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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
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  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 08:46

 

Le 23 mars 2012, dans la continuité des célébrations du 600e anniversaire de Jeanne d’Arc, Laurent Fabius a annoncé officiellement l'ouverture à Rouen en 2014 d'un historial consacré à la pucelle d'Orléans. La présentation du projet par l'ancien Premier ministre et président de la communauté d'agglomération de Rouen est somme toute assez banale : "Il s'agit de retracer à la fois l'histoire de Jeanne et l'histoire de l'Histoire, c'est-à-dire le mythe". Pourquoi alors ne pas simplement parler d'un musée ? 

 

Cette tendance à l'originalité dans les dénominations n'est pas isolée.

Quelques jours plus tard à Alise-Sainte-Reine en Bourgogne, l'actuel Premier ministre François Fillon inaugurait le MuséoParc d'Alésia visant, selon les affirmations de son site Internet, à faire "revivre l'histoire en grand" tout en s'interrogeant sur la place et le rôle de ce lieux mythique dans la mémoire nationale. 

MuseoParc-Alesia.jpg

 

Autre création récente : le Mémorial de la Marseillaise inauguré le 8 mars 2011 au coeur de la cité phocéenne. Bien que le nom soit différent, la logique du projet est visiblement toujours la même : retracer l'histoire de l'hymne national tout en proposant une mise en perspective sur les usages contemporains de ce chant patriotique.

Memorial-de-la-Marseillaise.jpg

 

Cette frénésie a néanmoins atteint son paroxysme en 2008 où deux espaces muséographiques ont été inaugurés la même année autour de la figure du général De Gaulle : le premier est un historial installé au sein des Invalides à Paris, tandis que le second est un mémorial construit à Colombey-les-deux Eglises.

Memorial-Charles-de-Gaulle.jpg

 

Historial-Charles-De-Gaulle.JPG

 

L'appelation "musée" ne semble cependant pas avoir totalement disparu puisque c'est le terme choisi récemment pour l'établissement inauguré à Meaux retraçant l'histoire de la Grande Guerre.

musee-grande-guerre-meaux.jpg

 

Existe-t-il finalement une règle et une signification particulièrer pour chacune de ses dénominations ?

D'un point de vue théorique, le mémorial est censé commémorer une ou plusieurs personnes, voire un évènement. L'objectif est donc avant tout celui de l'entretien de la mémoire qui a longtemps été illustré par l'élévation de monuments autour desquels étaient organisés une sociabilité de la mémoire (manifestations, recueillement, veillées, etc.). Depuis quelques années, cette pratique a évolué et intègre parfois une dimension historienne visant à rationnaliser et crédibiliser les manifestations mémorielles.

Par opposition, l'historial est censé privilégier l'approche historienne. La mémoire peut néanmoins y être intégré à condition d'être présentée et étudiée comme un objet d'histoire et non pas comme le prétexte à une commémoration.

Enfin, le muséoparc est une création récente et originale qui intègre la notion de loisirs et d'amusement dans un contexte historique.

 

La visite de ces différents lieux et/ou leur présentation respective sur les différents sites Internet ne permet cependant pas vraiment de saisir les nuances.

Ainsi, le mémorial Charles de Gaulle de Colombey-les-deux Eglises se présente-t-il comme un "centre d’interprétation historique". A l'inverse, l'Historial des Invalides revendique d'être "à la fois musée et mémorial".

On comprend donc que la dénomination initiale fait vraissemblablement l'objet d'une réflexion des initiateurs (on l'espère tout du moins...) mais que les orientations ultérieures perdent ensuite régulièrement l'origine matricielle du projet initial.

 

Ce constat est lui-même révélateur d'évolutions muséographiques à l'échelle nationale et internationale. Les constructions muséographiques modernes intègrent en effet systématiquement une dimension mémorielle qui est la conséquence de plusieurs facteurs :

   1. L'ère "mémorielle" dans laquelle nous vivons qui est le fruit d'un rapport au temps particulier de notre société (c'est cette dimension qui est à l'origine de ce blog), 

   2. La nécessité de justifier l'existence même d'un musée qui doit répondre à un intérêt et une demande sociale sur une thématique historique (le musée reste avant tout aujourd'hui une création politique de part ses modes de financement), 

   3. La solution de facilité pour un musée qui, confronté à rareté et la cherté des documents à exposer, va pouvoir combler quelques salles avec des objets du quotidien moins onéreux et plus disponibles.

 

Ce dernier point est probablement le plus grand défi que devront relever les musées à l'avenir. Dans un contexte économique défavorable au budget de la culture, beaucoup doivent souvent revoir leur ambition à la baisse.

S'ajoute à cette donnée conjoncturelle une tendance structurelle beaucoup plus inquiétante : celle des crispations géopolitiques autour des mémoires nationales. Certains dossiers brûlants ont déjà été évoqués sur ce blog. Ils ne constituent pourtant que la partie émergée de l'iceberg qui menace actuellement les plus grands musées du monde tels que celui de l'Holocauste à Washington. Depuis quelques mois, les administrateurs du site rencontrent en effet de grandes difficultés à convaincre les autorités polonaises de proroger les contrats de prêt d'objets qui prennent fin successivement.

 

La contradiction est pour le moins ambivalente. D'un côté, l'ère mémorielle favorise la demande sociale et permet d'impulser de nombreux projets muséographiques ; de l'autre, les mémoires nationales et communautaires revendiquent l'appropriation d'objets qui ont eux aussi une histoire qui a pu les conduire dans d'autres pays souhaitant les valoriser. Dans ce domaine, la France n'est d'ailleurs pas en reste puisque s'il s'est trouvé des historiens et archivistes pour s'insurger contre le prêt/retour des manuscrits coréens de la BNF en Asie, personne n'a en revanche contesté le classement des archives du philosophe Michel Foucault en "trésor national", signifiant qu'elles ne peuvent désormais plus quitter le territoire national.

 

Dans le domaine de la mémoire, comme dans celui de l'économie et de la politique, le protectionnisme risque rapidement de se transformer en isolationnisme...au détriment de la richesse culturelle collective !

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoire et musées
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