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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 15:54

Mercredi 6 janvier 2010, Bernard Kouchner (ministre des Affaires Etrangères) et Michelle Alliot-Marie (ministre de la Justice) ont signé en commun une tribune dans le journal Le Monde afin de favoriser la création d'un pôle « génocides et crimes contre l'humanité » au Tribunal de Grande Instance de Paris. L’initiative peut paraître intéressante mais elle pose un certain nombre de questions.

 

Un acte politique

Tout d’abord, quelle est son utilité ? Le tribunal international de La Haye n’a-t-il pas déjà vocation à remplir cette mission ? Alors que le texte des deux ministres prétend que l’initiative s’inscrit « en complémentarité de l'intervention de la Cour pénale internationale de La Haye », on peut se demander pourquoi la France serait mieux habilitée à juger ces questions plutôt que ces collègues anglais, allemands, ou encore américains. L’objectif d’un tribunal international n’est-t-il pas justement d’apporter une caution collective à un jugement qui s’inscrit le plus souvent dans un conflit entre deux Nations ?

Les motifs invoqués par les deux ministres paraissent alors contradictoires puisqu’ils expliquent que la création d’un tel pôle « favorisera la mutualisation des compétences, en réunissant des magistrats spécialisés, ainsi que les traducteurs, interprètes, experts et chercheurs indispensables au traitement d'affaires aussi sensibles que complexes » ? Or, comment prétendre mutualiser quand l’opération consiste justement à dédoubler une institution qui existe par ailleurs ?

L’objectif semble en fait répondre à des attentes plus concrètes et politiques. En effet, le texte mentionne l’existence de quinze rwandais (probablement réfugiés en France) dont les dossiers sont en suspens tant les procédures dans ces domaines juridiques sont longues et complexes. On peut dès lors se demander si l’objectif de la France par cette initiative n’est pas de répondre à des demandes qui s’inscrivent directement dans le cadre de ses relations diplomatiques.

 

Une propagande bienveillante

Il n’est cependant pas question d’assumer publiquement une telle position. C’est pourquoi l’introduction et la conclusion du texte s’attardent sur des motifs traditionnels qui font appel au pathos et incitent à l’inéluctable adhésion.

« Génocides, massacres organisés, viols collectifs, transferts forcés de population dans des conflits qui, aujourd'hui encore, ensanglantent le monde. Quel plus grand scandale que l'impunité des criminels contre l'humanité ? Quel plus grand outrage pour les victimes et, au-delà, pour l'humanité tout entière ? […] Patrie des droits de l'homme, la France ne sera jamais un sanctuaire pour les auteurs de génocide, de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité ».

En théorie, nous ne pouvons qu’applaudir.

En pratique, doit-on comprendre que si notre président de la République invite à nouveau Mouammar Kadhafi sur le territoire français, ce dernier sera désormais sous le coup d’un mandat d’arrêt pour ses implications supposées dans l’attentat d’une discothèque berlinoise en 1986, l’attentat de Lockerbie en Écosse contre un avion de ligne civil américain en 1988 (270 morts), l’attentat contre un avion français à Paris en 1989 (170 morts) ou encore l’accusation de viol que lui oppose la journaliste Memona Hintermann depuis 1984.

Doit-on également comprendre que le ministère de l’Intérieur français pourrait être appréhendé pour avoir reconduit à la frontière plusieurs réfugiés homosexuels inquiétés pour leur liberté, voire pour leur vie, dans leur pays d’origine ? En effet, bien que la France se soit illustrée en décembre 2008 en prenant l’initiative d’une déclaration sur la dépénalisation internationale de l’homosexualité à l’ONU, les autorités françaises ont oublié d’aligner leur propre législation sur leur déclaration bienveillante. Ainsi, des réfugiés homosexuels sont encore régulièrement expulsés du territoire car la France n’admet toujours pas l’homosexualité au titre du droit d’asile.  

 

Vers un droit international contre l’oubli

Comme toujours pour ces questions, l’Histoire est largement invoquée par les auteurs. Dans ce document, c’est le cas à deux reprises. D’une part, pour justifier cette initiative à la lumière du passé national : « La France saura se montrer à la hauteur de son histoire, de ses valeurs et de son idéal ». D’autre part, pour préciser que si l’Histoire justifie les moyens, elle ne constitue pas une fin : « Le jugement des responsables des génocides et crimes contre l'humanité ne saurait se limiter au seul tribunal de l'Histoire. Les victimes de la barbarie humaine ont le droit de voir leurs bourreaux poursuivis et condamnés. Les sociétés meurtries par des crimes qui révoltent la conscience ont le droit de se voir offrir une possibilité de réconciliation. L'humanité a le droit de se défendre contre l'oubli ». En somme, et nous sommes bien d’accord, l’Histoire ne suffit pas pour réparer les génocides et autres crimes contre l’humanité. Les auteurs de tels actes doivent être condamnés et punis en conséquence.

En revanche, les dernières phrases sont plus surprenantes. Elles indiqueraient que seule la condamnation publique permettrait la réconciliation. Mais de quelle réconciliation parle-t-on ? N’est-il pas utopiste de considérer qu’un tribunal serait en mesure de réconcilier deux entités antagonistes ? D’ailleurs, l’oubli ne serait-il pas une méthode plus efficace vers un chemin de réconciliation ?

Les auteurs de ce texte ne semblent pas partager cet avis puisqu’ils concluent leur argumentaire en appelant de leurs vœux un droit international contre l’oubli. Impossible de savoir véritablement ce qu’ils entendent par cette formule mais il est préférable que cette idée ne sorte des bureaux du ministère. Elle représenterait sans doute une forme idéelle de la loi mémorielle par excellence, à partir de laquelle n’importe quelle communauté pourrait revendiquer sa place dans les programmes d’histoire, dans les cérémonies mémorielles, dans les programmes de recherche… au nom du droit contre l’oubli !!!


Ajout du 8 janvier 2009 :
Je persiste à croire que les grandes déclarations politiques répondent rarement à de réelles motivations philantropiques. J'en veux pour preuve cette citation de Bernard Kouchner éditée ce matin dans le Nouvel Observateur :
"Nous allons reprendre des relations normales. Il y a à développer des programmes en matière de culture et de développement (...) Quant aux heures sombres, il nous faudra (...) demander aux historiens, aux sociologues, aux témoins, aux rescapés, de travailler ensemble pour que nos pays sachent ce qui s'est passé".
En somme, la déclaration solennelle de Bernard Kouchner et de Michelle Alliot-Marie quelques jours avant dans le journal Le Monde constituent surtout un argument politique de plus dans la botte de Bernard Kouchner qui prenait l'avion mercredi soir en direction du Rwanda afin d'encourager la reprise de relations diplomatiques normales avec ce pays.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires - lois et justice
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commentaires

CAROLINE 29/01/2013 21:02


La mémoire des drames. Oui, mais pourquoi Mémona Hintermann s'acharne-t-elle sur un jeune allemand " et Oradour sur Glane ? vous connaissez ?"  je trouve cela si dégueulasse de forcer ces
jeunes à être mal à l' aise pour les vingt générations à venir... dégueulasse...infernal... ils veulent donc les castrer... on aurait bien des choses à révéler sur des catégories de gens très
très malveillants en France par exemple et ce de pères en fils, preuves à l'appui... un jour tout se saura... gare gare gare