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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 08:19

Ils ressemblent à des constructions du futur et pourtant ils commémorent le passé : je remercie mon ami Gerard Koskovich d’avoir attiré mon attention sur cette publication autour des monuments construits par l’ancien dirigeant de l'État socialiste yougoslave Josip Broz Tito.

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Spomenik_05.jpg

 

Outre l’homme d’Etat, qui mériterait à lui seul une étude historique et mémorielle sérieuse en français (j’imagine que nos collègues américains ont déjà rempli cette mission), ces monuments laissés à l’abandon depuis plusieurs décennies nous permettent déjà d’amorcer une réflexion sur l’organisation de la mémoire en Europe de l’Est.

Le statut de ces œuvres architecturales est en effet complexe. Ils ont été construits pour commémorer de grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que des lieux où ont été construits d’anciens camps de concentration. Il semblerait qu’au moment de leur édification, des milliers de visiteurs se soient bousculés pour venir les admirer.

Aujourd’hui, ces monuments vieillissent inexorablement sans que personne ne s’en inquiète, ni s’en aperçoive d’ailleurs. Deux raisons principales expliquent cette situation :

                - d’une part, leur localisation. Josip Broz Tito a souhaité commémorer ces éléments du passé sur le lieu même de leur action. L’intention est louable et peut se justifier. Il n’avait cependant jamais rencontré mon collègue (et néanmoins ami) Régis Schlagdenhauffen qui a démontré depuis les limites d’une telle procédure vouée à l’échec sur le long terme, lorsque les subventions de la propagande disparaissent et qu’elles ne permettent plus d’acheminer chaque année les élèves aux pieds des monuments dans une démarche de recueillement patriotique.

                - d’autre part, les sociétés d’Europe de l’Est (et leurs mémoires) ont tellement évolué lors des dernières décennies que ces monuments apparaissent désormais comme anachroniques. Malgré leur aspect futuriste, ils rappellent une période qui, pour le moment, n’a plus la faveur des gardiens de la mémoire nationale.

 

La question de leur destruction se pose alors, et avec elle, la question de la temporalité mémorielle. Il était en effet convenu jusqu’à présent que l’inscription d’une mémoire dans la pierre était le summum de la revendication mémorielle. Les plaques, les monuments et les inscriptions seraient une protection efficace contre l’oubli, et surtout contre l’inexorable extinction de la voix des témoins. On retrouve dans cette croyance l’attachement récurent à la trace matérielle qui caractérise notre société, tandis que la pensée et la culture orale (qui ont pourtant été au fondement de nos sociétés) sont reléguées au second plan.

La mémoire aussi serait donc victime de l’accélération de l’histoire. On construit aussi vite que l’on ne détruit et nos hommes politiques qui inaugurent régulièrement des plaques commémoratives semblent l’avoir compris assez vite. Que représente ce petit morceau de marbre apposé contre un modeste mur au coin d’une rue d’un petit village ? Rien. A l’exception des quelques bulletins de vote qui n’auront de valeur que durant la courte durée d’un mandat.

Et après ? On recommencera encore ! Démontant les précédentes plaques pour en installer de nouvelles, comme l’on vient de le faire récemment (mais surtout discrètement) en France pour toutes les plaques mentionnant le nom de Philippe Pétain.

Même la mémoire devient éphémère, et pas seulement celle de nos grand-mères !

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Lieux de mémoire
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