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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 13:14

Le 25 novembre 2009, Pierre Nora adressait un communiqué aux adhérents de l’association et aux signataires de l’Appel de Blois dans lequel il attire l’attention sur les problèmes mémoriels qui se seraient récemment déplacés à l’Est, notamment en Russie.

 

De nouvelles lois mémorielles à l’Est

Le 6 mai 2009, un projet de loi mémorielle a en effet été proposé pour la première fois à la Douma  par un groupe de députés représentant le parti au pouvoir Russie unie. Le projet prévoit une modification du code pénal afin de réprimer toute fausse présentation des décisions du tribunal de Nuremberg dans le but de réhabiliter le nazisme, ainsi que toute tentative de déclarer criminelles les actions des pays membres de la coalition anti-hitlérienne.

 

Ces nouvelles lois mémorielles s’inscrivent dans la continuité des précédentes que nous avons identifiées en France et ailleurs sur ce blog. Elles répondent à une volonté manifeste du pouvoir politique d’influer sur la lecture du passé et de l’inscrire dans un cadre législatif afin d’en garantir la pérennité. La stratégie n’est donc pas inédite mais il est toujours intéressant d’étudier son application à un cas particulier, notamment lorsqu’il s’agit d’un Etat qui occupe une telle place dans l’histoire des relations internationales et pour lequel tous les historiens du monde semblent avoir un avis.

 

Dans cette perspective, le nouveau site de l’association Liberté pour l’Histoire constitue une véritable mine d’informations qui permet d’accéder à des ressources indispensables pour mieux comprendre le dossier. Liberté pour L’Histoire comble ainsi une lacune de la presse française qui ne relaie guère les débats qui se tiennent actuellement en Russie. Il faut donc aller le consulter sans tarder à l’adresse suivante : http://www.lph-asso.fr/.

 

Le sujet mériterait de multiples commentaires mais il serait difficile de résumer de tels enjeux dans le cadre modeste d’un blog. En revanche, l’initiative de Liberté pour l’Histoire m’interpelle davantage.

 

Une ONG internationale ?

Tout d’abord, dans son communiqué, Pierre Nora affirme que les « débats mémoriels ont été provisoirement réglés en France par la Mission sur les questions mémorielles, présidée par Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, affirmant qu’il n’appartenait pas au Parlement d’écrire l’histoire ». Je m’étonne d’un tel optimisme et j’aurais plutôt tendance à considérer que notre attention devrait désormais se porter sur les autres stratégies développées par les pouvoirs politiques qui portent atteinte à la liberté scientifique de l’historien. Nos récents articles sur l’implication du même Bernard Accoyer dans le film Walter, retour en Résistance, constitue à notre avis une preuve suffisante des manœuvres d’évitement à l’œuvre en France pour imposer une lecture officielle de l’Histoire.

 

Je m’interroge ensuite sur l’implication directe et militante de Liberté pour l’Histoire dans ce dossier russe. Pierre Nora entretient en effet une correspondance avec ses homologues américains et russes dans laquelle il s’associe « personnellement » (mais aussi « en tant que président de l’association Liberté pour l’Histoire », ce qui à mon sens pose question) à la démarche de protestation contre les lois mémorielles russes. Certes, nous sommes bien d’accord sur le principe. Que ce soit en France, en Europe ou en Russie, une loi mémorielle reste une loi mémorielle et elle constitue un frein au travail des historiens.

Je reste cependant perplexe sur l’intérêt d’une démarche de soutien officiel dans un dossier où la question nationale est cruciale. Le gouvernement russe justifie déjà ces lois mémorielles contre une historiographie occidentale qui aurait falsifié jusqu’à présent l’écriture de son passé. A mon sens, de telles prises de positions ne peuvent que nourrir leurs certitudes.

 

A contrario, Pierre Nora conclue son communiqué en précisant : « Nous avons été beaucoup sollicités ces derniers temps pour intervenir dans le débat lancé par le gouvernement français sur l’identité nationale. Nous avons pensé que toute forme de déclaration dans ce débat piégé serait nécessairement utilisée à des fins qui ne sont pas les nôtres. J’ai moi-même, en tant que président de Liberté pour l’histoire, décliné les invitations pressantes des médias, me réservant d’intervenir au moment qui me paraîtra opportun ». Encore une fois, nous sommes d’accord sur le fond de cette affaire qui s’inscrit dans une démarche politicienne nauséabonde. Nonobstant, ne sachant pas encore quelles seront les conséquences concrètes de cette consultation publique, il me semble dangereux qu’un acteur aussi averti que Liberté pour l’Histoire n’élève pas la voix au-dessus des murmures individuels pour mieux débattre avec le seul intervenant qui bénéficie pour le moment des moyens de se faire entendre, à savoir l’Etat.

 

D’où mon sentiment un peu amer quant à cet intérêt soudain pour les lois mémorielles internationales de la part d’une association nationale. Il est certes important et normal de défendre ses principes et de vouloir les étendre à d’autres contrées. Cela pose cependant question quand il s’agit d’une association composée d’historiens qui prétend exporter ses préceptes en Russie. Un bref regard sur le XXe siècle devrait nous aider à comprendre que les intrusions occidentales à l’Est ne furent pas toujours heureuses et qu’elles n’ont pas souvent eu les effets que l’on attendait. On ne peut pas reprocher aux américains de vouloir imposer la démocratie en Afghanistan tout en militant nous aussi pour l’établissement de nos valeurs à l’Est.

Cette pratique est d’autant plus problématique qu’elle prête souvent le flanc à une comparaison illégitime et stérile. A trop vouloir adapter notre système aux autres, on revient au pays avec une vision presque utopique de notre modèle, oubliant de s’indigner contre ses failles persistantes.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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