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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 10:44

 

Dans ma boîte aux lettres récemment...

 

Quelques-jours-avec-Hitler-et-Mussolini.jpg

Ranuccio Bianchi Bandinelli, Quelques jours avec Hitler et Mussolini, Paris, Carnets Nord, 2011

 

L'overdose est proche. Les années passent mais jamais l'engouement pour ces dictateurs ne semble vouloir s'affaiblir. 

 

Le phénomène est tel qu'on a commencé à le théoriser. Ainsi,  l'avocat américain Mike Godwin est-il à l'origine d'une loi éponyme visant à montrer que plus un débat dure, plus les probabilités qu'un interlocuteur ait recours à une comparaison impliquant Adolf Hitler ou le régime nazi augmente (ayant régulièrement à modérer les propos d'internautes sur ce blog, je ne peux que souscrire à cette thèse dans ma pratique quotidienne). 

Si cette loi a d'aileurs été initialement pensée pour décrire les discussions sur Internet, son application se vérifie régulièrement dans le champ du débat politique. Ainsi, Mémorice de France a-t-il récemment rappelé les propos de  Chistian Estrosi en 2009 tentant de défendre le débat sur l'identité nationale. En 2009 toujours, c'est la ministre  Christine Albanel qui sombrait dans la même dérive à l'Assemblée nationale dans le cadre d'un débat sur l'Hadopi.

 

Si le phénomène est vérifié, sa matrice n'est pas encore totalement expliquée. Peut-être faut-il y voir pourtant la conséquence d'une prédisposition culturelle et mémorielle.

Il devient en effet difficile dans notre société contemporaine de réfléchir autrement que par un système binaire et manichéen où le bien s'oppose systématiquement au mal. Certes, ce modèle de pensée existe depuis l'époque médiévale et il serait réducteur de ne pas évoquer le caractère éminemment religieux de son origine. Néanmoins, il me semble que le "désenchantement du monde" étudié par Max Weber au début du XXe siècle a conduit à une forte redéfinition des valeurs au cours des dernières décennies. Désormais, l'enfer n'est plus l'unique pendant du paradis. Progressivement, l'antagonisme suprême a été substitué à des considérations beaucoup plus terrestres qui associent le bien à la démocratie libérale face aux régimes autoritaires et dictatoriaux dont le summum aurait été atteint par Hitler.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout conduit à adhérer à un tel paradigme : l'enseignement, le cinéma, la littérature... les moyens traditionnels sont mis au service de cette propagande (au sens strict du terme, c'est-à-dire la diffusion d'une idée).

La dynamique étant enclenchée, elle se nourrit et s'entretient désormais elle-même. Au cinéma par exemple, lorsqu'il s'agit d'illustrer l'extrême violence, c'est toujours la figure d'Hitler et du régime nazi qui revient au premier plan. Ainsi, Stanley Kubrick fait-il regarder des images de la Seconde Guerre mondiale au personnage principal d'Orange mécanique pour le "guérir" de ses pulsions violentes. De même, quand Luc Besson fait découvrir la violence et la guerre de notre monde à Lilou du Cinquième élément, il fait défiler inlassablement les mêmes images.

 

Toute construction idéologique, pour être efficace, doit être simple, voire caricaturale. C'est une clef indispensable à son succès et à sa diffusion universelle. Force est de constater que l'exemple d'Hitler est particulièrement efficace dans ce domaine. Sa moustache et la croix gammée sont devenus des outils indispensable aux caricaturistes cherchant à illustrer un usage abusive de l'autorité ou une atteinte aux libertés fondamentales :

Anglea-Merkel-croix-gammee.jpg

Affiche observée en Grèce au mois d'octobre 2011

 

C'est en ce sens que la réédition de l'ouvrage de Ranuccio Bianchi Bandinelli est importante.

En mai 1938, cet éminent professeur d'archéologie et d'art antique est réquisitionné par le gouvernement de Mussolini pour accompagner la visite d'Hitler dans les musées de Rome et de Florence. Ne partageant pas les idées de ses deux visiteurs particuliers, l'intéressé tente en vain de décliner la proposition, avant qu'on ne lui face comprendre qu'il n'a guère le choix s'il souhaite conserver la liberté.

Ainsi, pendant plusieurs jours, cet homme qui se définit lui-même comme "médiocre" accompagne ces deux dictateurs en puissance dans un parcours surréaliste où l'inculture des responsables politiques qui aspirent à diriger le continent s'étale devant les plus belles oeuvres de la production européenne.

 

Chaque lecteur pourra trouver lui-même dans cet ouvrage des éléments qui répondront à sa représentation personnelle du mal en fonction de son cheminement intellectuel. Pour ma part, j'ai été particulièrement intéressé par les multiples mentions à la sexualité d'Hitler. Alors que cette facette est aujourd'hui peu étudiée, il est passionnant de lire sous la plume d'un contemporain qu'Hitler "avait une terminaison féminine, en phase avec l'incertitude sexuelle du personnage" (p. 9). Le Führer ne semble d'ailleurs pas très à l'aise avec cette ambiguïté autour de sa personnalité puisqu'il n'hésite pas à suspendre une conversation pour faire remarquer à ces interlocuteurs la proximité de "belles femmes" (p. 35) ou pour s'extasier un peu trop bruyamment devant des tableaux de nus féminins (p. 64). A chaque fois, Ranuccio Bianchi Bandinelli précise que cet enthousiasme est un peu trop forcé pour être naturel : "Il a beau faire claquer sa langue contre son palais comme s'il les savourait, son ton est détaché".

 

Sur ce point comme sur bien d'autres évoqués dans cet ouvrage passionnant, on comprend qu'Hitler n'était qu'un homme... dictatorial sans conteste, détestable par ses actes et ses idées impardonnables, mais certainement pas démoniaque !

Ce modeste livre n'est pas qu'un simple témoignage historique, c'est aussi une source de réflexion sur la matrice de notre régime mémoriel.

 

PS : Une autre descritpion de l'ouvrage sur le site de l'éditeur : http://www.carnetsnord.fr

Pour aider l'édition, les commerces de proximité et la production intellectuelle et artisitique, n'oubliez pas de l'acheter chez votre libraire plutôt que sur Internet.

 

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
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