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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 19:03

 

Dans sa définition la plus réduite, un musée est un établissement public dans lequel sont conservées et exposées des collections d’objets qui présentent un intérêt artistique, historique, scientifique, etc.

Si l’on prétend à une considération plus noble des musées, on peut aussi penser, avec l’ancien ministre de la Culture André Malraux, qu’ils sont « des lieux qui donnent la plus haute idée de l'homme » (in, Le Musée Imaginaire).

Quoiqu’il en soit, le musée n’est pas un lieu anodin. Il est le fruit du travail des hommes qui décident à un moment de réunir plusieurs objets dans un même espace délimité afin que d’autres hommes viennent observer, voire admirer, des productions qui sont elles-mêmes réalisées par des hommes particuliers, souvent dans le but de les livrer au regard d’une majorité.

Nous comprenons bien par cette définition extensive que le musée doit aussi être considéré comme une interface, une zone de contact et d’échanges entre des hommes, des sociétés, voire des époques.

Le musée n’est donc jamais une simple exposition d’œuvres livrées fortuitement au visiteur. Il est le fruit d’une construction qui répond à une double logique : d’une part, donner à voir une représentation particulière (et donc temporellement connotée) d’une thématique ; d’autre part, offrir une visibilité à cette même thématique en lui consacrant un espace public qu’on espère toujours être le plus populaire.

 

Partant de ce constat théorique, nous pouvons désormais réfléchir à partir d’exemples concrets afin de répondre à la question qui nous intéresse : Les musées participent-ils au débat mémoriel ?

Cette problématique m’a semblé pour le moins absente des récents débats autour de la maison d’histoire de France et de l’hôtel de la Marine alors qu’elle me semble essentielle, si ce n’est centrale.

 

Ouvrons le premier dossier. La polémique fait rage depuis quelques mois autour de ce projet initié et soutenu par le Président de la République en personne. J’avais d’ailleurs déjà commenté les premières orientations implicites sur ce blog. Depuis, ma réflexion s’est approfondie, notamment à la lecture des recherches et commentaires qui émergent outre-Atlantique. Récemment, les Etats-Unis ont en effet inauguré trois nouveaux musées originaux : l’un consacré à la place de l’islam dans l’évolution scientifique, l’autre autour de l’esclavage, et enfin un dernier que nous avons présenté sur ce blog dédié à l’histoire des LGBT (Lesbiennes, Gay, Bisexuels et Transsexuels) à San Francisco.

Dans tous ces cas, un point commun apparaît : l’aspect identitaire du projet muséographique. A tel point que les commentateurs commencent à parler d“identity museum” ou encore d’“identity exhibition” (lire à ce sujet l’excellent article d’Edward Rothstein publié par The New York Times).

Il est fort probable qu’à de rares exceptions, de tels projets n’auraient pas pu voir le jour en France. Les membres actuels du comité scientifique de la Maison d’histoire de France semblent d’ailleurs s’en féliciter et présentent comme une grave dérive communautariste toute tendance qui mènerait à ce modèle de musée.

Qu’ils soient rassurés, ces projets ont chacun suscité tout autant de discussions, débats et polémiques aux Etats-Unis, ce qui devrait normalement atténuer les lectures à l’emporte-pièce de certains hommes politiques français qui critiquent un peu vite un modèle anglo-saxon prétendument communautariste pour mieux l’opposer aux valeurs du modèle républicain à la française.

A travers le débat, les américains sont parvenus à dépasser ce qui bloque depuis plusieurs années dans notre pays des projets particulièrement novateurs et intellectuellement motivants. A partir d’un projet initial à connotation communautaire, et en acceptant de réunir plusieurs acteurs autour d’une table, ils parviennent généralement à force de travail et de patience à créer de véritables lieux dédiés à un groupe particulier, sans dénaturer son ancrage national.

 

C’est à mon sens la tournure que pourrait prendre l’un des projets proposés pour la reconversion de l’hôtel de la Marine.

J’ai été particulièrement désappointé d’observer une confusion omniprésente entre histoire et mémoire dans tous les articles qui ont été publiés autour des polémiques sur la vente et/ou la réhabilitation de cet espace prestigieux. Si le lieux peut être considéré comme un « lieu d’histoire » au sens où il a accueilli pendant des siècles des hommes et des évènements qui ont fait l’histoire de France, que signifie la désignation « lieu de mémoire » qui a été reprise sans aucun questionnement par tous les journalistes qui se sont penchés sur ce dossier. De quelle mémoire parlent-ils ? L’émotion qui s’est manifestée durant un court instant médiatique suffit-il à considérer que le lieu fait l’objet d’une réelle appropriation populaire ? Communautaire ? Cela reste à prouver sur le long terme…

C’est dans cette perspective que je me suis intéressé plus en détail à une proposition qui demeure pour l’instant très discrète dans la multitude des projets proposés autour du prestigieux bâtiment : celui de créer un musée de l’Esclavage, de la Colonisation et de l’Outre-mer.

Par son intitulé, le projet risque de ne pas dépasser les premières sélections. Pourtant, il présente le mérite d’offrir une belle occasion de réconcilier la France avec son héritage colonial. Parmi les guerres de mémoires les plus actives et rudes depuis plusieurs années, celle qui oppose les anciens colonialistes, colonisés, découvreurs, esclaves, marchands, harkis, etc. demeure probablement la plus enflammée et potentiellement explosive. Certains lui reprochent d’ailleurs la xénophobie latente de la société française ou encore les émeutes dans les banlieues.

En soutenant un tel projet qui peut paraître initialement communautaire, et en l’inscrivant dans une perspective nationale symbolique (tant par le lieu que par le contenu), on peut imaginer que la France aurait ainsi contribué indirectement à éteindre plusieurs éventuels incendies par une initiative moins onéreuse qu’un « plan banlieues » trop vite tombé aux oubliettes de son échec.

 

Ainsi, un tel musée pourrait favoriser la rencontre de plusieurs sociétés, plusieurs époques, ou tout simplement plusieurs individus qui s’observent depuis des décennies dans l’incompréhension, les regards méfiants et avec une distance délimitée par les autoroutes qui séparent les quartiers. Le musée pourrait alors être le lieu de leur rencontre, voire de la réunion de leurs mémoires considérées à tort comme contradictoires. Ainsi, d’un projet communautaire, on accomplirait vraisemblablement un dessein républicain.  

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire et musées
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commentaires

Amélie PINEAU 16/11/2011 16:36



Bonjour,

Les éditions du Chêne sortent ce mois ci un superbe livre sur les musées de la Cour d'Or de Metz.
De l'Antiquité à nos jours, l'ouvrage propose un voyage autour de l'histoire de Metz et du Pays messin grâce à un parcours muséographique et une chronologie clairs.

Si vous souhaitez le recevoir pour en parler sur votre blog, interviewer l'auteur ou organiser un concours, n'hésitez pas à nous répondre en nous communiquant votre adresse postale.


A bientôt j'espère,
Cordialement,

Amélie PINEAU
Triple C



Mickaël BERTRAND 16/11/2011 17:54



Bonjour,


Je serais ravi de pouvoir consulter cet ouvrage et le chroniquer pour les lecteurs de ce blog.


Nous pouvons échanger nos coordonnées plus discrètement si vous utilisez l'onglet "contacter le blogueur" dans la rubrique "J'aime ce blog".


Bien cordialement,