Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
  • Contact

C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.

Partenaires

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Cherche La Pépite

1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 08:44

La France avait déjà connu sa "révolution paxtonienne" (de l'historien américain Robert Paxton) en 1973 lors de la parution en français de La France de Vichy. A travers cet ouvrage, la France commence une longue introspection historiographique visant à faire passer "ce passé qui ne passe pas" : celui de la collaboration avec l'Allemagne nazie et de la responsabilité française dans la déportation de miliers de Juifs. Ce moment-clef dans la construction mémorielle nationale a ensuite été magistralement étudiée par Eric Conan et Henri Rousso dans leur livre :  Vichy, un passé qui ne passe pas

C'est également cette période qui a été identifiée par Peter Novick dans son étude magistrale sur l'Holocauste dans la vie américaine comme un tournant majeur dans la construction mémorielle des Etats-Unis face au génocide des juifs d'Europe.

 

Les travaux récents de deux historiens, l'un français et l'autre américain, viennent complètement chambouler cette chronologie.

 

le-chagrin-et-le-venin-pierre-laborie

 

Le premier est l'oeuvre de Pierre Laborie que nous avions déjà évoquée sur ce site : le chagrin et le venin : La France sous l'occupation, mémoire et idées reçues (Bayard, 2011). Dans ce magnifique ouvrage, l'historien tente de démystifier la mémoire héroïque qui se serait imposée en France de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 1970. Il montre que c'est finalement davantage par opposition à un nouvel ordre mémoriel mis en place durant cette période charnière que les premières décennies post-conflit ont été lues.

 

C'est une logique similaire qui est à l'oeuvre dans l'ouvrage d'Hasia R. Diner intitulé We Remember with Reverence and Love. American Jews and the Myth of Silence after the Holocaust, 1945-1962 (New York-Londres, New York University Press, 2009). On y retrouve la même ironie que dans le titre du livre de Pierre Laborie et la même perspective critique vis-à-vis de précédents travaux ayant longtemps affirmé avec force une dichotomie mémorielle.

 

We-remember-with-reference-and-love.jpg

 

La thèse d'Hasia R. Diner est simple : les Juifs américains n'auraient pas attendu les années 1970 pour commémorer l'Holocauste. Ce mythe du silence ne serait qu'un biais de lecture historiographique, voire politique.

Le développement des études mémorielles dans plusieurs université à travers le monde permet désormais d'approfondir notre réflexion sur les concepts, les stratégies et les pratiques de la mémoire en différents lieux, par différentes communautés et au service de différents intérêts. L'un des apports essentiels de l'étude d'Hasia R. Dinner repose en effet sur l'identification précise et renseignée de diverses formes commémoratives que nous n'avions pas envisagées jusqu'à présent. Ainsi, cet ouvrage ne se contente pas de briser le mythe (bien au contraire, il renforce, en le corrigeant sur certains points, les travaux de Peter Novick). Il propose également un formidable regard historien sur l'évolution des pratiques mémorielles au regard de nos obsessions et souvenirs contemporains.

 

C'est notamment sur ce point précis qu'une petite révolution est en marche au sein des études mémorielles.

   1. Longtemps, la construction mémorielle autour du génocide des Juifs d'Europe a été considérée comme un modèle, voire comme un étalon qui aurait inspiré d'autres revendications mémorielles (celles des homosexuels, des tsiganes, des handicapés, etc.) dans plusieurs pays du monde. Ces études montrent qu'il n'en est rien. S'il est incontestable que la mémoire de l'Holocauste s'est imposée dans la sphère publique, rien n'indique vraiment qu'elle soit à l'origine d'une nouvelle forme de commémoration. Il conviendrait donc, durant les prochaines années, de travailler sur une chronologie encore plus fine afin d'identifier les influences mutuelles.

   2. Ces études enrichissent également notre vision des pratiques commémoratives. Aujourd'hui encore, un groupe qui porte une revendication mémorielle tente de l'imposer dans la pierre (monuments), dans le papier (livres, recherches, mais aussi films) et dans la loi (lois mémorielles). Cette stratégie considérée comme le Graal absolu par de nombreuses associations et groupes identitaires constitue cependant une option largement datée et historiquement délimitée. "Se souvenir", "faire mémoire" et "commémorer" ont pu arborer bien d'autres formes  dans d'autres lieux et à d'autres époques, y compris très récentes. 

   3. L'une des caractéristiques les plus marquantes des dernières décennies repose en fait sur une vision résolument victimaire de la mémoire. Au-delà des inflexions nationales, des choix identitaires et des chronologies plus ou moins fines, la véritable césure des années 1970 repose sur cet aspect esentiel et encore d'actualité : condamner encore plus vivement les bourreaux (quitte à caricaturer parfois leur responsabilité) et réhabiliter les victimes (même si elles n'ont parfois jamais été oubliées).

 

Des étapes importantes viennent d'être franchies avec ces deux ouvrages (en espérant que celui d'Hasia R Diner soit bientôt traduit en français). Il reste cependant quelques pas à faire pour comprendre pourquoi et comment nous sommes entrés dans cette nouvelle ère mémorielle, et surtout s'il est envisageable d'en sortir à courte ou moyenne échéance.

Partager cet article

Repost 0
Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Recensions
commenter cet article

commentaires

OmniTech Support 20/08/2014 15:01

Paxtonian revolution happened very in seventies in France. I think all things about these have destroyed now and they started a new and better revolution and it is very good. I have read about this in my history book first.