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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 08:35

 

Comme tous les mois, nous poursuivons notre recension du magazine l'Histoire sous la forme de courtes brèves afin de compléter notre réflexion sur l'actualité mémorielle de la recherche et de l'édition. Le numéro de juin est justement consacré à un dossier qui a suscité plusieurs polémiques mémorielles : la guerre de Vendée.

L-Histoire-juin-2012.jpg

 

Le sujet a déjà fait couler beaucoup d'encre, y compris dans d'autres magazines puisque la Nouvelle Revue d'Histoire avait consacré un dossier à la Vendée en 2011 : 

 

Nouvelle-Revue-d-Histoire-Vendee.png

 

Cet intérêt renouvelé trouve son explication dans l'édition d'un nouvel ouvrage détonnant sur la question et que nous avions déjà évoqué sur ce site : Vendée, du génocide au mémoricide de Reynald Secher (Le Cerf, 2011).

 

vendee génocide mémoricide

 

Pour répondre à cette revendication d'une reconnaissance mémorielle victimaire qui ne cesse de grandir, le magazine décide de convoquer les meilleurs spécialistes de la question qui viennent présenter leurs derniers travaux afin de dresser un bilan historiographique.

On peut néanmoins regretter que le principal intéressé, Reynald Secher, ne figure pas dans les intervenants pour présenter lui aussi sa position.

 

L'article d'Olivier Coquard commence tout d'abord par présenter les faits connus et reconnus d'une guerre civile particulièrement meurtrière qui conduit certes à une victoire républicaine, mais au prix de dizaines de milliers de morts, de réfugiés et d' "exilés" qui ont constitué le terreau fécond d'une mémoire victimaire collective. 

Le coeur du dossier est cependant centré autour d'un long entretien avec Jean-Clément Martin qui constitue une réponse aux thèses de Reynald Secher.

Dès le départ, le ton est donné puisque Jean-Clément Martin réfute le caractère inédit des archives de Reynald Secher en rappelant qu'elles ont déjà été publiées en 1895.

Il précise ensuite que l'interprétation de ces sources souffre d'anachronisme dans les conclusions de Reynald Secher et qu'il convient de remettre les termes "anéantir", "chasser", "déblayer" utilisés par les auteurs de ces documents dans le contexte d'une violence révolutionnaire aujourd'hui insoutenable, mais récurrente à l'époque.

Après ces remarques méthodologiques, la critique passe sur le terrain des notions. Il est ainsi rappelé que la Vendée est un département créé en 1790 ; or, la guerre de Vendée dépasse largement les limites de cette circonscription administrative et rend difficile l'affirmation d'une identité vendéenne, tout comme celle d'une volonté génocidaire de la République.

Jean-Clément Martin s'attache ensuite à retracer les principales étapes de la construction mémorielle vendéenne qui viennent contredire l'autre thèse de Reynald Secher : celle du mémoricide. Il rappelle ainsi que dès la chute de Robespierre, le journaliste Louis-Marie Prudhomme s'intéresse aux victimes de la guerre de Vendée. Des procès sont organisées jusqu'en 1796, puis l'histoire et la mémoire prennent le relais par l'intermédiaire d'ouvrages (Précis historique de la guerre civile de la Vendée écrit par Berthre de Bournisseaux sous le Consulat), de pèlerinages, sermons, etc.

Le XIXème siècle apparaît alors comme le véritable moment d'émergence de mémoires contradictoires qui perdurent encore aujourd'hui. Dans un premier temps, Bonaparte tente de limiter l'émergence d'une mémoire contre-révolutionnaire en essayant d'empêcher la publication des Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein qui "enracine l'idée que la Révolution a tué un peuple de paysans laborieux". A l'inverse, la monarchie de Juillet exploite à partir de 1840 le souvenir des massacres des révolutionnaires en organisant notamment un concours pour désigner la commune la plus touchée. A partir de ce moment, les monuments, les livres et les lieux vont se multiplier. Les illustrations du dossier permettent d'ailleurs d'en observer plusieurs tels que la chapelle des Lucs-sur-Boulogne construite en 1867 à l'emplacement où la tradition assure que 564 habitants ont été tués par les troupes républicaines le 8 février 1794 (p. 53). A ce bâtiment s'ajoute la représentation du massacre de Machecoul immortalisé par le peintre François Flameng en 1884 (p. 54) et le monument érigé en 1839 au centre du cimetière de La Gaubretière sous lequel sont enterrés de nombreuses victimes des guerres de Vendée (p. 61). Jean-Clément Martin mentionne également l'existence de nombreuses plaques mémorielles et l'exploitation de la guerre de Vendée jusque dans la propagande vichyste.

Aujourd'hui encore, cette mémoire est défendue par Hervé de Charette, ancien ministre et député, qui a déposé à deux reprises une proposition de loi pour faire reconnaître le génocide vendéen par la République, sans nécessairement demander une pénalisation des propos considérés comme négationnistes. L'évocation de cet homme et de son combat dans ce domaine permet de rappeler à quel point la mémoire peut arborer des aspects éminemment politiques. Michel Winock rappelle notamment par l'intermédiaire de cartes électorales (p. 59) que la mémoire vendéenne peut constituer un aspect important de compréhension du vote des locaux, longtemps attachés à une culture royaliste et catholique.

La résurgence du débat mémoriel porté par Reynald Secher doit également interroger les historiens. Son ouvrage a en effet été préfacé par Gilles-William Goldnadel (présenté par Jean-Clément Martin comme un avocat incarnant la droite extrême au sein du Conseil représentatif des institutions juives de France), Hélène Piralian (psychanalyste d'origine arménienne) et Stéphane Courtois (spécialiste de l'histoire des régimes communistes). Ces différentes interventions témoignent d'une volonté comparative entre les différentes entreprises génocidaires et viennent confirmer l'affirmation de Reynald Secher dans son ouvrage : "La France est le premier pays à avoir conçu, organisé et planifié l'anéantissement et l'extermination d'une partie d'elle-même au nom de l'idéologique de l'homme nouveau. Elle est ausi le premier pays à avoir conçu et mis en place un mémoricide dans le but d'occulter ce crime contre l'humanité. En ce sens, la France est un double laboratoire et un modèle pour les régimes génocidaires".

 

Nous avions déjà signalé dans notre article du mois d'octobre 2011 que Reynald Secher ne craignait pas "les formules ambitieuses". Cet extrait le confirme et l'excellente interview de Jean-Clément Martin nous permet judicieusement d'en limiter les excès.

 

Actualisation du 29 octobre 2012

Reynald Secher a été récompensé (pour l'ensemble de son oeuvre et plus particulièrement pour son dernier ouvrage évoqué ci-dessus) par  le prix Combourg-Chateaubriand.

Il est intéressant de constater que ce prix est avant tout littéraire et non scientifique. Lors de la remise de récompense, ce sont d'ailleurs les qualités d'écrivain et de journaliste de l'auteur qui ont été soulignées par Christophe Barbier, lauréat 2011, et non pas ses qualités d'historien.

La remise de prix a d'ailleurs donné lieu à un échange vigoureux entre le directeur de l'Express et Reynald Secher quant aux thèses défendues par ce dernier (le compte-rendu est réalisé par la secrétaire du Souvenir Chouan de Bretagne).

 

 

Un centre de mémoire et d'histoire pour Drancy

Financé par la  Fondation pour la mémoire de la Shoah (et non pas la Fondation de la mémoire pour la Shoah comme indiqué par erreur dans le magazine), ce nouveau lieu sera autant consacré à l'histoire qu'à la mémoire des 63 000 Juifs passés dans ce camp d'internement avant d'être envoyés vers les camps de la mort.

 

Mutation des mémoires staliniennes

La Géorgie continue sa mutation mémorielle. Après avoir déboulonné une statue de Staline en juin 2010, la ville de Gori vient de transformer la maison natale du dictateur en musée de la répression soviétique.

La mutation mémorielle observée dans ce pays depuis quelques années se poursuit donc irrémédiablement, et visiblement avec succès puisqu'aucune polémique ni contestation n'a été recensée cette fois-ci par les médias occidentaux.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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