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  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 11:15

Les archives ont décidément encore bien des secrets à délivrer. Le dernier en date a été publié par le quotidien britannique The Guardian mardi 13 octobre 2009. Il affirme que Benito Mussolini a été un agent des renseignements britanniques durant la Première Guerre mondiale.

Il faut cependant préciser les brèves lacunaires qui ont été écrites en France.

Benito Mussolini était alors âgé de 34 ans et il travaillait comme journaliste pour le quotidien Il Popolo. Il ne faut pas s’imaginer un agent infiltré dans les rouages du pouvoir. Son action consistait essentiellement à diffuser des articles de propagande dans son journal afin de convaincre l’Italie de rester dans le camp des Alliés. Ponctuellement, il pouvait être amené à envoyer des collaborateurs dans des manifestations pacifistes afin d’inviter les opposants à la guerre à rester chez eux.

La presse française a beaucoup insisté sur l’exceptionnalité de cette affaire et le montant de sa rémunération. Précisons cependant que les services des renseignements britanniques étaient bien implantés en Italie car il s’agissait alors d’une base importante pour agir rapidement sur le continent. La somme délivrée à Mussolini que les spécialistes estiment à environ à 6440 euros par semaine (calcul par équivalence de marché) pose encore question. Puisque Benito Mussolini devait entretenir une équipe d’intervention,  la somme globale devait probablement s’expliquer par la nécessité de multiples rémunérations modestes. L’historien Peter Martland avance quant à lui des frais d’entretien des multiples maîtresses de Mussolini sans pour autant être en mesure d’avancer des preuves à ces affirmations. Si l’hypothèse a le mérite d’écarter un éventuel rôle de la Grande-Bretagne dans l’ascension du Duce, je doute que les services secrets britanniques aient continué à verser une telle somme en période de guerre sans en connaître l’utilisation exacte.

L’information n’est finalement pas si inédite car le député Sir Samuel Hoare, représentant du MI5 en Italie  et recruteur de Benito Mussolini, avait mentionné ce fait dans ses mémoires en… 1954 ! L’historien Peter Martland nous confirme aujourd’hui cette information car il a pu avoir accès aux archives de Samuel Hoare et qu’il est en mesure de fournir plus de détails (notamment financiers) sur le contrat. Le scoop perd donc de sa fraîcheur.

En revanche, ce sont les interrogations que cette affaire pose qui peuvent s’avérer importantes. La question qui apparaît en filigrane est la suivante : les britanniques ont-ils contribués à l’émergence du dictateur ? Il faudrait, pour s’en assurer, savoir si les hommes qui entourent le Duce durant la Première Guerre mondiale ont été par la suite les premiers membres de ses célèbres « chemises noires ». Par conséquent, l’argent britannique aurait été utilisé pour la constitution d’une milice qui, trois ans après la fin de la Première Guerre mondiale, prenait le pouvoir en Italie.

Quoiqu’il en soit, ce dossier demande approfondissement sur le temps long puisque le recruteur de Mussolini a gravi lui aussi les échelons du pouvoir en devenant par la suite ministre des Affaires Etrangères britanniques. Il est en effet à l’origine du fameux Pacte Hoare-Laval (du nom du Premier Ministre français) qui a proposé en 1935 que l'Italie reçoive les deux tiers de l’Abyssinie (ex-Ethiopie), ainsi que la permission d'agrandir les colonies existantes en Afrique orientale. Il faudrait donc s’interroger sur l’importance d’une éventuelle relation persistante entre Mussolini et Samuel Hoare dans la conclusion de cet accord particulièrement avantageux pour l’Italie.

Les archives nationales britanniques seront-elles cependant suffisamment ouvertes pour permettre une telle entreprise qui remet fondamentalement en question le rôle des démocraties dans l’ascension des dictatures du XXe siècle ?

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et conflits
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