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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 14:34

 

A l’occasion d’un colloque international auquel j’avais participé au mois de novembre 2009, nous nous étions interrogés sur l’éventualité d’une dualité de la mémoire européenne. Les échanges constructif entre des chercheurs d’Europe de l’Est et leurs collègues d’Europe de l’Ouest avaient permis de déceler quelques singularités régionales dans la construction des mémoires victimaires.

 

L’actualité mémorielle en Lettonie confirme cette constatation initiale. Le pays est en effet traversé depuis plusieurs années par des problématiques liées à l’éventuelle restitution des biens des Juifs spoliés durant la Seconde Guerre mondiale.

En France, la question a été réglée à partir de 1997 par la mise en place d’une mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France, dite « Mission Mattéoli ». Elle a ensuite permis la création d’une Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations.

 

En Lettonie, la même question suscite d’innombrables débats et pose de nombreuses difficultés qui sont à mon sens révélateurs de constructions mémorielles singulières.

Tout d’abord, le sujet a été posé plus tardivement, à partir de 2003. Durant le mandat du Premier ministre Aigars Kalvitis, le gouvernement avait créé une Commission spéciale qui avait rédigé un projet de loi concernant la spoliation des Juifs. Cette loi envisageait de verser au Conseil des associations juives une compensation totale de 32 millions de lats et de lui restituer 14 biens immobiliers qui, avant leur nationalisation, appartenaient à des organisations sociales et religieuses juives. Cette loi n’avait pas été adoptée parce qu’en 2006 au Parlement, seuls les partis de gauche avaient voté en sa faveur, tandis que les autres s’étaient soit opposés, soit abstenus (source : Novo News).

Jusqu’à aujourd’hui, plus personne n’osait relancer le débat pour différentes raisons :

            - soit par opposition simple à la restitution,

            - soit par crainte de réveiller des conflits communautaires et notamment une nouvelle vague d’antisémitisme.

Cette dernière position est d’ailleurs défendue par des Juifs eux-mêmes qui ne souhaitent pas nuire à un processus d’intégration qu’ils appellent de leurs vœux depuis plusieurs décennies. C’est le cas par exemple de Kirov Lipman dont la famille a quasiment entièrement disparu dans les camps de concentration nazis. Pour lui, une restitution (et les débats qui l’entourent) pourrait accentuer des réactions de haines réciproques, notamment en ces temps de crise financière violente pour le pays.

 

Ce débat difficile a néanmoins été relancé récemment par la visite en Lettonie de Douglas Davidson, envoyé spécial des Etats-Unis pour les questions liées à l’Holocauste. Cette information peut paraître surprenante et pourtant elle est authentique : les Etats-Unis missionnent encore dans le monde entier des représentants afin de défendre les intérêts des Juifs d’Europe (mais peut-être aussi de ceux qui ont émigré aux Etats-Unis durant la Seconde Guerre mondiale…).

L’homme se retrouve ainsi au centre des dissensions mémorielles à l’échelle planétaire, ce qui semble d’ailleurs constituer la principale difficulté de sa mission. A l’occasion d’un discours prononcé devant la Commission parlementaire pour les affaires étrangères, il a notamment affirmé : « Je suis un Américain ordinaire et dans notre pays prévaut un principe : si l’on t’a pris un bien, tu as le droit de le réclamer. Dîtes-moi si en Lettonie le système juridique est différent ? ».

Douglas Davidson semble donc pour le moment cantonner son action dans le domaine juridique. Il risque de ne guère trouver d’issue positive à sa mission s’il n’envisage pas un instant d’inclure une réflexion culturelle à ses revendications. En venant prêcher la bonne parole américaine dans l’ancien bloc de l’est, il ne demande pas qu’une simple restitution économique qui pourrait sembler légitime. Il propose en fait d’importer une lecture mémorielle de l’histoire strictement occidentale. L'objectif est sensiblement différent...

 

ghetto-riga.gif

En Lettonie, comme dans d'autres pays européens, les Juifs ont été persécutés par les nazis et séquestrés dans des ghettos (cette photographie a été prise dans le ghetto letton de Riga)

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et identités nationales
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