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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 10:45

 

Depuis quelques semaines, je rencontre très régulièrement les travaux de Bénédicte TRATNJECK au fil de mes lectures. Doctorante en géographie à l’Université Paris-Sorbonne et participante chevronnée des  cafés géographiques (dont l'équivalent en histoire n'existe malheureusement pas encore), cette chercheuse très prolifique entretien également un blog consacré à  la géographie de la ville en guerre qu'il faut absolument consulter.

Ces travaux s'inscrivent dans le cadre d'une géographie politique, historique et culturelle. L'un de ces derniers articles, signé sur le site  Diploweb.com, mérite qu'on s'y intéresse plus particulièrement. 

 

Les lieux de mémoire dans la ville en guerre : un enjeu de la pacification des territoires

L'auteure s'intéresse plus particulièrement dans cette étude au cas du Kosovo qui, de par son indépendance récente et sa recherche de légitimité nationale, constitue un observatoire particulièrement stimulant. 

Partant du constat somme toute banal que le lieu de mémoire s'inscrit dans la construction d'une identité nationale, Bénédicte Tratnjeck s'interroge sur les destructions de lieux de mémoire et leur remplacement par des espaces mémoriels pouvant parfois être considérés comme excluant. 

La plupart des travaux dans ce champ disciplinaire s'intéressent généralement aux continuités que l'on pourrait qualifier d'immémorielles (c'est le cas des sujets étudiés dans Les lieux de mémoire dirigés par Pierre Nora) ou aux remises en cause de ces monopoles  mémoriels (autour de la guerre d'Algérie, du génocide des Juifs d'Europe, etc.). Rares sont les travaux qui permettent de mettre en lumière l'usage de la mémoire comme un outil au service d'une véritable guerre au sens géopolitique et non plus seulement intellectuel du terme.

 

Le mémoricide

La géographe mobilise tout d'abord un concept particulièrement intéressant : celui de mémoricide.  Elle choisit d'identifier son émergence dans le cadre des guerres de décomposition de la Yougoslavie à partir du début des années 1990. En France, la notion a été reprise par  Reynald Secher dans le cadre beaucoup plus ancien de la guerre de Vendée que nous évoquions encore récemment sur ce blog

Bien qu'il soit encore difficile d'identifier le contexte précis d'apparition de ce terme, il est indéniable que le mémoricide apparaît dans un contexte de guerre (qu'elles soient civiles ou non). Il consiste en une destruction systématique de tout lieu (espace plus ou moins vaste, bâtiment, monument, etc.) qui puisse permettre d'entretenir la mémoire d'un groupe qu'on souhaite exclure de la construction identitaire nationale. 

La limite du texte de Bénédicte Tratnjeck repose alors sur l'absence d'exemple précis permettant d'illustrer son propos. Nul doute qu'il s'agit là d'une limite éditoriale plutôt qu'intellectuelle puisque la géographe ne manque pas de matière à ce sujet. Elle a notamment développé par ailleurs l'exemple passionnant du cimetière serbe de Mitrovicë/Kosovska Mitrovica qui a subi les ravages de l'affrontement albano-serbe.

 

Les lieux de mémoire exclusifs  

Après la destruction, la seconde catégorie relève de la reconstruction. La mémoire n'est en effet pas seulement un outil justifiant l'élimination physique de l'ennemi, c'est aussi une arme de propagande visant à exclure l'autre, à nier son existence. Par cette observation exotique, Bénédicte Tratnjeck ouvre une brèche absolument gigantesque pour les études mémorielles. Si la plupart des travaux autour du négationnisme se sont en effet essentiellement intéressés à la question de la destruction mémorielle, n'a-t-on pas un peu trop rapidement délaissé la question de la reconstruction ? Ne peut-on d'ailleurs pas imaginer que les négationnistes de demain seront ceux qui parviendront à proposer une alternative convaincante ?

Cette seconde catégorie constitue l'essentiel du propos de la géographe dans cet article, car elle permet d'étudier des lieux existants autour desquels les hommes reconstruisent (ou boycottent) de nouvelles formes de sociabilité. Cette observation lui permet d'esquisser les éléments d'une conclusion qui mériterait d'être approfondie aux plus hauts niveaux diplomatiques : la mémoire ne pourrait-elle pas constituer une arme de réconciliation ? La gestion post-conflit peut-elle encore faire l'économie de cette perspective mémorielle ?

Au terme de la lecture des travaux de Bénédicte Tratnjeck (dont on attend la thèse avec impatience), il devient évident qu'une cellule "mémoire" devrait être inaugurée de toute urgence à l'ONU. Et pourquoi pas le PNUM (Programme des Nations Unies pour les mémoires) ?

PNUM-copie-1.png

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et conflits
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