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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 09:52

 

Les français ne peuvent être qu’admiratifs devant les réalisations récentes de leurs homologues américains. Depuis quelques semaines, la GLBT Historical Society de San Francisco a inauguré dans cette ville un musée de l’histoire LGBT.

 Musée d'histoire LGBTLe musée d’histoire LGBT de San Francisco a officiellement ouvert ses portes au public le 13 janvier 2011

 

 Pas d’histoire sans mémoire

Pour comprendre l’exceptionnalité d’une telle réalisation, il faut tout d’abord se pencher sur les difficultés lancinantes de la transmission mémorielle des populations LGBT (Lesbiennes, gays, bi et transsexuels). Privée a priori du processus de transmission patrimoniale, l’histoire et les mémoires LGBT ont toujours souffert d’une fragilité intrinsèque. Cette faiblesse a été plus particulièrement révélée par l’arrivée du SIDA au début des années 1980. A cette époque, les enterrements des jeunes homosexuels se succèdent sous les coups de l’épidémie et sont parfois l’objet de scandales et drames familiaux. Les parents apprennent en effet quelquefois l’homosexualité de leur enfant, l’existence d’un éventuel compagnon et la maladie en même temps. Le choc est trop violent pour certaines familles qui décident de nier, ou de dissimuler ce qu’ils considèrent comme un passé trop honteux. Les biens personnels des disparus sont alors détruits, parfois même sans que le compagnon ait le droit d’emporter quelques souvenirs communs, ni d’assister aux obsèques.

Ces dommages collatéraux de l’épidémie de SIDA suscitent des réactions assez rapides chez certains militants homosexuels. Dès le milieu des années 1980, quelques militants dont Jacques Van Dem Borghe, Jean Le Bitoux et Geneviève Pastre essaient d’établir une Fondation Mémoire des Homosexualités. Le projet n’est cependant pas suivi d’effets. Au début des années 1990 ensuite, un groupe se constitue pour résister à ce qui doit être considéré comme une véritable entreprise de négation des homosexuels de l’histoire universelle par la destruction des archives. Il prend pour nom : « Résister-vivre la mémoire ».

Je reproduis ci-dessous un article de Gai Pied (La Lettre) de novembre 1993 :

« Décidément, les années sida sont tragiques. Il y a désormais un nouveau lieu où les gais se rencontrent : ce sont les cimetières et plus particulièrement le crématorium du Père-Lachaise à Paris. Il y aura des jours meilleurs.

Un soir, nous avons feuilleté des albums de photos d’il y a cinq, dix, quinze, vingt ans. On y voyait des cheveux longs, des manifs, des garçons sur les plages, des mecs qui dorment ensemble, des folles et des lesbiennes qui militent, des travs en révolte, un couple qui s’embrasse, un ami qui lit, une soirée électorale.

Ces histoires, ces bruits, ces chansons, ces plaisirs, ces émotions, nous voudrions les transmettre à ceux qui n’étaient pas encore là et raviver l’énergie des autres. Nous voulons en faire une exposition avec des documents sonores et visuels, des objets, une exposition itinérante à travers la France et pourquoi pas l’Europe.

Nous voulons rêver, nous souvenir, nous battre. Nous serons plus forts que le sida grâce au plaisir de la mémoire.

Pour ce projet, nous avons besoin de vous. Venez nous rejoindre, apportez les photos, les films, les documents, les affiches, les objets que vous conservez ou simplement votre énergie. Offrons-nous nos souvenirs (…).

Ce travail, s’il aboutit, grâce à nous tous, pourrait donner corps à la publication d’un ouvrage collectif sur ces années

Patrick Cardon (enseignant-éditeur), Gilles Chastelet (Philosophe-mathématicien), Jean-Philippe Coz (infirmier), Michel Cressole (journaliste), François Graille (urbaniste), Hélène Hazéra (journaliste), Maxime Journiac (intervenant sida), Didier Lestrade (Journaliste), Rommel Mendès-Leite (sociologue), Pierre Meyer-Genton (libraire), Alain Prique (intervenant en toxicomanie), Pablo Rouy (journaliste), Lionel Soukaz (cinéaste) ».

 

Le projet est ambitieux. Il n’aura hélas guère d’écho. Une première et modeste exposition est organisée au Centre gai et lesbien de Paris six mois plus tard. Le vendredi 17 juin 1994, le groupe organise également une « Nuit de la mémoire gaie et lesbienne ». L’initiative s’éteint cependant rapidement et sans suite.

Quelques projets ont certes été esquissés dans les années suivantes mais ils ne sont toujours pas parvenus à une issue complètement aboutie. Un projet dirigé par le regretté Jean Le Bitoux à Paris s’est terminé par un mini-scandale financier. L’actuel projet relancé par la municipalité de Paris et dirigé par Louis-Georges Tin est encore à l’état d’étude. Le fonds Michel Chomarat à Lyon est très intéressant mais ne semble pas se développer davantage (il faudrait ajouter à cette liste d’autres centres plus modestes qui relèvent souvent d’une volonté privée).

Tous ces projets, que j’ai soutenus ou bien auxquels je participe, souffrent donc d’une limite principale : leur inscription souvent trop locale qui limite leur rayonnement. C’est pourquoi l’exemple de San Francisco devrait à mon sens être regardé avec beaucoup d’intérêt tant sa réussite suscite le respect.

 

Our Vast Queer Past : « Nous voulons rêver, nous souvenir, nous battre »

Le succès du musée historique LGBT de San Francisco s’inscrit en effet dans un long processus de rigueur méthodologique et de sérieux scientifique. Il n’est pas seulement l’objet de militants à la recherche de nouvelles causes ou bien celui de politiques en quête de nouveaux bulletins de vote. La voix du musée historique LGBT de San Francisco en France, c’est Gérard Koskovich. Francophile et Francophone, il s’est beaucoup investi dans ce projet dont il a assuré la promotion avec passion lors de son dernier séjour dans notre pays. Il suffit de l’écouter quelques minutes pour s’apercevoir du sérieux de son engagement et de la qualité de son travail (et de celui de l’ensemble des intervenants autour de ce projet qu’il serait impossible de citer intégralement ici) :

 

 

 

Il convient désormais de s’intéresser au contenu de ce musée et aux choix muséographiques qui ont été faits pour un projet inédit. Les points suivants exposent donc les différentes thématiques abordées successivement dans le musée.

Tout d’abord, ce musée s’inscrit dans la continuité du constat que nous avons préalablement posé : celui d’une histoire tronquée de ses éléments LGBT. Il a donc pour objectif initial de réparer une injustice en relayant sur la place publique la voix des LGBT.

Les choix muséographiques mis en place dans cet espace répondent en fait de façon continue à ce constat préalable. La dimension économique des LGBT est donc mise en avant dans un premier temps pour démontrer qu’à défaut d’identité légale et morale reconnue par la société civile, ces individus illustrent leur présence par une force et un poids économique indéniable. Cette dimension passe notamment par une étude des lieux de rencontres tels que les bars, mais aussi les saunas.

Le musée évoque ensuite les questions politiques de la militance. Bien qu’il soit difficile de séparer la ville de San Francisco du destin exceptionnel d’Harvey Milk, les administrateurs du musée ont fait le choix heureux de ne pas sombrer dans la nostalgie convenue, romancée, et mythique du célèbre militant. C’est donc George Raya qui est d’abord mis en valeur dans cette exposition. D’autres figures célèbres sont néanmoins évoquées : Adrienne Fuzee, Del Martin et Phyllis Lyon, Lou Sullivan ou encore Bois Burk. Les parcours individuels ne dissimulent pas non plus les mobilisations collectives et publiques, ainsi que les questions politiques plus larges autour de l’intégration des homosexuels dans l’armée américaine ou bien la place des LGBT dans la religion. Hélas, les parcours militants passent aussi parfois par la souffrance et les organisateurs de ce musée n’ont pas fait l’économie des aspects les plus tragiques du passé (mais aussi parfois du présent) : ainsi, les violences commises à l’encontre des LGBT et l’épidémie de SIDA sont également évoquées.

 Phyllis Lyon cofondatrice des Daughters of Bilitis

Phyllis Lyon, cofondatrice des Daughters of Bilitis (première association lesbienne aux Etats-Unis, fondée en 1955 à San Francisco), pose devant la vitrine qui racontent ses 50 ans de militantisme avec son épouse Del Martin.

 

Les thématiques les plus récentes de l’historiographie autour du genre et de la sexualité ne sont pas non plus oubliées. C’est ainsi qu’une partie de l’exposition est consacrée aux questions du corps, ses représentations, et ses symboliques. Un espace très intéressant est notamment consacré aux « Lesbian sex wars » qui ont inauguré pendant plusieurs décennies une réflexion sur la sexualité des lesbiennes. D’autres espaces sont plus particulièrement consacrés à l’érotisme, ou encore aux Sex Toys.

L’une des autres particularités remarquables de ce lieu réside dans sa diversité et sa pluralité. Sans sombrer dans une liste nominative invraisemblable qui perdrait son sens au fur et à mesure des ajouts (j’ai récemment entendu le sigle LGBTQI au cours d’une cérémonie et je m’interroge déjà pour savoir si 26 lettres suffiront à l’avenir…), le musée de San Francisco laisse une place non négligeable aux différentes identités et minorités sexuelles. Ainsi, une partie est laissée aux Drags, une autre aux personnes de couleurs, une autre est consacrée plus particulièrement aux asiatiques par l’intermédiaire de Jiro Onuma, une autre aux sadomasochistes et amateurs de cuirs, et une dernière s’intéresse enfin à la pauvreté et à l’exclusion économico-sociale au sein même de la communauté LGBT. La diversité s’insère donc dans les collections de façon tout à fait naturelle bien qu’elle soit en fait le résultat d’une profonde réflexion sur la représentativité dans les espaces muséographiques.

Les visiteurs français pourront également s’arrêter quelques instants devant une vitrine consacrée aux LGBT dans l’armée pour observer le certificat de libération du service militaire datant de l’année 1919 de Clarkson Crane. Ce dernier qui poursuit ensuite une carrière de romancier, a en effet servi dans l’armée américaine en France et a reçu à ce titre la Croix de guerre de la République française pour son service d’ambulancier durant la Première Guerre mondiale. Il a par ailleurs ensuite participé à la célèbre revue Arcadie diffusée en France après la Seconde Guerre mondiale.

 

Cette courte présentation est déjà révélatrice du travail énorme accompli par les créateurs de cet espace presque unique au monde (le Schwules Museum de Berlin propose depuis quelques années un musée tout aussi intéressant). Nous ne pouvons leur souhaiter qu’un succès bien mérité dans l’attente de lieux identiques en France. Nous attendons également avec impatience la suite des réalisations de la société historique des LGBT. Je m’interroge notamment à titre personnel sur la place des persécutions des homosexuels par les nazis dans la construction mémorielle des LGBT américains. Je pense également de façon tout à fait chauvine que les archives déposées à San Francisco pourraient contenir des documents rares et passionnants sur l’histoire des LGBT français : peut-être une idée pour la prochaine exposition…

 Musée d'histoire LGBT

Le Maire de San Francisco, Ed Lee, a participé à la soirée d’inauguration.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et homosexualités
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Conservatoire des Archives et des Mémoires LGBT 16/01/2011 02:20



Résister-Vivre la Mémoire : sur la Nuit de la Mémoire Gaie et Lesbienne 1/4 de siècle... 3/4 de sexe ! 41 films des années
70 à 90 (en juin 1994); Acte I - manifeste contre le sida et l'homophobie (en
juin 1994) et Acte II - SIDArta (en décembre 1994)


http://www.archiveshomo.info/polemique_cadhp/51201-archives_rvlm.htm


.


http://www.archiveshomo.info/polemique_cadhp/51201-archives_nmgl.htm


.


http://www.archiveshomo.info/annuaire/france.htm


.


Résister-Vivre la Mémoire (R-VLM)


Créée le 22 février 1994, cette association (appelé aussi mouvement) a organisé pendant le mois de juin 1994 (à Paris pour la Lesbian & Gay Pride et à Amsterdam pour
l'Euro Pride ) :
- l'exposition : Trois points de vue sur la mémoire et la visibilité dans les tous nouveaux locaux du Centre Gai et Lesbien de Paris et au COC d'Amsterdam [1 - Documents
épars sur une histoire d'un mouvement homosexuel à Paris (1968 à 78) avec Frank Arnal], [2 - Mémoires des lieux - Lieux de la mémoire (visibilité et Gay Pride de 1977 à 94), et [3 -
Boys in boxes par deux créateurs de Con-Fusione : Mike & Saverio],
- le festival La nuit de la mémoire gaie et lesbienne (plus de 40 films des années 50 aux années sexe sans risque) aux cinémas Entrepôt Olympic (de Frédéric
Mitterrand),
- le débat Mémoire d'Avenir avec les étudiants du Gage (sur la génération des pionniers des années 1970-80),
- la publication d'un Catalogue-Manifeste, premier recueil de textes, photos et témoignages (ouvrage collectif) avec la librairie Aux mots à la bouche.
Puis pour le 1er décembre 1994 (Journée Mondiale de lutte contre le Sida), elle a organisé son Sidarta (son 2ème acte) du 15 au 18 décembre à
l'Américain Center :
- le festival de films (films rares et/ou de fiction) : Homosexualités, Sida, familles et tribus,
- l'exposition de photos : Actions contre le Sida sur les manifestations et zap d'Act-Up Paris,
- l'enregistrement : VidéoMaton de témoignages des séropositifs (Sida : sentiments, absence, colère...)



Mickaël BERTRAND 16/01/2011 10:07



Merci pour ce complément d'information concernant la situation française.


Cordialement,