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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 14:50

 

Certains lecteurs vont finir par croire que mon intégrité mentale a été écornée par des mouvances d’extrême-droite. Qu’ils soient rassurés par ce préambule, ne faisant moi-même pas partie du groupe défini ce matin par l’IFOP comme « sympathisants de l’UMP », je ne compte par parmi les 32% (sic) qui se disent favorables à des accords électoraux entre l’UMP et le FN aux élections locales.

 

 

En revanche, je fais partie de ceux (un groupe probablement plus restreint) qui commencent à s’interroger sérieusement sur la signification des références récurrentes à Pétain, voire à d’autres hommes politiques attachés au régime de Vichy.

 

Benjamin Lancar et la « fachosphère »

Evacuons d’emblée le buzz politique (puisqu’il semble en être un spécialiste) du président des Jeunes UMP qui s’est fendu mardi 26 octobre 2010 d’un communiqué maladroit pour saluer le « redressement économique de la France par Pierre Laval en 1932 ». On peut certes discuter pendant des heures de l’intérêt d’une telle affirmation d’un point de vue historique mais, quand on prétend être un homme politique prometteur et intelligent, on s’interroge plutôt deux fois qu’une avant d’écrire de tels propos dans un communiqué.

Certains avanceront encore la jeunesse et l’inexpérience pour excuser sa maladresse. Pour ma part, je serai plus sévère. Benjamin Lancar n’est plus un novice et ses sorties régulières et remarquées dans la sphère médiatique montrent qu’il sait généralement très bien ce qu’il fait. Il est d’autant moins excusable qu’en tant que responsable politique, il a été témoin d’une polémique proche quand, en décembre 2009, le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis avait osé une comparaison audacieuse en rapprochant Eric Besson à Pierre Laval. Le ministre n’avait alors pas du tout apprécié et il avait immédiatement déposé une plainte (nous avions déjà  traité cette affaire dans le cadre de ce blog).

Comment donc peut-on prétendre au sein de l’UMP vanter un jour les mérites de la politique de Pierre Laval tout en s’indignant un autre jour d’être comparé à lui ? Il y a à mon sens une ambiguïté constante dans ces pratiques qui me mettent mal à l’aise. On peut certes jouer, comme je le fais régulièrement et intentionnellement sur ce blog, avec les différentes facettes de la mémoire nationale pour mettre de côté les ficelles idéologiques un peu trop grosses et aller titiller les filaments qui dépassent. L’exercice devient plus difficile quand on intervient régulièrement dans les médias et que l’on sait pertinemment que ses propos seront ensuite malicieusement sélectionnés par des journalistes en recherche de scoop. On ne peut d’ailleurs pas s’attendre à autre chose des journalistes quand on s’appelle Benjamin Lancar et qu’on réduit (cette fois-ci de façon tout à fait caricaturale) les médias en ligne à une sorte de « gauchosphère ». Il est clair que si l’objectif à terme est de faire régulièrement référence à Pierre Laval, on risque plutôt de sombrer rapidement dans une la « fachosphère ». A choisir, je vous laisse deviner laquelle a ma préférence…

 

Pétain doit disparaître

L’autre référence au régime de Vichy dans l’actualité fait suite à une polémique qui avait éclatée au mois de janvier 2010 lorsque le maire de Gonneville-sur-Mer dans le Calvados avait refusé de décrocher un portrait de Pétain affiché dans la salle du Conseil municipal.

La première question qui m’avait alors traversé l’esprit, mais à laquelle je n’ai jamais pu trouver de réponse, est la suivante : qu’est-ce qu’un portrait de Philippe Pétain faisait encore accroché dans ce lieu en 2010 et comment se fait-il que personne ne l’ait jamais remarqué ? Pourquoi, soudain, la question surgit dans les médias ?

Encore une fois, en lien avec les propos ci-dessus, ne peut-on pas considérer que c’est notre mémoire du régime de Vichy qui entre en ce moment en ébullition et dont nous apercevons les premières bulles de frémissement qui éclatent dans la sphère médiatique ? Si Henri Rousso pouvait encore récemment affirmer que la période de Vichy constituait « un passé qui ne passe pas », pourrait-on vraiment en dire autant aujourd’hui ?

 

La décision de justice qui vient d’être rendue par le tribunal administratif de Caen me semble également surprenante. Il a été en effet ordonné de décrocher le fameux portrait, car ce dernier serait contraire à la « neutralité du service public ». J’ai longuement essayé de comprendre le sens de cette expression qui ne parvient finalement pas à me convaincre. Si l’on doit s’interroger sur le sens de la « neutralité du service public », comment comprendre que le portrait de François Mitterrand soit accroché aux côtés de celui de Jacques Chirac. Sans entrer dans les détails des conflits d’interprétation qui tentent après coup de caractériser l’opportunisme d’une politique et sa marge de manœuvre face à son référent idéologique, ne peut-on pas considérer sans écorner la « neutralité du service public » que ces deux présidents successifs n’avaient pas les mêmes orientations ?

Si l’on revient à Philippe Pétain, considérant son mode d’accession au pouvoir en 1940, doit-on légitimement considérer qu’il constitue une parenthèse dans l’histoire de notre pays ? Si le régime a peu à peu pris une tournure autoritaire, il est de l’ordre du marronnier chez les historiens que de rappeler que Philippe Pétain a obtenu ce pouvoir tout à fait légalement par l’intermédiaire d’une loi dite « constitutionnelle » du 10 juillet 1940 et votée à une très large majorité à l’Assemblée Nationale.

Cette décision de justice, dans cette formulation, risque enfin de poser quelques difficultés très concrètes si des juristes un peu taquins s’y attardent. En effet, ne devra-t-on pas envisager d’éliminer par exemple tous les bustes de Marianne présent dans les mairies qui ont choisi le modèle des années 1960… aux traits de Brigitte Bardot !!! Connaissant ses orientations politiques actuelles assumées et médiatisées, ne peut-on pas considérer que cela constitue une atteinte flagrante à la « neutralité du service public » ?

 Buste-Brigitte-Bardot-en-Marianne.jpg

 

Il semble donc acquis depuis quelques semaines, et notamment depuis la découverte d’une mystérieux document faisant état d’un durcissement du statut des Juifs par la main de Philippe Pétain, que la mémoire de cet homme est condamnée à sombrer définitivement dans l’oubli. A défaut de pouvoir empêcher les comparaisons provocantes qui fleurissent dans les médias entre politique actuelle et politique passée, on semble donc résolu à faire oublier le passé pour mieux imposer le présent. Je m’attends donc presque à ce qu’Arno Klarsfeld, fraîchement nommé au Conseil d’Etat, propose dans quelques semaines une nouvelle loi mémorielle pour mieux encadrer les travaux historiques sur cette question.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et politique
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commentaires

Boisbouvier 27/12/2010 10:59



Je suis surpris que mes arguments en faveur d'une réhabilitation de Pétain et de Laval ne soient jamais repris, ni pour être approuvés, ni pour être contestés ou réfutés. J'ai fait observer,
preuves à l'appui, que c'est en France (et au Danemark) que l'occupation avait été la moins cruelle et qu'elle le devait à ce régime de Vichy si vilipendé. Ses critiques, comme Henri Rousso,
pratiquent l'anachronisme à outrance quand ils lui reprochent ses "fautes" en oubliant que du fait de la puissance militaire illimitée de l'Allemagne sur la France en ces temps-là, tout ce que
pouvait faire ce gouvernement de Vichy, c'était "d'organiser l'équivoque", pour reprendre le mot de Raymond Aron.


Organiser l'équivoque, Vichy le fit de manière admirable et, pour nous éviter au maximum toutes sortes de malheurs, le couple Pétain-Laval poussa le sacrifice personnel très loin. Ces deux hommes
feignirent un esprit de collaboration avec l'occupant mais se gardèrent de l'inscrire dans les faits puisqu'ils refusèrent les participations militaires que l'occupant lui a réclamées cinq fois.



Mickaël BERTRAND 27/12/2010 14:21



Merci pour votre participation.


Je n'ai hélas pas pris le temps de consulter votre ouvrage (mon bureau croule déjà sous les ouvrages reçus). J'invite néanmoins tout lecteur de ce blog à nous en proposer un compte-rendu.