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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 08:30

 

Dans le cadre de notre analyse filée des mémoires de la Guerre d'Algérie, nous avons pu remarquer que l'aspect politique des commémorations a été plutôt minime dans l'attente des échéances électorales, à gauche comme à droite.

Cette affirmation doit néanmoins être nuancée sur un point : celui des harkis qui ont été largement courtisés par la droite et l'extrême-droit depuis le début de l'année.

 

Rappelons tout d'abord ce que nous entendons par "harkis". D'un point de vue administratif, il s'agit de supplétifs engagés dans l'armée française durant la Guerre d'Algérie. Ces derniers ont d'ailleurs obtenu le statut d'ancien combattant par la  loi du 9 décembre 1974. Plus largement, ce terme permet de désigner aujourd'hui toutes les personnes arabes et berbères qui ont adopté une position pro-française durant la Guerre d'Algérie et qui ont ensuite été contraintes de rejoindre le territoire hexagonal à la fin du conflit en obtenant la nationalité française.

Les harkis se sont dès lors regroupés en communauté, généralement dans le sud de la France, et constituent aujourd'hui encore un groupe de pression structuré par un tissu associatif. Une simple recherche avec l'entrée "harki" sur Internet permet d'ailleurs de constater qu'il existe un véritable réseau très actif.

 

Cette disposition militante a été particulièrement efficace dans l'entretien de la mémoire harkie et l'obtention d'une reconnaissance par la République française.

    - La loi du 9 décembre 1974 a permis d'obtenir le statut d'ancien combattant,

   - Vingt ans plus tard, la  loi n° 94-488 du 11 juin 1994 permet d'actualiser et de compléter la précédente. Elle précise dans son article premier : "La République française témoigne sa reconnaissance envers les rapatriés anciens membres des formations supplétives et assimilés ou victimes de la captivité en Algérie pour les sacrifices qu'ils ont consentis. Elle leur ouvre, en outre, droit au bénéfice des mesures prévues par la présente loi".

   - Le 31 mars 2003, la gratitude exprimée dans la loi ne suffit plus. Par l'intermédiaire d'un décret du président Jacques Chirac, elle s'accompagne désormais d'une Journée nationale d'hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives. Cette décision permet d'organiser chaque année des cérémonies officielles autour des plaques et monuments qui se sont multipliés sur le territoire.

 

memorial-harkis.jpg

Stèle en mémoire des harkis le long du camp de Rivesaltes

qui a servi à leur hébergement après les Accord d'Evian en 1962

 

Depuis, de nombreuses associations de harkis militent pour une meilleure reconnaissance individuelle  (certains dossiers d'indemnisation sont semble-t-il encore en souffrance) et collective des harkis. Après avoir obtenu une reconnaissance officielle, après l'institution d'une journée nationale du souvenir, les harkis souhaitent que la République reconnaisse officiellement la responsabilité de la France dans leurs souffrances et leur abandon. En effet, certaines associations considèrent que la France a perpétué un véritable " crime contre l'humanité" conduisant à un " génocide" en désarmant les supplétifs et en les abandonnant après les Accords d'Evian.

Le 31 mars 2007,  le candidat Nicolas Sarkozy avait pris cet engagement dans un discours prononcé à l’occasion de sa rencontre avec les représentants de la communauté Harkis.

Les promesses n'engageant que ceux qui veulent bien y croire, une fois élu, Nicolas Sarkozy s'était finalement rétracté à l'occasion de son  discours du 5 décembre 2007 dans lequel il concède que "pour la France, il s'agit aujourd'hui d'une question d'honneur : il faut réparer les fautes qui ont été commises car pendant très longtemps les harkis n'ont pas bénéficié des mesures qui auraient permis d'assurer dignement leur insertion au sein de la communauté nationale". Malgré la longueur du discours et les nouvelles promesses de réparation, aucune trace cependant d'une quelconque responsabilité de la France : cela aurait été contraire au principe de non-repentance martelé par le chef de l'Etat.  Cette ambivalence des propos n'avait vraiment été du goût des harkis.

 

Les élections présidentielles approchant, il fallait cependant remédier à cette ambiguïté.  Tout comme pour les Arméniens, on a l'impression que l'agenda mémoriel du président a été calculé dans une logique électoraliste à deux mandats : d'abord promettre à l'aube du premier mandat, puis entretenir le suspens pendant cinq ans, avant de donner satisfaction juste avant la nouvelle échéance.

 

Cette réponse aux revendications des harkis s'est d'ailleurs déroulée en deux temps :

   - Le 27 février 2012, le Parlement français a voté une loi visant à pénaliser les injures envers les harkis. Cette nouvelle disposition législative plutôt surprenante (puisqu'elle s'adresse à un groupe très précis) est en fait la réaction un peu tardive aux propos de l'ancien président du Conseil régional du Languedoc-Roussillon Georges Frèche qui s'était illustré en 2006 par des propos particulièrement insultants à l'encontre des harkis.

   - Neuf jours avant le premier tour des élections présidentielles, le président-candidat Sarkozy s'est rendu lui-même à Rivesates et, à la surprise générale, s'est fendu d'un discours beaucoup plus clair que celui de 2007 : "Je suis venu ici pour parler de la responsabilité de la France dans un drame français (...). La France se devait de protéger les harkis de l'Histoire. Elle ne l'a pas fait. C'est cette responsabilité que je suis venu reconnaître". Certains n'ont pas hésité à rappeler que cette déclaration intervenait un peu tard mais, globalement, les associations ont été satisfaites.

 

Et maintenant, quelle sera la prochaine étape ? Peut-on vraiment croire que les revendications mémorielles vont s'arrêter après cette déclaration ? Rien n'est moins sûr. La question d'une reconnaissance d'un "génocide des harkis" est désormais régulièrement évoquée et risque de réapparaître bien plus tôt qu'on ne le pense. Dans le cadre des prochaines élections législatives, le candidat FN Louis Alliot remue déjà les braises incandescentes de la mémoire. Hors de question de se faire voler par la droite les voix harkies dans une circonscription où le Front national pourrait avoir des chances de remporter un siège à l'Assemblée. A l'occasion d'un meeting organisé le jour même de la visite de Nicolas Sarkozy, il a déjà promis une  "grande loi-cadre" sur les génocides intégrant le cas des harkis.

 

La surenchère mémorielle ne fait que commencer !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et Guerre d'Algérie
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commentaires

see here 30/12/2013 12:16

Politics is one of the greatest issue and talk in the society it controls the development and the changes in the society. Your sharing titled An Election Issue is a good one and it has some great topic for all to learn and rethink. I will visit again.

louanchi 26/05/2012 07:50


DEVOIR DE MEMOIRE


hocine le combat d'une vie par croaclub


lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l¹époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l¹Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un
seul aujourd'hui se décide à parler.


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat


Et pour compléter le documentaire, réécoutez sur SUD RADIO,
« podcasts » l'émission du 8/11/11, de Karim Hacene, Enquêtes et Investigations, sur les harkis le camp de saint maurice l'ardoise
Sur radio-alpes.net, Infos Générales - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13)


Ecoutez: Hocine Louanchi joint au
téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)