions sont éclairantes pour notre réflexion :

   1. "Aucune opé­ra­tion de tri d’enver­gure n’a encore été menée" : par conséquent, le traitement de ces archives par les chercheurs s'avère difficile, voire impossible à défaut d'un classement permettant une consultation organisée.

   2. "Compte tenu de la richesse des col­lec­tions publi­ques (Archives natio­na­les, minis­té­riel­les, dépar­te­men­ta­les et com­mu­na­les), l’inté­rêt des archi­ves col­lec­tées en entre­prise, pour volu­mi­neu­ses quel­les soient, [...] est fai­ble. En effet, ces docu­ments ne contien­nent le plus sou­vent que l’abou­tis­se­ment de déci­sions déjà pri­ses ailleurs (poli­ti­que sala­riale par exem­ple) ou sont trop géné­raux ou peu signi­fi­ca­tifs etc. " (Martine Constans).

 

Selon le centre des archives du Mans, le don annoncé au début du mois de février 2012 est constitué d' un guide détaillé des archives de la SNCF de 1939 à 1945 et d'une copie des archives qui aurait été numérisées et déposées dans les institutions précédemment citées. 

J'utilise ici volontairement le conditionnel car, au regard du constat dressé en 2003, je ne comprends pas vraiment comment (et avec quels moyens) la SNCF a pu numériser un stock aussi énorme d'archives (plus de 3 kilomètres linéaires). 

 

D'autres questions restent également en suspens et je m'étonne qu'aucun journaliste n'ait tenté d'en savoir davantage :

   - Qui a réalisé ce guide et quelle autorité a été chargée de contrôler la numérisation ? Comment savoir si des documents, voire des dossiers complets, n'ont pas été retranchés des fonds ?

   - Pourquoi avoir choisi de déposer ces archives dans des centres spécialisés dans la mémoire de la Shoah ? L'histoire d'une entreprise publique telle que la SNCF ne peut elle pas être accueillie par les centres d'archives nationaux ?

 

Bref, l'opération médiatique est réussie pour Guillaume Pepy et nous ne pouvons que lui souhaiter de décrocher ces fameux marchés américains.

D'un point de vue moral et déontologique, nous regrettons cependant les motivations strictement financières de cette opération qui demeure floue sur sa méthode et ses effets.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Billets d'humeur
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commentaires

N@Ck! 31/03/2012 18:49


Le groupe SNCF a ouvert vendredi 30/03/2012 un site Internet permettant de chercher dans ces archives numérisées : http://benjamin-balet.info/developpement/le-groupe-sncf-met-en-ligne-ses-archives-39-45/

Mickaël BERTRAND 31/03/2012 19:38



Merci pour ce lien et cette information très utiles.


Cordialement,



Olivia 05/03/2012 21:28


J'aime ce blog en général et en particulier les documentaires d'histoire bien structurés. Mon blog contient des aperçus, des approches vers les univers histoire, cinéma, musique,


sciences, clips, menu etc. Merci de le visiter. Cordialement Jacqueline Hirschi Suisse