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C'est Quoi ?

  • : Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • Histoire, Mémoire et Société (ISSN : 2261-4494)
  • : Ce blog se propose tout d'abord de recenser et d'analyser les réminiscences régulières de la mémoire dans notre actualité. Il vise aussi à rassembler différentes interventions d'historiens, mais aussi d'autres spécialistes, sur le rôle et les conséquences de la mémoire dans nos sociétés. Enfin, des réflexions plus fouillées sont proposées ponctuellement sur les manifestations de la mémoire dans les sociétés d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. ISSN : 2261-4494
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C'est Qui ?

  • Mickaël BERTRAND
  • Citoyen, historien et enseignant, j'ai souhaité partager sur ce blog mes réflexions quotidiennes sur la place de l'histoire et de la mémoire dans l'actualité nationale et internationale.
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Cherche La Pépite

30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 12:49

 

 Nous avions déjà évoqué cette question sur ce blog : en 2011, à l'occasion de l'année de l'Outre-Mer, l'opération "Jardin en Outre-Mer" avait pour ambition de rassembler différentes populations ultra-marines au jardin d'acclimatation.

Seul hic : personne ne semblait s'être inquiété parmi les organisateurs d'une incontestable faute de goût à organiser un tel évènement dans un lieu utilisé jadis et pendant plusieurs décennies pour des exhibitions ethnographiques dégradantes et humiliantes. 

Seule l'indignation d'un collectif de chercheurs avait pu alerter l'opinion publique et faire enfin réagir les autorités publiques, dont la Ministre chargée de l'Outre-Mer, Marie-Luce PENCHARD, qui a confié une mission d'étude à Françoise VERGES, Présidente du Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage.

 

Ce rapport a été rendu en novembre 2011 et il est désormais librement accessible sur notre blog :

 

Memoire-des-expositions-ethnographiques-et-coloniales.jpg

Cliquez sur l'image pour ouvrir le rapport

 

Les plus courageux et passionnés pourront s'attarder sur l'ensemble du rapport.

Pour les plus pressés, voici un résumé des conclusions et préconisations de la mission (avec quelques remarques et réflexions de votre serviteur) :

   1. Installation d'un mémorial au Jardin d'Acclimatation, par exemple sous la forme totem kanak, et le soutien à l'inauguration d'un monument honorant "l'histoire et la résistance des peuples amérindiens" en Guyane (annoncée pour le 9 décembre 2011). 

=> En somme, les crispations politiques conduisent à une inflation des lieux d'une mémoire dite "de pierre". Ceci est d'autant plus visible que les auteurs du rapport précisent qu'ils soutiennent l'opération en Guyane "d'où est partie la polémique". Bref, des monuments en échange d'une accalmie.

Cependant, l'inauguration annoncée du monument est passée bien inaperçue et elle a été présentée par les médias locaux comme un évènement commémorant l'abolition de l'esclavage et non pas la résistance des amérindiens.

 

monument-aux-victimes-de-l-esclavage.jpg

Monument aux victimes de l'esclavage et des traites négrières inaugurée en Guyane le 9 décembre 2011

 

   2.Signalisation dans l'espace public des lieux liés à l'histoire ultramarine et coloniale

Le Comité précise néanmoins qu'il ne souhaite pas encourager l'inflation de lieux mémoriels. Il propose donc d'élaborer une signalétique spécifique et des outils traditionnels et modernes permettant à chacun de s'approprier une sorte de circuit touristique des lieux de mémoire liés à l'esclavage, aux traites négrières et au colonialisme.

=> Nous sommes cependant surpris que cette préconisation soit limitée à l'espace parisien. Doit-on considérer que la seule la capitale a une histoire coloniale à revendiquer ?

 

   3. Valorisation des archives (guide des sources, numérisation, dossier Gallica...)

=> On reconnaît ici la trace des historiens qui, fort heureusement, défendent leur pain quotidien. On ne peut en effet qu'encourager une telle démarche tout en regrettant que les historiens soient contraints d'en arriver à rappeler à la République que la préservation des archives est une mission essentielle dans la construction et la préservation de l'identité nationale.

 

    4. Mise en place d'un programme de collecte des mémoires orales

 

   5. Élaboration d'une doctrine et d'un code de bonnes pratiques sur la question de l’identification et de la restitution éventuelle des restes humains des collections patrimoniales

=> Il s'agit d'une question brûlante actuellement et la France s'est engagée récemment dans une restitution systématique de ces "restes humains"  telles que les têtes Maories rendues récemment à la Nouvelle-Zélande

 

   6. Protection de la diversité des populations dans les Outre-mer et en particulier des populations autochtones et tribales

=> Cette préconisation est particulièrement intéressante car elle permet de faire glisser la polémique mémorielle vers le domaine anthropologique. Derrière cette protestation à l'encontre des "maladresses" de la commémoration nationale, on peut finalement saisir une crainte de l'oubli, voire de la disparition, pour certains peuples.

 

   7. Actions à moyen terme dans les domaines de la culture, de l'éducation et de la recherche

=> Tout comme pour la préconisation numéro 3, ce voeux pieu est attendu et presque de pure forme. On s'interroge néanmoins sur la redondance avec la loi Taubira qui affiche le même principe et qui, à mes yeux de simple observateur, a déjà eu des effets non négligeables. 

 

J'ai été particulièrement frappé à la lecture de ce rapport par la proximité des remarques et projets proposés avec  le rapport de Joseph ZIMET sur la Première Guerre mondiale. Sur le fond, les deux auteurs ont fait un travail remarquable et leurs propositions sont utiles et de grande qualité. Je m'interroge en revanche davantage sur la forme : doit-on considérer que les travaux des historiens devront nécessairement passer par la voie mémorielle pour trouver des financements et débouchées ? Doit-on attendre qu'une commémoration ou une polémique s'organise pour obtenir l'accès, la numérisation et l'exploitation des archives ? Doit-on finalement considérer que l'histoire va devenir, comme d'autres disciplines, une science soumise aux règles du marché et des lobbys ? 

 

Actualisation du 25 mai 2012

Anthropologue, chargé de recherche au CNRS, Gérard Collomb a récemment livré pour La Vie des Idées un magnifique article dans lequel il revient sur "L'affaire du Jardin".

Il explique notamment que la réponse à haute dimension mémorielle apportée par l'Etat à la suite de cette polémique est en décalage avec l'interpelation initiale. En effet, selon l'anthropologue, les sociétés amérindiennes n'ont pas un grand intérêt pour le passé "et n’attachent pas à la transmission d’une mémoire collective la même importance que d’autres, comme par exemple les sociétés d’ascendance africaine". Au contraire "elles ont développé des formes d’effacement de la mémoire, qui peuvent se lire par exemple chez les Kali’na dans le traitement réservé aux défunts. Le souvenir des disparus fait l’objet d’un traitement particulier lors du grand rituel d’epekotono que l’on organise un an ou deux après le décès. La cérémonie permet le retour à une vie normale des proches portant le deuil, mais elle organise aussi une séparation radicale entre les vivants et le mort, qui protègera des émotions nées du souvenir".

A vouloir réparer trop rapidement une maladresse, on en aurait commis une nouvelle. L'ethnocentrisme s'applique ici aussi dans le domaine mémoriel.

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Published by Mickaël Bertrand Mickaël BERTRAND - dans Mémoires et commémorations
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