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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 07:54

 

Le 28 février 2012, le Conseil constitutionnel a décidé que  la loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi est contraire à la Constitution au motif que " le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication".

 

Immédiatement, le président de la République s'est fendu d' un communiqué relativement court mais significatif dans lequel il partage sa déception et rappelle que le négationnisme représente "non seulement une insulte à la mémoire des victimes et à la dignité de leurs descendants, mais aussi une menace contre notre communauté nationale".

Le ton est grandiloquent mais le fond laisse un peu perplexe : en quoi les propos isolés et inaudibles d'un négationniste pourraient-ils menacer la communauté nationale ? Quelle est donc la nature exacte de cette menace ?

 

Quoi qu'il en soit, la décision rapide du Conseil constitutionnel a probablement pris Nicolas Sarkozy de vitesse. A seulement quelques semaines des élections présidentielles, le candidat à sa propre succession ne peut plus se contenter d'invoquer un blocage institutionnel face à  ses promesses maintes fois répétées. Il affirme donc avoir "chargé le gouvernement de préparer un nouveau texte, prenant en compte la décision du Conseil constitutionnel". Depuis, un mois s'est écoulé sans qu'aucune nouvelle proposition ne soit rendue publique, rendant ainsi impossible l'adoption d'une nouvelle loi avant la prochaine législature.Pourtant, Nicolas Sarkozy avait indiqué dès le 1er février qu'il s'inquiétait d'une censure des "sages" et qu' il déposerait immédiatement un nouveau texte. Comme le veut l'adage, les promesses n'engagent vraiment que ceux qui y croient...

 

La communauté arménienne française qui attendait visiblement beaucoup d'une telle décision symbolique se trouve ainsi devant un dilemme en vue des prochaines élections présidentielles : soutenir un candidat qui a beaucoup promis depuis 2007 et qui s'est ainsi forgé l'image du principal défenseur de la cause arménienne sans vraiment traduire ses paroles par des actes ? Ou bien soutenir  un autre candidat favorable à leur demande mais qui n'a pas encore eu l'occasion de mettre en application ses promesses ? Il est fort probable que ce nouveau contretemps ait finalement neutralisé l'argument mémoriel dans la course aux présidentielles.

 

Dans cette course qui ne dissimule même plus ses arrières-pensées électoralistes, quelques individus n'ont pas encore classé le dossier. De nombreux historiens s'inquiètent toujours en effet qu'une telle loi puisse être adoptée au mépris de leur travail, de la liberté d'opinion, de la Constitution française et de la séparation des pouvoirs.

Robert Badinter a écrit sur cette question  un article très intéressant dans lequel il rappelle les principes qui, selon sa lecture des textes législatifs, rendent impossible l'adoption d'une telle loi.

Plus récemment, plusieurs académies se sont également exprimées sur ce sujet. C'est le cas notamment de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon qui a diffusé un texte à destination des parlementaires locaux et de la presse :

 

"L’Académie de Dijon, fondée en 1725, se joint aux autres Compagnie académiques qui ont toujours pensé qu’il était de leur devoir de maintenir les valeurs qui fondent notre société et la République.

Elle a pris connaissance, avec satisfaction, de la Décision du Conseil constitutionnel qui a déclaré contraire à la Constitution la loi visant à réprimer la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi. Cependant, comme une nouvelle loi portant le même objet final est susceptible d’être débattue, l’Académie estime utile de préciser sa position.

Elle connaît naturellement l’horreur des massacres perpétrés en divers lieux, époques et circonstances, et s’incline devant la mémoire des victimes.

Cependant, elle constate qu’un texte qui tendrait à réprimer une opinion romprait avec l’idée de la Loi, constante depuis deux siècles qui, si elle lui permet d’encadrer les actes des citoyens, s’interdit de dicter, même indirectement, leurs pensées et l’expression de leurs opinions.

Elle rappelle que si, dans une société, la liberté connaît nécessairement des limites, elle ne se divise pas et que, par-dessus tout, la pensée doit rester libre.

Elle souligne que la vérité historique est une notion complexe et relative. À partir de la réalité d’un événement, l’historien en fait la description, en analyse les causes et les conséquences avec les idées de son temps. L’Histoire est une continuelle remise en question.

Elle sait, depuis les anciens Grecs, qu’il n’existe pas de critère de la vérité et s’étonne que des parlementaires aient voulu la définir.

L’Académie de Dijon souhaite vivement que le Parlement reste fidèle à sa mission première et préserve, pour les historiens la liberté de recherche et, pour les citoyens, la liberté de l’esprit".

 

De telles initiatives ont généralement reçu un écho moindre que les déclarations de tel homme politique, de tel parlementaire, voire d'un représentant de la communauté arménienne ou turque. Nous avons cependant considéré qu'il était important de relayer sur ce blog un texte de cette nature qui n'est pas seulement le fruit d'une réaction émotionnelle face à l'actualité, mais plutôt le résultat d'une réflexion approfondie et collective sur le sens de la Loi, de l'Histoire, de la Mémoire et de la Vérité... en espérant qu'elle puisse inspirer le prochain président de la République !

 

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et historiens
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